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Le Katanga grandeur nature

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Économie

Katanga : dans les ranchs des hautes plaines

Mis à jour le 9 juin 2012 à 11:00

Réputé pour ses vastes pâturages, le plateau katangais s’est vidé de 80 % de ses troupeaux en dix ans. Ils se reconstituent, mais difficilement, et les cow-boys sont loin d’être à la fête.

Le boeuf katangais n’est plus ce qu’il était. Alors qu’elle concentrait jadis plus de 75 % des élevages bovins de ranching du pays, la province n’en compte plus qu’une poignée. Seuls sont pleinement opérationnels la Pastorale du Haut-Lomami (lire ci-contre) et, également sur le territoire de Kamina, les Grands Élevages de Katongola (Grelka), du groupe Forrest, le ranch le plus moderne et le mieux équipé de la province, qui possède 33 000 têtes et une concession de 300 000 ha. Les ranchs de Muhila, Mitwaba et Kayembe Mukulu de l’ex-Office national de développement de l’élevage (Onde) ne fonctionnent plus. Quant aux Élevages Van Gysel aux Marungu (Elgyma), qui occupent une concession de 200 000 ha dans le territoire de Moba (district de Tanganyika), ils tournent au ralenti.

 

Sinistrés

La descente aux enfers a débuté au milieu des années 1990, avec la crise économique et la faillite des grandes entreprises publiques – la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC), la Générale des carrières et des mines (Gécamines), à Lubumbashi, et la Société minière de Bakwanga (Miba), à Mbuji-Mayi -, qui ont eu pour conséquence une forte baisse des revenus des populations et, donc, de la consommation de viande. Les conflits armés qui se sont succédé entre 1998 et 2002 ont donné le coup de grâce, en détruisant de nombreux ranchs, surtout ceux établis dans le nord-est de la province, dans les territoires de Moba et de Pweto.

Le cheptel bovin ne compte plus que 60 000 têtes, contre 300 000 au milieu des années 1990.

Pillages, destruction des troupeaux et des infrastructures, les dégâts ont été énormes. Au point que les ranchs touchés ne s’en sont pas encore remis. Sinistré par la guerre de 1998 et l’insécurité qui a suivi, Elgyma, qui possédait 50 000 têtes, n’en a plus qu’un petit millier, de même que les Élevages de Kundelungu (Elkun), qui en comptaient plus de 30 000 avant les conflits. Les deux sociétés tentent de remonter la pente, mais les dossiers d’indemnisation traînent et, en attendant, il est difficile de trouver des financements.

 

À pied

Fort de près de 300 000 têtes de bovidés (dont plus de 100 000 aux Marungu), jusqu’au milieu des années 1990, le cheptel katangais ne compte aujourd’hui guère plus de 60 000 bêtes. Outre Grelka et la Pastorale du Haut-Lomami, et le peu qu’il reste des ranchs des Marungu, quelques grandes fermes privées sont présentes, dont celles des pères salvatoriens (Élevages salvatoriens, environ 5 000 têtes) dans le Sandoa, de Number One (2 000 têtes) à Kamipini, au sud de Moba, ou encore du groupe minier Bazano, près de Likasi.

Sans compter une flopée de petits éleveurs villageois, possédant de 20 à 100 têtes chacun, dont les plus nombreux sont établis dans les territoires de Moba, Sandoa, Kamina et Kabongo. La reprise économique ces deux dernières années et la présence d’expatriés au fort pouvoir d’achat ont augmenté la demande en viande bovine de la province, dont les principaux marchés sont les villes de l’hinterland minier (Lubumbashi, Likasi et Kolwezi). Toutefois, la consommation « n’a pas retrouvé ses niveaux d’antan », explique Claude Ngosa Kasongo, conseiller auprès du ministre provincial de l’Agriculture et de l’Élevage. Au-delà de la province, quelques têtes partent vers l’Angola et la Zambie. Quant à la demande du Kasaï-Oriental – jadis l’un des plus gros marchés de Grelka, qui y écoulait 400 têtes par mois -, elle a également beaucoup diminué, avec le déclin de la filière diamant. En outre, nombre de Kasaïens sont partis s’établir ailleurs. En particulier au Katanga.

Exception faite de quelques commerçants du Kasaï, rares sont les clients qui viennent s’approvisionner directement à la source. Du coup, les éleveurs assurent eux-mêmes le transfert du bétail jusqu’aux centres de consommation, en organisant des treks, conduits par des bouviers. Un vrai problème, car les régions d’élevage sont totalement enclavées : le bétail est évacué sur pieds et à pied, plus rarement en camionnette, et, compte tenu du mauvais état des routes, cela prend du temps… Il faut par exemple vingt à vingt-cinq jours, depuis Kamina, pour relier Lubumbashi.

Les gros clients sont les boucheries, dont les plus importantes sont Baraka et Number One, les supermarchés locaux (Hyper Psaro, Jambo Mart et Megastore) et quelques petits commerçants, achetant régulièrement quatre à cinq têtes. Une fois les bêtes acheminées, elles sont tuées dans les abattoirs publics de la place à Lubumbashi, Likasi, Kolwezi, Kamina et Kalemie. Seul Number One dispose de ses propres installations, contrôlées sur le plan sanitaire par les services de l’État.

 

Coup de fouet

Étant donné que 10 % du territoire du Katanga (5 millions d’hectares, dont plus de 1,8 million en pâturages naturels) sont propices à l’élevage bovin, et compte tenu de la grandeur passée de la filière, le gouvernement provincial se mobilise pour lui donner un coup de fouet. Afin de renforcer l’élevage villageois et de favoriser l’augmentation des petits cheptels, il prévoit de lancer des campagnes d’insémination artificielle sur cinq ans, financées sur son budget propre, qui concerneront 1 000 à 2 000 vaches. Il a aussi mis en place un programme d’appui aux inspections sanitaires, des aides financières de 5 000 à 15 000 dollars aux éleveurs, ainsi que la fourniture d’intrants (vaccins). Pour relancer le ranching, les autorités provinciales sollicitent les investisseurs privés, notamment sud-africains et zimbabwéens.

Pour le moment, un seul projet se concrétise, engagé par le gouvernement provincial et le gouvernement zimbabwéen, avec la création de la Société agropastorale du Katanga, à capitaux publics congolais et zimbabwéens. Outre un site de 5 000 ha près de Kolwezi qui sera consacré à la production agricole, la société va remettre en état l’un des ranchs du Service national de développement de l’élevage (SNDE), avec pour objectif de constituer un troupeau de 50 000 têtes.