Télécoms

L’internet mobile, nouvel horizon des opérateurs

Par Jeune Afrique

Guy Zibi, directeur du consulting chez Pyramid Research. DR ©

Guy Zibi est directeur du consulting chez Pyramid Research. L'essor remarquable de la téléphonie mobile en Afrique tient en quelques chiffres. Le continent pouvait se targuer, à la fin de 2011, de compter près de 650 millions d'utilisateurs, confirmant ainsi qu'il était le marché connaissant la plus forte progression au monde. Rien qu'au Nigeria, on recense plus de 100 millions d'abonnés. À l'instar de l'Afrique du Sud, un petit nombre de pays annoncent déjà un taux de pénétration supérieur à 100 %. Et la perspective que de nouveaux marchés franchissent ce seuil n'est plus considérée comme surprenante.

De tels taux de croissance sont le résultat d’un subtil mélange de compétition et de régulation, d’une forte dose d’avancées technologiques et d’un sens aigu du marketing. Après avoir été longtemps dominés par des compagnies publiques détentrices de monopoles, les marchés des télécommunications en Afrique sont devenus parmi les plus compétitifs au monde, avec l’attribution d’un nombre croissant de licences par les autorités de régulation. Le nombre moyen d’opérateurs par pays est passé de 2,5 en 2005 à 3,8 en 2011. La Tanzanie en comptait 6 à la fin de 2011, la Côte d’Ivoire et le Ghana 5 chacun, et le Rwanda, marché de taille nettement plus réduite, pas moins de 3.

À mesure que le nombre de clients a augmenté, les revenus générés par le marché de la téléphonie mobile en Afrique se sont envolés, pour atteindre environ 60 milliards de dollars (46 milliards d’euros) en 2011. Et bien que leur taux de croissance se soit un peu tassé, il reste malgré tout assez dynamique – entre 5 % et 10 % par an. Aujourd’hui, ce secteur est à la fois robuste et prometteur, malgré certaines incertitudes.

Les réseaux africains de téléphonie vont donner naissance aux futures autoroutes de l’information.

Du Kenya à la RD Congo, l’intensité de la compétition menace la santé financière de certains opérateurs. Nombre d’entre eux connaissent un changement fondamental de leurs méthodes, en partie imposé par les stratégies agressives mises en oeuvre par des groupes concurrents venus d’Inde ou du Moyen-Orient, comme Bharti Airtel ou Warid. Pour les investisseurs qui ont misé sur l’Afrique, celle-ci doit maintenant prouver qu’elle est bien l’eldorado qu’elle prétend être. Car malgré toutes ses promesses, le marché africain du mobile a déjà perdu un petit peu de son attractivité.

Les compagnies cherchent aujourd’hui à poursuivre avec internet le chemin commencé avec la téléphonie. Mais les obstacles sont nombreux : les infrastructures restent limitées au niveau du réseau, la bande passante est insuffisante, les coûts des équipements sont élevés, les niveaux d’instruction restent faibles et le marché est peu développé. Bref, ce secteur en devenir mêle un potentiel hautement prometteur et des perspectives de retour sur investissement incertaines. Tel est le cadre dans lequel se produira la prochaine expansion du marché du mobile sur le continent.

Néanmoins, des sigles aussi nébuleux que HSPA (High Speed Packet Access, ou 3G+) et LTE (Long Term Evolution) entrent peu à peu dans le lexique africain, comme GSM et CDMA l’ont fait autrefois. Smartphones et tablettes gagnent en popularité. Moins de 20 % des Africains qui possèdent un mobile s’en servent pour accéder à internet, mais leur nombre augmente rapidement. Dans certains pays, comme le Kenya et l’Ouganda, plus de la moitié des utilisateurs de mobile accéderont au web à partir de leur téléphone dans les cinq prochaines années.

Pour les opérateurs africains, l’important est moins de rechercher un profit à court terme que de saisir une opportunité historique de construire et de dominer la société de l’information sur le continent. Si les tendances se confirment, les réseaux africains de téléphonie vont donner naissance aux futures autoroutes de l’information et engendreront, à terme, les versions africaines de Facebook et d’eBay.

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