Automobile

A. Benhamadi : « Rien à envier aux usines chinoises ou sud-coréennes »

Le groupe Benhamadi, dirigé par Abderrahmane Benhamadi, est spécialisé dans la fabrication d'électroménager et d'électronique grand public. © Sidali Djenidi / J.A.

Abderrahmane Benhamadi a su imposer la marque Condor dans l'électroménager et l'électronique grand public en Algérie. Il compte désormais se diversifier dans la fabrication d'automobiles, entre autres.

Les Algériens considèrent la ville de Bordj Bou Arreridj, sur les Hauts Plateaux, comme la « capitale de l’électronique ». Le groupe Benhamadi, créé dans les années 1950, a été l’un des premiers à s’y développer. D’abord spécialisée dans l’alimentaire et le transport, l’entreprise familiale a bifurqué à partir de 1997 dans l’importation puis la fabrication d’électroménager et d’électronique grand public.

Depuis, le groupe a créé et imposé sa marque Condor. Son chiffre d’affaires a atteint 21 milliards de dinars en 2011 (213 millions d’euros, + 25 % par rapport à 2010), et les bénéfices 800 millions de dinars. Il revendique 30 % de part de marché dans le gros électroménager (réfrigérateurs, lave-linge, cuisinières, climatiseurs…), avec 1,3 million d’appareils vendus l’an passé. Il est par ailleurs le premier fabricant algérien de téléviseurs et produit des écrans LCD, des lecteurs DVD, des ordinateurs…

Dans un pays où l’importation est reine, la réussite de Benhamadi est aussi industrielle. Les ingénieurs « maison », formés en Chine ou en Corée du Sud, conçoivent les produits fabriqués par près de 3 000 salariés (600 recrutements annoncés en 2012). Ce sont ces mêmes ingénieurs qui ont développé la carte mère utilisée sur les ordinateurs Condor.

Pourquoi s’arrêter là ? Le groupe annonce la production de ses premières tablettes tactiles, sa diversification dans les énergies renouvelables et l’automobile. Une introduction en Bourse est envisagée pour financer les futurs développements. La marque s’apprête en outre à s’attaquer à l’Afrique subsaharienne. Jean-Michel Meyer

 

Propos recueillis par Saïd Aïd-Hatrit, à Alger

Jeune Afrique : Pourquoi passer d’une activité d’importation à un statut d’industriel ?

Abderrahmane Benhamadi : Au départ, produire en Algérie répondait à un souci économique. Là où nous pouvions réduire le prix de revient en fabricant localement, nous l’avons fait. Puis nous nous sommes aperçus que la fiabilité des cartes mères importées d’Asie pour nos PC n’était pas assurée, nous avons donc décidé de les faire nous-mêmes. Plus généralement, la loi CKD [Completely Knocked-Down, qui favorise depuis 2006 l’assemblage sur place avec des pièces importées, NDLR] a fait chuter de 30 % à 5 % les droits de douane sur les pièces importées et assemblées ici. Cette loi a dopé l’industrie de l’électronique et de l’électroménager. Les importateurs qui ne s’étaient pas préparés à produire localement et donc à respecter la loi ont disparu.

 

Vous avez créé la surprise en annonçant en février votre intention de vous lancer dans l’automobile…

Oui, il s’agit d’un projet de véhicule électrique qui s’inscrit presque dans notre coeur de métier, l’électronique. Il entre dans notre volonté de diversification. Nous sommes en contact avec une entreprise américaine qui produit des véhicules électriques en Chine, mais les négociations piétinent. Nous pourrons toujours changer de partenaire. Nous voulons travailler avec un professionnel qui puisse nous accompagner. Nous sommes des fabricants, la seule distribution ne nous intéresse pas. Nous voulons un transfert de technologie avec au minimum une ligne de montage, avant de fabriquer les pièces qui peuvent l’être en Algérie.

 

N’est-ce pas une fausse bonne idée, dans un pays où le prix du carburant est bas ?

Pas du tout. La voiture électrique n’est pas encore populaire en Algérie, mais un marché de niche existe. Des avantages économiques peuvent être tirés des véhicules électriques au sein des grands complexes industriels, des aéroports, des administrations, voire auprès des jeunes qui se déplacent peu, pour aller à l’université par exemple.

 

Réussir dans l’automobile s’inscrit-il dans la lignée des défis techniques que vous avez relevés en produisant vous-mêmes vos cartes mères depuis 2011 ?

Cela entre dans la même optique. Nous sommes les seuls avec Alfatron, une société publique située à Oran, à avoir créé un PC de marque algérienne. C’est un apprentissage pour nos ingénieurs. Cela nous permet aussi de pouvoir effectuer les réparations en cas de panne. Nous avons un très bon rapport qualité-prix, et les gens nous font de plus en plus confiance.

Nous avons beaucoup de demandes en provenance de Tanzanie, du Gabon, du Sénégal

Quel rôle joue votre bureau de recherche et développement installé en Chine ?

Nos cadres lui expliquent les besoins de notre marché, et il fait en sorte qu’ils soient satisfaits de la manière la plus économique. Par exemple, il y a un an ou deux, personne ne parlait de la TNT [télévision numérique terrestre] en Algérie. Nous sommes les premiers à l’introduire dans nos produits commercialisés en 2012, car l’État envisage de la généraliser d’ici à 2015. Nous travaillons aussi à créer nos tablettes tactiles avec un fabricant chinois, et pas à 800 euros comme on peut en trouver !

 

Quels sont vos autres projets d’investissements ?

Nous lançons cette année un projet de fabrication de charpentes métalliques. Nous voulons aussi nous développer dans le solaire. Il faut savoir que nos investissements visent aussi à accroître l’intégration dans nos chaînes de production. Les climatiseurs, les réfrigérateurs puis les lave-linge offrent déjà des taux d’intégration qui varient de 50 % à 80 %. Notre but est aussi d’augmenter nos gammes sur chaque produit.

 

Avez-vous réussi, comme vous l’annonciez en 2007, à exporter 40 % de votre production ?

Non. Nous sommes en quelque sorte victimes de notre succès, avec une demande pour nos produits qui croît de 25 % à 30 % par an en Algérie. Néanmoins, l’exportation reste un axe stratégique. Nous avons arrêté en Libye et nous allons reprendre en Tunisie. Nous travaillons aussi avec la Jordanie. Et nous étudions les marchés marocain et subsahariens. Nous avons beaucoup de demandes de Tanzanie, du Gabon, du Sénégal… Cela doit se faire par étapes, car l’exportation est un métier. Dans notre activité, nous sommes en avance, et de loin, sur nos voisins tunisiens, libyens, marocains ou égyptiens. Nous avons beaucoup investi pour créer des usines ultramodernes qui n’ont rien à envier aux sud-coréennes ou aux chinoises. Nous avons l’avantage d’avoir un grand marché avec un pouvoir d’achat très important qui nous encourage à continuer d’investir.

 

Pour vous financer, êtes-vous tenté par la proposition du gouvernement qui encourage les grandes entreprises privées à s’introduire en Bourse ?

Nous faisons évoluer la forme de nos sociétés pour passer en société par actions et constituer un groupe avec des filiales indépendantes. Le dossier est prêt. À partir de là, nous pourrons envisager l’appel à l’épargne publique, probablement par l’émission d’obligations. Pour l’instant, nous arrivons à nous autofinancer avec l’aide de nos partenaires bancaires.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte