Politique

Quels dispositifs de sécurité pour la visite du pape François en Afrique ?

Mis à jour le 23 novembre 2015 à 15:52

Le pape, entouré de ses gardes du corps, au Vatican le 18 novembre 2015. © Andrew Medichini/AP/SIPA

Ouganda, Kenya, Centrafrique : les services de sécurité des trois pays que s’apprête à visiter le pape François du 25 au 30 novembre sont sur les dents. Retour sur les dispositifs déployés pour cette visite à hauts risques.

Malgré les mises en garde, le pape François n’a pas repoussé sa tournée africaine. Ni même réduit son programme à Bangui, secouée ces dernières semaines par de violents affrontements meurtriers. « Évidement, la sécurité sera un paramètre important. Mais le pape a dit que cela ne le décourageait pas », explique Jean-Pierre Bodjoko de Radio Vatican.

C’est donc sous haute surveillance que François posera pour la première fois en tant que pape les pieds en Afrique, où il devrait se déplacer en papamobile ouverte. Au menu : Nairobi, Kampala et Bangui. Avec, à chaque étape, un impressionnant dispositif de sécurité déployé par les pays hôtes, en plus de celui prévu par les propres services du pontife.

Au Kenya, 20 000 hommes déployés


Première étape du pape : Nairobi, où il atterrira le 25 novembre pour une visite de moins de 48 heures. Pour sécuriser ses déplacements, un important dispositif sera déployé : près de 10 000 policiers seront mobilisés pour renforcer la sécurité dans ce pays menacé par les Shebab, responsables des massacres du Westgate et de Garissa.

Et contrairement à la visite de Barack Obama, pendant laquelle les Kényans avaient été invités à ne pas sortir de chez eux, les autorités kényanes devront cette fois faire face à un afflux massif dans la capitale. Plus de 1,4 million de catholiques – soit 10% de la communauté chrétienne du pays – sont en effet attendus à Nairboi.

« Il s’agit d’une opération de sécurité massive à laquelle nous accordons tout le sérieux qu’elle mérite », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Manoah Esipisu. Quelque 10 000 membres du service national de la jeunesse seront donc également déployés pour aider les policiers à gérer la foule. Car François ne compte pas rester entre quatre murs. Selon le programme officiel, il devrait s’offrir des bains de foule à l’université, mais aussi au bidonville de Kangemi, qui compte environ 100 000 habitants.

En Ouganda, 10 000 militaires et soldats déployés 


Puis, 48 heures après son arrivée sur le continent, François arrivera dans l’après-midi du 27 novembre en terre ougandaise. Comme au Kénya, il rencontrera le clergé du pays et s’entretiendra avec le chef de l’État, Yoweri Kaguta Museveni.

Là encore, un important dispositif sécuritaire sera déployé. Plus de 10 000 policiers et militaires seront en effet mobilisés pour sécuriser ses déplacements à Kampala. Car si l’Ouganda est moins menacé que le Kenya, les Shebab n’en ont pas moins frappé le pays à plusieurs reprises ces dernières années.

À Bangui, la Minusca en renfort 


Si l’enjeu sécuritaire au Kenya et en Ouganda est pris très au sérieux, c’est surtout la visite du pontife en Centrafrique qui cristallise l’attention. Le pape passera en effet un peu moins de 48 heures à Bangui, où des flambées de violences meurtrières ont éclaté ces dernières semaines. Conséquence : la France notamment a multiplié les mises en garde en direction des services de sécurité du pape.

Des inquiétudes balayées par la présidente de transition, Catherine Samba-Panza. « Le pape doit venir », a-t-elle fait savoir sur la radio française RTL. Avant de s’en remettre « à Dieu » concernant les risques sécuritaires : « Je tiens à ce que le pape vienne. Quel que soit le destin qui nous sera réservé. Et je crois que par la grâce de Dieu, le pape viendra et il n’y aura rien ».

Sur les 12 000 hommes que compte la force onusienne, environ 3 000 Casques bleus seront mobilisés à Bangui pour la visite du pontife

La Minusca viendra en appui du gouvernement centrafricain pour sécuriser les déplacements du pontife, qui se rendra notamment dans la mosquée centrale et dans l’un des camps de réfugiés de la capitale. Sur les 12 000 hommes que compte la force onusienne, environ 3 000 Casques bleus seront mobilisés à Bangui pour la visite du pontife. Ces derniers seront également épaulés de 300 Casques bleus sénégalais de la Monusco envoyés en renfort.

« Une opportunité bénéfique pour la Centrafrique »

« Ils participeront à l’appui et à la sécurisation générale de la ville lors de la visite papale », explique-t-on au sein de la force onusienne, contactée par Jeune Afrique. Laquelle s’empresse cependant de rappeler que la responsabilité de la sécurisation de l’événement incombe à la Centrafrique. De fait, les forces centrafricaines de sécurité intérieure devraient déployer 500 gendarmes et policiers pour sécuriser Bangui. Quant à la force militaire française Sangaris, une partie de ses 900 soldats présents en Centrafrique devrait s’occuper de sécuriser l’aéroport.

Si la tendance du pape à s’affranchir des itinéraires de sécurité pourrait donner des sueurs froides à ses gardes du corps, la Minusca se veut rassurante. Et avance que « toutes les communautés s’accordent pour dire que la venue du pape est une opportunité bénéfique pour la Centrafrique ».

Autre signe encourageant : le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), l’ancienne coalition Séléka, a joué l’apaisement jeudi 19 novembre. « Nous invitons nos compatriotes, entre autres musulmans centrafricains, à sortir en grand nombre pour témoigner notre hospitalité » lors de la visite du pape, a demandé le coordonnateur politique du mouvement, Moustapha Saboune.