Économie

La Bourse de Lagos se réinvente

Le Nigerian Stock Exchange est sur le point d’achever sa restructuration, qui doit notamment lui garantir une plus grande résistance aux crises bancaires. Le but ? Concurrencer Johannesburg.

Par
Mis à jour le 14 juin 2012 à 16:00

Le 24 avril, les dirigeants du NSE et du Nasdaq ont entériné l’adoption par Lagos de la plateforme d’échanges électroniques utilisée par le marché d’actions américain. © Akintunde Akinleye/Reuters

Le Nigerian Stock Exchange (NSE) peut-il devenir un concurrent sérieux à celui de Johannesburg (JSE) ? D’après le plan de relance annoncé par les dirigeants de la Bourse de Lagos, la réponse est oui. Il s’agira notamment de faciliter la fluidité du marché et d’accroître les volumes échangés, d’autoriser les ventes à terme et d’introduire de nouveaux outils, au premier rang desquels une plateforme d’échanges électroniques fournie en avril par l’américain Nasdaq-OMX.

De quoi hisser le marché nigérian, qui compte actuellement plus de 200 valeurs cotées, au niveau de celui de Singapour, assure Ade Bajomo, directeur exécutif des opérations et de la technologie du NSE. Une manière surtout, à court terme, de redynamiser la place nigériane, particulièrement malmenée ces dernières années. En 2011, elle a enregistré une chute de 16,3 %, ce qui a refroidi des investisseurs déjà douchés par la crise bancaire de 2008.

– 15 %
C’est la chute de l’AII Share Index (ASI, principal indice du NSE) sur un an.

Mais l’heure est à la relance. « Il est essentiel que la Bourse reflète l’économie du pays, c’est dans cette optique que les jalons de la réforme ont été posés », indique Arunma Oteh, qui, en tant que directrice générale de la Securities and Exchange Commission (SEC), l’autorité de régulation, supervisera la réforme. Cette ancienne vice-présidente de la Banque africaine de développement (BAD) a commencé par réclamer que les sociétés cotées présentant des résultats tardifs – un phénomène trop fréquent – soient sanctionnées. « Le NSE et la SEC se montreront désormais intransigeants. C’est le minimum si on veut montrer que les groupes nigérians peuvent prétendre aux plus hautes normes de gouvernance internationale », affirme-t-elle. 

Impulsion

La révision d’ici à la fin de l’année de la méthode de calcul du PIB – le premier réajustement depuis 1990 – pourrait donner une impulsion supplémentaire à ces projets, en renforçant l’attractivité de la place boursière sur fond de revalorisation économique du pays. De fait, selon le Fonds monétaire international (FMI), celle-ci permettrait au PIB nigérian de bondir de 270 milliards à 375 milliards de dollars (de 208 milliards à 300 milliards d’euros) entre 2011 et 2012, alors que celui de l’Afrique du Sud devrait atteindre 395 milliards de dollars cette année. La réorganisation prévoit également d’aligner les horaires d’ouverture du NSE sur ceux des marchés américains – jusqu’à 16 heures au lieu de 14 h 30 actuellement.

Enfin, il convient de développer le nombre de valeurs cotées. Le volume des transactions boursières oscille aujourd’hui entre 3 milliards et 4 milliards de dollars par jour. « Le pays pourrait facilement atteindre un niveau d’échanges quotidien de 6,2 milliards de dollars, loin devant l’Afrique du Sud, et devenir une place d’envergure mondiale », estime Arunma Oteh. Toutefois, si la capitalisation totale du NSE atteint 72 milliards de dollars actuellement, près du quart est constitué par les valeurs de l’empire Dangote (ciment, sucre et farine). Quant au reste, il est essentiellement le fait des multinationales et des banques.

La cotation des compagnies pétrolières locales est à l’étude.

La direction du NSE est en pourparlers pour coter la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC) et les compagnies locales opérant dans l’amont pétrolier. Celles-ci se seraient montrées intéressées par une double cotation dans le pays et à l’international. L’industrie pétrolière, qui produit 2 millions de barils par jour, est à l’origine de 90 % des produits en devises et 80 % des ressources gouvernementales. Mais rien n’est acquis. En 2008, la tentative d’introduction en Bourse de cinq gros acteurs du marché s’est soldée par un échec : aucun n’a été en mesure de satisfaire à l’obligation d’avoir un capital flottant minimum de 10 milliards de nairas (50 millions d’euros) et un capital fixe de 2 milliards de nairas.

Partenariat

« Les règles étaient très strictes à l’époque : seule la moitié des 20 sociétés qui ont postulé ont été certifiées. Et nous travaillons à réduire les coûts de transaction », ajoute la directrice générale de la SEC. Le NSE envisage aussi de favoriser les transactions sur le modèle de l’accord de partenariat stratégique réalisé entre BM&F Bovespa, la Bourse de São Paulo, et l’américain CME Group (Chicago). « Nous sommes en train d’élaborer les règles pour la mutualisation, et nous avons besoin de nous assurer que le cadre adéquat est en place », indique Arunma Oteh.

Nombreux sont ceux qui pensent que toutes ces propositions vont favoriser de nouvelles cotations et donner une plus grande envergure à la Bourse de Lagos. Les courtiers se montrent plus prudents, indiquant qu’il faut attendre de mesurer l’impact que ces réformes auront en termes de liquidités. Sans compter que d’autres problèmes demeurent. Encore sonnées par le krach de 2008, les banques nigérianes se montrent réticentes à augmenter les lignes de crédit, sur fond de climat des affaires tendu. Par ailleurs, les règlements actuels de la SEC n’obligent pas les sociétés cotées à présenter des résultats audités, ce qui permet, comme le souligne un auditeur, « d’avoir toute latitude pour trafiquer les chiffres ». De quoi freiner les investisseurs, à l’exception des plus téméraires.