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Télécoms : sur la voie de la Net-économie

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Économie

Djezzy à l’orée d’une nationalisation

La prise de 51 % du capital de l’opérateur par l’État est prévue pour les prochains mois. Alger se retrouvera alors à la tête de deux acteurs de la téléphonie mobile.

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Mis à jour le 18 juin 2012 à 16:35

La transaction avec le russe VimpelCom pourrait s’élever à plus de 5 milliards d’euros. © Louiza Ammi

C’est l’épilogue d’un processus entamé début 2010, lorsqu’Alger a décidé de racheter l’opérateur de téléphonie mobile Djezzy (alors filiale à 96,8 % de l’égyptien Orascom Telecom Holding, OTH) en faisant valoir son droit de préemption dans le cadre de la règle des 51/49. Karim Djoudi, le ministre des Finances, a confirmé en mars la poursuite des négociations avec VimpelCom, le groupe russe repreneur de Djezzy en octobre 2010 (il détient 51,7 % des parts d’OTH). Il s’agit de « parvenir à un accord sur la valeur de la transaction » : le chiffre de 6,5 milliards de dollars (5,2 milliards d’euros) a été évoqué – et aussitôt démenti par Karim Djoudi. Mais le bras de fer continue : OTH a présenté un avis officiel d’arbitrage contre Alger concernant d’anciennes mesures prises contre Djezzy.

En attendant la 3G

Le lancement de la 3G (haut débit mobile) n’a toujours pas abouti. Les trois opérateurs ont pourtant déposé des offres en octobre 2011, conformément au processus mis en oeuvre par le ministère de la Poste et desTIC. La 3G était censée être opérationnelle le 5 juillet. Mais en décembre, Moussa Benhamadi, alors ministre desTIC, annonçait le gel du processus d’octroi de la licence « jusqu’au règlement de l’affaire Djezzy ». Depuis, plus rien. En fait, il semblerait que l’option 3G n’ait pas été retenue définitivement par les pouvoirs publics et que le passage direct à la 4G soit actuellement à l’étude. T.H.

Au-delà des considérations financières, quel sera l’avenir de Djezzy au lendemain de cette nationalisation partielle ? « L’opérateur, qui a réalisé de belles performances ces derniers mois, reste leader avec 17 millions de clients. En injectant de l’argent, l’État permettra à l’entreprise de doper son développement », estime Younès Grar, consultant en télécoms. Le rachat de Djezzy permettra aussi le règlement définitif de sa dette fiscale et la reprise de son programme d’investissements, revu à la baisse après la mesure d’« interdiction d’opérations extérieures » (transfert de devises bloqué) imposée par la Banque centrale en 2010 pour cause de fraude fiscale.

Reste à savoir qui héritera du management de la nouvelle entité. « Le volet management sera défini dans le cadre du pacte d’actionnariat. Si la gestion est confiée aux Algériens, il y a un risque d’assister à un transfert de mauvaises pratiques vers Djezzy. Car, si l’Algérie avait des gestionnaires compétents, Algérie Télécom et Mobilis ne seraient pas en crise », souligne Younès Grar. Minés par leur mauvaise gestion, l’opérateur public et sa filiale de téléphonie mobile se trouvent aujourd’hui dans une situation précaire (obsolescence des infrastructures, lourdeurs administratives…). « Algérie Télécom n’a pas encore réussi son passage du statut d’opérateur de réseau régi administrativement à celui d’opérateur de services centré sur le client et à l’écoute de ce dernier », a concédé Azouaou Mehmel, le nouveau patron d’Algérie Télécom, dans une longue lettre adressée à ses employés.

La règle des 51/49
Depuis 2009, tout investisseur étranger doit s’associer à un partenaire algérien majoritaire

Grand perdant

Une fois l’opération de nationalisation effective, le secteur de la téléphonie mobile se retrouvera dans une situation singulière, avec une large domination de l’État à travers Djezzy et Mobilis. L’opérateur privé Nedjma, propriété du qatari Qtel, sera en position minoritaire, mais c’est bien Mobilis qui pourrait être le grand perdant. Les pouvoirs publics devront très vite parvenir à un retour sur investissement, ce qui se fera nécessairement au détriment du soutien financier à la filiale d’Algérie Télécom. Le dossier nécessite la mise en oeuvre d’une stratégie basée sur des critères financiers et commerciaux. La gestion politique a fait son temps.