Société

Togo : une affaire de tilapias contaminés suscite les craintes des consommateurs

L’affaire fait grand bruit au Togo. Des poissons congelés impropres à la consommation auraient été vendus illicitement sur les marchés. La destruction de la cargaison mise en cause, mercredi, n’a pas totalement calmé les inquiétudes. Explications.

Par - à Lomé
Mis à jour le 19 novembre 2015 à 19:26

La cargaison de Tilapias détruite le 18 novembre par les autorités sanitaires togolaises. © DR

Tout est parti d’un article publié par un journal local le 13 novembre, révélant l’existence d’une cargaison de 24 tonnes de tilapias, saisie début septembre par les autorités sanitaires du pays, en raison d’une contamination par des composés chimiques. À première vue, la situation est simple : les produits incriminés, importés de Chine, étaient placés sous scellés par le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de l’Hydraulique en attendant leur destruction.

Les résultats des analyses confiées à l’École supérieure d’agronomie de l’Université de Lomé ont révélé l’existence de « résidus de médicaments vétérinaires » sur la chair des poissons, ce qui constituait évidemment un danger pour la santé publique. Le 16 septembre 2015, le ministre Ouro-koura Agadazi adressait une lettre au directeur de la société Andaman, importatrice de la cargaison, dans laquelle il indiquait que les produits, impropres à la consommation, seraient « donc détruits conformément à la loi en vigueur ».

Problème : la cargaison attendra près de deux mois avant d’être incinérée, mercredi 18 novembre, en présence des autorités et des représentants de la société importatrice. Et entre temps, les rumeurs faisant état de la disparition d’une importante partie du stock ont enflé à Lomé. Certains médias allant jusqu’à affirmer que des poissons toxiques ont été écoulés frauduleusement sur les marchés, causant un début de psychose auprès des consommateurs.

Règlement de comptes ?

L’affaire a suscité les réactions de différentes organisations de la société civile. La Ligue togolaise des consommateurs (LCT), et la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH) sont montées au créneau pour dénoncer les risques sanitaires encourus par la population, qui est bien souvent obligée de recourir aux produits congelés importés, moins chers que les frais. Mais le dossier « peut cacher des problèmes bien plus complexes », confie un journaliste qui enquête sur les réseaux mafieux liés aux trafics de produits alimentaires.

Une source proche des propriétaires de la société Andaman explique en effet qu’il pourrait s’agir d’un règlement de comptes entre anciens partenaires d’affaires. « Les Chinois avaient l’habitude de traiter avec d’autres opérateurs qui ne respectaient pas leurs engagements. Et ce sont ces derniers, auxquels le marché d’importation a été retiré, qui tirent aujourd’hui les ficelles pour jeter le discrédit sur une marchandise dont une partie – deux conteneurs sur trois – a reçu l’autorisation de commercialisation », assure-t-on.

Quoi qu’il en soit, l’affaire continue d’alimenter les discussions et aussi la méfiance des Togolais à l’égard des produits alimentaires importés. Et de son côté, le gouvernement compte renforcer les contrôles sanitaires à la veille des fêtes de fin d’année pour restaurer la confiance des quelque 7 millions de consommateurs togolais.