Société

« En participant à La Gabonaise, Sylvia Bongo Ondimba veut sensibiliser à la lutte contre le cancer »

Le 28 novembre, la Première dame du Gabon prendra part à La Gabonaise, un parcours de 5 kilomètres sur le boulevard du bord de mer de Libreville pour récolter des fonds destinés à la lutte contre les cancers féminins notamment. Erwan Le Grand, le directeur de la fondation Sylvia Bongo Ondimba a répondu aux questions de Jeune Afrique.

Mis à jour le 27 novembre 2015 à 16:54

La Première dame du Gabon s’entraîne pour La Gabonaise. © Présidence de la République gabonaise.

La compétition vise également à sensibiliser la population à la nécessité de se faire dépister afin d’agir vite et augmenter ainsi les chances de guérison. Sur la ligne de départ de la course soutenue par la Fondation Sylvia Bongo Ondimba pour la famille (FSBO), on retrouvera d’autres premières dames invitée à l’instar de Djénè Kaba Condé, épouse du président guinéen, ou la Première dame de RDC, Olive Lembé-Kabila.

Mais aussi, Gimbiya Dogara, épouse du président de la Chambre des représentants du Nigeria, – Dela Sowa, ministre déléguée au Genre et à la Protection sociale du Ghana, – Kaffia R. Christelle Jackou, ministre déléguée aux Affaires Etrangères du Niger ou encore l’ex-championne d’athlétisme Marie Josée Pérec, et la sprinteuse gabonaise, Ruddy Zang-Milama.

Plus de 4000 participantes sont attendues pour la course qui débutera samedi 28 novembre à 9h. L’ensemble des revenus tirés des inscriptions cette année sera intégralement reversé à la Maison d’Alice, une structure d’accueil et de séjour gratuit, parrainée par la FSBO et dédiée aux malades du cancer.

Pour Erwan Le Grand, directeur de la FSBO, « tout le monde doit se sentir concerné par la lutte contre les cancers. Elle est longue et difficile comme un marathon ».

Jeune Afrique : Une course de 5 kilomètres se tient ce 28 novembre à Libreville, pour sensibiliser la population au dépistage du cancer. Pourquoi ?

Erwan Le Grand :  Il faut savoir que le cancer en général est un problème de santé publique au Gabon. Selon nos chiffres datant de 2008, on recense plus de 1000 nouveaux cas par ans, et on constate à peu près 800 décès dus au cancer sur la même période. Tous sexes confondus, le cancer du sein et plus spécifiquement pour les femmes, le cancer du col utérin sont les cancers les plus fréquents. Celui du col utérin a un taux de mortalité très élevé s’il n’est pas traité à temps. C’est un véritable problème de santé publique.

La Première dame prendra part à la course. Quel message souhaite-t-elle faire passer ?

Le message est que tout le monde doit se sentir concerné par la lutte contre les cancers, que la lutte est longue et difficile comme un marathon, que de nouveaux moyens de traitement sont disponibles. Par rapport à cette opportunité il faut s’unir dans l’effort, être le plus nombreux possible et se soutenir pour y faire face.

En Afrique, contrairement aux maladies transmissibles comme le VIH ou la Malaria, le cancer a toujours été la dernière des priorités

Alors qu’en Afrique on ne parle que de Sida et de paludisme, pourquoi la Fondation Sylvia Bongo a-t-elle choisi de s’intéresser aux cancers?

En Afrique, contrairement aux maladies transmissibles comme le VIH ou la Malaria, le cancer a toujours été la dernière des priorités. Mais avec le changement du niveau de vie de la population, cela devient un problème prioritaire alors même que les infrastructures n’existent quasiment pas. La Première dame du Gabon a commencé à s’intéresser aux maladies non transmissibles lorsqu’elle a constaté que l’on n’en parlait pas assez. Pourtant, les cancers, le diabète, les maladies cardiovasculaires  sont des tueurs silencieux.

L’autre déclencheur a été la rencontre avec la fondation Lalla Salma du Maroc, qui se focalise sur la prévention et le traitement de la lutte contre le cancer. Et cette fondation qui est reconnue au niveau international, (un grand sommet sur le cancer s’est déroulé la semaine dernière à Marrakech), a beaucoup d’expérience à apporter à d’autres pays. Elle a réussi en une dizaine d’années à faire reculer considérablement le cancer au Maroc. Donc partant de cette rencontre, il y a eu des ateliers à partir de 2013 entre les deux structures, entre les ministères de la santé des deux pays et donc cela a été la première pierre pour un projet ambitieux de prévention, de traitement et d’accompagnement des patients.

Le Gabon s’est doté d’une infrastructure de pointe

Le Gabon va-t-il adapter son système de santé pour la prise en charge des malades ?

Le Gabon s’est doté d’une infrastructure de pointe : l’Institut de cancérologie, avec des services très performants de radiothérapie et de chimiothérapie. Cet outil est la clé de voûte d’un programme de lutte contre le cancer, parce que sans traitement, la prévention perd également de son utilité. Cela peut même être contre-productif car diagnostiquer une cancer sans pouvoir le traiter peut accélérer la maladie avec des conséquences dramatiques. Avec la construction de cet outil, il y a eu un engagement très fort de la part de l’État et pour la Fondation il y a eu une opportunité de travailler plus largement dans la lutte contre le cancer.

Quelle est la stratégie mise en place pour réduire la mortalité due aux cancers ?

On a élaboré une stratégie qui se décline sur plusieurs axes, dont le plus important a trait aux cancers féminins. C’est un cancer que l’on peut prévenir, en systématisant le dépistage – avec un examen très simple que peuvent pratiquer les sages-femmes et les infirmières même de l’arrière-pays. Il s’agit d’une simple inspection visuelle du col avec de l’acide acétique. Cet examen permet un diagnostic à partir duquel les gynécologues traitent les lésions. Ainsi peut-on éviter son développement.

Il ne s’agit pas uniquement de prévenir

Prévenir vaut donc mieux que guérir ?

Il ne s’agit pas uniquement de prévenir. L’autre objectif de ce projet c’est de détecter précocement les cancers pour avoir de fortes chances de les guérir. S’agissant du cancer du sein qui est assez fréquent au Gabon, c’est pareil, on peut faire un dépistage par mammographie, et traiter le plus tôt possible.

Votre programme tient-il compte des populations les moins nanties ?

Nous construisons une maison de vie, La Maison d’Alice, tout à côté de l’Institut de cancérologie pour les patients qui viennent de province et qui n’ont pas les moyens financiers pour vivre à Libreville pendant leur chimio ou leur radiothérapie. Nous les hébergeons, leur proposons un soutien psychologique pour qu’ils puissent aller jusqu’au bout de leur traitement.