Sécurité

Mali : une menace terroriste omniprésente, du Nord au Sud

L'arrivée de la brigade anti-criminalité après l’attaque. © DR/JA

Suite à la prise d’otages de l’hôtel Radisson de Bamako, ce vendredi, tous les regards se tournent vers les groupes terroristes nombreux en Afrique de l'Ouest. Au Mali sont notamment implantés Aqmi, Al Mourabitoune, le Front de libération du Macina, ou encore Ansar Eddine, dont le chef Iyad Ag Ghali a récemment dénoncé les accords de paix d’Alger et appelé à combattre la France.

Avec l’attaque de l’hôtel Radisson Blu, où de nombreux hommes d’affaires et personnels d’organisations internationales ont l’habitude de séjourner, la capitale malienne est de nouveau frappée en plein cœur, ce vendredi 20 novembre. Tous les otages ont été libérés, le bilan fait pour l’instant été de 18 morts, et les preneurs d’otages (cinq au maximum), seraient toujours retranchés dans le bâtiment.

Le 7 mars 2015, c’était le restaurant La Terrasse de Bamako qui était pris pour cible. Cinq personnes y avaient trouvé la mort dans un attentat revendiqué par le groupe Al Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar. Le 7 août encore, un hôtel de Sévaré subissait une attaque terroriste faisant treize morts, dont quatre assaillants, attribuée au Front de libération du Macina.

Longtemps concentrées dans le Nord, les attaques jihadistes se sont étendues depuis le début de l’année vers le centre, puis à partir de juin au sud du pays. Selon nos informations, les services de renseignement et les forces de l’ordre du Mali ont d’ailleurs tenu en échec plusieurs tentatives d’attentats à Bamako ces derniers mois. Le 2 août, les services de sécurité ont notamment déjoué une attaque contre le club nautique « Djoliba ». Voici, avec le détail des principaux groupes jihadistes actifs au Mali, l’état des lieux de la menace sécuritaire dans le pays.

J.A.

J.A.

Le Front du Macina, une menace grandissante

Dans la région du Macina notamment, qui s’étend de la frontière mauritanienne et à la frontière burkinabè, les offensives contre les forces de l’ordre maliennes se sont multipliées ces derniers mois. Plusieurs villages ont été attaqués : Nampala, Ténenkou, Boulkessi… On y a également enregistré une série d’assassinats ciblés. Le 13 août, l’imam de Barkérou, Aladji Sékou, un homme de 63 ans, a été exécuté par des motards armés.

Le 7 août, c’est un hôtel de Sévaré, une ville stratégique pour les militaires, qui a été pris d’assaut. L’attaque a fait treize morts dont cinq contractuels de l’ONU, quatre soldats maliens et « quatre terroristes ». Derrière cette recrudescence d’actions jihadistes se cacherait le Front de libération du Macina, dirigé par un certain Amadou Koufa.

Prédicateur connu pour ses prêches enflammés et ses liens avérés avec Iyad Ag Ghali, il a notamment appelé à faire de Mopti la capitale d’un califat, qu’il espère fonder sur les ruines de l’empire peul du Macina, qui a prospéré au XIXe siècle.  C’est également lui qui aurait poussé les colonnes jihadistes à descendre vers le centre du Mali, en 2012.

L’ombre d’Iyad Ag Ghali

Le Front de libération de la Macina travaillerait actuellement en collaboration avec la katiba Khalid Ibn Walid, considérée comme la branche d’Ansar Eddine au sud du Mali. Selon les services maliens, le parrain de cette alliance, qui représente actuellement la menace terroriste la plus sérieuse au Mali, pourrait être Iyad Ag Ghali lui-même. Ce dernier s’est encore rappelé récemment aux bons souvenirs des forces françaises et maliennes. Dans un enregistrement audio réalisé avant les attentats de Paris du 13 novembre et authentifié le 16 novembre par les services maliens, il appelle ainsi à combattre la France et dénonce clairement l’accord de paix signé en juin, à Alger, entre la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA, ex-rébellion à dominante touarègue) et la Plateforme (coalition de groupes pro-gouvernementaux).

Le chef d’Ansar Eddine, qui se cacherait quelque part entre le nord du Mali et le sud de la Libye, approuve également l’attentat de janvier contre la rédaction de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo coupable, selon lui, d’avoir caricaturé le Prophète, estimant que ce journal « n’a eu que ce qu’il méritait ».  L’ancien rebelle touareg devenu chef jihadiste salue également, dans son message, les attentats commis au nord et au sud du Mali.

Al Mourabitoune divisée…

D’autres groupes jihadistes sont également actifs au Mali. Parmi eux, Al Mourabitoune, fondé par Mokhtar Belmokhtar. Celui-ci serait toutefois, selon les services de renseignement maliens, nettement moins opérationnel que le Front du Macina ou qu’Ansar Eddine. Il se « bornerait » actuellement à poser des mines sur le passage de convoi de la Mission des Nations unies au Mali.

Le groupe s’est par ailleurs scindé récemment en deux. La branche principale, commandée par celui que l’on surnomme « le Borgne » a réitéré son allégeance à Al-Qaïda, tandis que la seconde, commandée par Adnan Abou Walid Al Sahraouin s’est affiliée à l’État islamique. Cette dernière sévit actuellement dans la région de Menaka, dans le grand nord malien.

…et Aqmi plus en retrait

Autre groupe présent mais en perte d’influence : Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui subit de plein fouet la présence de l’opération Barkhane dans sa zone d’influence, au nord de Tombouctou et autour de Tessalit.

Selon des sources maliennes, le groupe ne disposeraient actuellement « que » de 200 combattants, répartis dans trois katibas. Dernière action d’envergure revendiquée : une dizaine de soldats maliens ont été tués, le 7 août dernier, lors d’une attaque contre leur camp dans la région de Tombouctou.

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte