Économie

Abdoulaye Coulibaly paré au décollage

Mis à jour le 21 juin 2012 à 11:00

Air Côte d’Ivoire devrait lancer ses activités en juillet. Aux manettes de la compagnie, l’ancien pilote personnel d’Houphouët-Boigny se dit optimiste.

« Air Côte d’Ivoire aura un destin différent des autres compagnies africaines qui sont mortes en cours de décollage. Elle sera pérenne. » Abdoulaye Coulibaly, président du conseil d’administration du nouveau transporteur ivoirien créé mi-mai, est optimiste. Un optimisme nourri par l’expérience de ce général de l’armée de l’air à la retraite, âgé de 69 ans. Avant d’occuper le poste de ministre d’État chargé des Infrastructures et des Transports (en 2000), il a notamment été le pilote personnel de Félix Houphouët-Boigny de 1972 au décès de ce dernier en 1993. D’ailleurs, son fauteuil de bureau, dans son imposante résidence abidjanaise – qui abrite aussi une collection d’avions miniatures -, n’est autre que celui où aimait s’asseoir le « Vieux » dans l’un des premiers avions présidentiels ivoiriens.

AirCI-IconoPour qu’Air Côte d’Ivoire ne connaisse pas le sort de la défunte Air Ivoire (dont il fut le directeur général de 1979 à 1994), Coulibaly mise sur le partenariat conclu avec Air France et le Réseau Aga Khan de développement. Tous deux sont actionnaires de la compagnie, à hauteur de 20 % pour Air France Finance et 15 % pour Aérienne de participation-Côte d’Ivoire, une société de droit ivoirien créée par le Fonds Aga Khan pour le développement économique et pilotée par Férid Nandjee. L’État ivoirien détient quant à lui 65 % du capital – qui se monte à 2,5 milliards de F CFA (3,8 millions d’euros) et doit être porté à court terme à 25 milliards de F CFA – et prévoit d’en céder 14 % à des investisseurs privés ivoiriens.

Le Réseau Aga Khan détient des participations majoritaires dans Air Burkina et Air Mali. Les trois compagnies opéreront donc des vols en commun, explique Coulibaly, qui souligne que cette coopération permettra des économies d’échelle. L’agence d’Air Côte d’Ivoire à Ouagadougou s’installera par exemple dans les locaux d’Air Burkina – et inversement pour cette dernière à Abidjan.

Avec Air France, l’Ivoirien souhaite adopter « la stratégie des petits pas ». Autrement dit, d’abord faire bénéficier son personnel navigant et technique de l’expertise de la compagnie française pour conquérir le marché africain avant de viser l’Europe, une destination, à l’en croire, « prévue par l’accord-cadre de partenariat signé par les trois principaux investisseurs le 15 mai dernier ».

Vols directs

Le premier avion d’Air Côte d’Ivoire, promet-il, va pointer son nez dans le ciel abidjanais au plus tard fin juillet. Deux Airbus A319, loués 212 000 dollars (170 000 euros) chacun par mois, desserviront plusieurs destinations en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale (Bamako, Conakry, Douala, Libreville, etc.) par des vols directs. Un troisième appareil, actuellement en révision, complétera la flotte d’ici à la fin de l’année, avec une option d’achat. Deux avions à turbopropulseurs de 50 places sont réservés au réseau domestique.

Premier Ivoirien à avoir intégré l’École de l’air de Salon-de-Provence (France), d’où il est sorti avec un diplôme d’ingénieur, Coulibaly préside aussi le conseil d’administration d’Aeria, société gestionnaire de l’aéroport d’Abidjan. Et ambitionne de faire de celui-ci une plateforme sous-régionale : « Sa position géographiquement stratégique le porte naturellement à être ce hub », croit fermement ce père de six enfants, très proche du président Ouattara. Pour 2012, il prévoit un triplement du nombre de passagers de l’aéroport ; ils étaient 600 000 en 2011.

Air Côte d’Ivoire vise pour sa part 300 000 passagers sur ses vols régionaux et autant pour les vols domestiques. Un objectif réaliste, selon le général : « Nous offrirons les meilleurs services de la sous-région, et, surtout, la ponctualité sera notre credo. » Le premier bilan d’Air Côte d’Ivoire sera rendu public en mars 2013. On saura alors si l’optimisme d’Abdoulaye Coulibaly était justifié.