Conso & Distribution

Salwa Akhannouch : « le Morocco Mall a dépassé toutes nos attentes « 

Épouse du ministre de l'Agriculture, Salwa Idrissi Akhanouch dit gérer indépendamment ses activités. © DR

Salwa Idrissi Akhannouch tire un premier bilan du plus grand centre commercial d'Afrique du Nord, ouvert fin 2011.

 Salwa Idrissi Akhannouch n’est pas peu fière du lancement du Morocco Mall. La présidente et fondatrice du groupe marocain Aksal a consacré quatre années à ce projet d’un coût de près de 180 millions d’euros, y attirant de prestigieuses enseignes comme Louis Vuitton, Galeries Lafayette ou Fnac. La petite-fille de Haj Hmad Belfqih, homme d’affaires berbère qui a fait fortune dans le commerce du thé, et épouse d’Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et richissime patron d’Akwa Group, a construit sa société seule. « Mon mari et moi étions déjà tous deux chefs d’entreprise quand nous nous sommes rencontrés. Chacun gère ses activités indépendamment », tient à préciser cette diplômée en commerce international de l’école supérieure de gestion (ESG) de Casablanca. « L’élection de Meriem Bensalah, dirigeante des Eaux minérales d’Oulmès, à la tête du patronat marocain le prouve. Au Maroc, les femmes peuvent avoir confiance en elles et réussir à la tête des entreprises », ajoute-t-elle, optimiste sur l’avenir du secteur de la distribution au Maroc.

Propos recueillis par Christophe Le Bec

Jeune Afrique : Quel premier bilan dressez-vous du lancement du Morocco Mall ?

Salwa Idrissi Akhannouch : Depuis l’ouverture, le 5 décembre dernier, nous avons accueilli 7 millions de visiteurs, avec aujourd’hui 58 000 visiteurs par jour. Un chiffre supérieur aux 40 000 entrées prévues dans notre plan de développement. La tendance est excellente sur les deux derniers mois : en avril, la fréquentation a augmenté de 50 % par rapport à mars et elle a encore progressé de 20 % en mai. Ces résultats nous placent dès aujourd’hui parmi les trois centres commerciaux les plus importants du continent. Nous devrions ainsi faire mieux que les 4 milliards de dirhams [360 millions d’euros, NDLR] de chiffre d’affaires annuel escomptés.

Cela étant, il faudra deux saisons complètes pour que le centre prenne son rythme de croisière. Certains des 350 commerçants du mall ont encore besoin d’un peu de temps pour répondre exactement aux besoins des consommateurs : mise en place d’horaires tardifs, d’animations commerciales, adaptation des produits…

Le groupe Aksal.

Quelles sont les enseignes qui marchent le mieux ?

La bonne surprise du Morocco Mall, ce sont les performances des boutiques de luxe. Des magasins comme Gucci, Dior ou Louis Vuitton ont été plébiscités par la clientèle marocaine, séduite par des prix très attractifs, moins élevés qu’à Paris et au même niveau qu’à Milan. Cet engouement pour les marques de luxe prouve qu’il y avait un besoin non satisfait. Nous avons su saisir cette occasion. Aux Galeries Lafayette, le panier moyen d’un client tourne autour de 800 dirhams, soit environ 70 euros. C’est un bon démarrage. Enfin, les restaurants et lieux de loisirs ne désemplissent pas. Ils attirent une clientèle populaire. Elle ne fréquentait pas forcément les boutiques pendant les premiers mois, mais nous pensons que la progression récente du chiffre d’affaires s’explique par le fait que c’est désormais le cas.

 

Avez-vous réussi à attirer des visiteurs étrangers ?

Pour le moment, ce sont essentiellement des Marocains qui viennent, même s’il y a quelques Européens et Africains (principalement Maghrébins), qui représentent environ 7 % des clients. Il nous reste encore du travail avant de transformer le Morocco Mall en une véritable destination shopping. Nous réfléchissons avec nos partenaires à la création d’offres packagées destinées aux touristes étrangers, ouest-africains notamment, comprenant vols, nuits d’hôtel, visites de monuments… et un temps de shopping. Cela étant, nous ne deviendrons pas Dubaï : la clientèle marocaine restera majoritaire dans le centre commercial.

 

Comment gérez-vous le centre avec votre partenaire saoudien, Real Blanca ?

Aksal et Real Blanca détiennent chacun 50 % des parts. Il a toujours été entendu que le groupe Aksal gérerait la construction et l’exploitation du Morocco Mall. Au début, nous nous sommes fait accompagner par le cabinet américain Colliers International, qui a notamment travaillé sur les grands malls d’Afrique du Sud et de Dubaï. Mais aujourd’hui, nous avons internalisé l’ensemble de la direction. Gestion, sécurité, animation : nous sommes aux commandes.

 

Le groupe Aksal est à la fois gérant de centre commercial et opérateur de franchises. N’est-ce pas contradictoire ?

Je pense au contraire que c’est un atout. Le fait d’être un retailer [gérant de boutiques] reconnu nous a permis d’attirer des commerçants dans le Morocco Mall. Le taux de remplissage était de 98 % au démarrage : c’est un record absolu ! Le coeur de métier du groupe Aksal, c’est de gérer des franchises de grandes marques. Nous avons implanté au Maroc des références incontournables comme Zara ou Gap. Nous connaissons exactement les contraintes des commerçants. Ils savent que nous n’allons pas délaisser l’animation du mall. Nous y avons nos propres boutiques !

 

Nous accueillons 58000 visiteurs par jour. La fréquentation a augmenté de 50% en avril et encore de 20% en mai.

 

Avec la crise en Europe, les grandes enseignes ont-elles réduit leurs ambitions à l’international ?

Pas du tout ! Au contraire, elles étudient avec plus d’attention les possibilités de développement ailleurs, sur des marchés émergents comme le Maroc. Nous n’avons guère de difficultés à séduire d’autres enseignes confrontées à la crise en Europe. Aksal a à son actif l’introduction réussie de Zara et de marques des groupes PPR [Pinault-Printemps-Redoute, qui détient notamment la Fnac] et LVMH [Fendi, Dior…]. Quand un partenaire potentiel voit les résultats du magasin Zara du boulevard Al-Massira de Casablanca, qui sont les meilleurs de tous les points de vente de l’enseigne entre 2008 et 2011, il n’hésite pas beaucoup… Des marques comme Prada, Miu Miu ou Louis Vuitton n’ont même pas été démarchées : elles sont venues toutes seules.

 

En plus du Morocco Mall, il y a à Casablanca d’autres grands projets comme AnfaPlace et Casablanca Marina. N’y a-t-il pas un risque de saturation de l’immobilier commercial ?

Il est évident qu’il ne pourra pas y avoir un second Morocco Mall à Casablanca. Pour être des succès, ces projets doivent être dimensionnés raisonnablement, c’est-à-dire pour répondre aux besoins d’un quartier de la capitale économique marocaine, qui compte tout de même 4 millions d’habitants.

 

Quelles sont vos relations avec des groupes comme Nesk, Marjane ou Label’Vie, qui sont à la fois vos partenaires et vos concurrents ?

Aksal dispose d’un portefeuille de marques très large, le plus étendu du Maroc, et gère aussi des centres commerciaux. Nous sommes leader et n’avons pas vraiment de concurrent présent sur autant de créneaux. Les groupes dont vous parlez sont pour nous davantage des partenaires que des concurrents. D’ailleurs, nous avons un supermarché Marjane dans le Morocco Mall. Quant aux marques du retailer Nesk [saoudien, détenteur notamment de la franchise Mango], elles s’y sont aussi installées.

 

Quelles sont les prochaines ambitions d’Aksal ?

Au Maroc, nous ne sommes encore qu’au démarrage du secteur : tout reste à faire. Un segment comme celui du luxe devrait connaître une croissance d’au moins 20 % par an… Nous allons lancer dans le pays d’autres grandes marques internationales. Côté centres commerciaux, il nous faut d’abord consolider le lancement du Morocco Mall. Cela étant, nous regardons avec attention ce qui se passe du côté de Rabat et d’Agadir, mais aussi à l’international. Nous avons déjà été sollicités sur trois projets en Afrique. 

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