Politique

Alfonso Nsue Mokuy : « En Guinée équatoriale, la torture a été éradiquée »

Le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo à New Delhi, le 29 octobre 2015. © Manish Swarup / AP / SIPA

Alors que Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, 36 ans au pouvoir, vient d'officialiser sa candidature à la prochaine présidentielle, Alfonso Mokuy, vice-Premier ministre chargé des Droits de l’homme, tient à rassurer la communauté internationale : la démocratie progresse dans son pays, assure-t-il. Interview.

Alfonso Nsue Mokuy, vice-Premier ministre équato-guinéen chargé des Droits de l’homme, a été dépêché à Paris fin octobre pour désamorcer la polémique autour de la liste des 310 victimes supposées du régime Obiang, diffusée par la coalition de l’opposition, la Cored (coalition restauratrice de l’État démocratique), dont fait partie l’opposant historique Severo Moto Nsa. Objectif : rassurer la communauté internationale alors que le président équato-guinéen s’apprêtait à officialiser sa candidature à la prochaine présidentielle – ce qu’il a fait le 11 novembre, et il doit être prochainement investi par son parti.

Alfonso Mokuy est un pilier du système politique équato-guinéen. Journaliste dans les années 1970, il entretenait une amitié solide avec Severo Moto. Au début des années 1980, ce dernier était au ministère de l’Information quand il dirigeait la télévision nationale. « Moto est comme un frère, mais je ne sais pas à quoi il joue désormais », dit-il sobrement de son ancien patron. À la tête de la Convention libérale démocratique (CLD, autorisé en 1991), Mokuy a décidé de rejoindre le gouvernement en 1996, et a écumé depuis un certain nombre de ministères.

Jeune Afrique : Teodoro Obiang Nguema Mbasogo vient d’officialiser sa candidature. Mais aucune date n’a encore été indiquée pour la tenue de la présidentielle de l’année prochaine…

Alfonso Nsue Mokuy : Le président Obiang Nguema avait déjà indiqué qu’il souhaitait se représenter. Ensuite, au terme du congrès de son parti, il convoquera l’ensemble des partis d’opposition. Lorsque nous tomberons tous d’accord, la date sera communiquée.

La CLD est toujours un parti d’opposition mais nous avons jugé que l’action du gouvernement allait dans le bon sens

Vous faites partie de l’opposition, mais vous avez pourtant rejoint le gouvernement, comme beaucoup de membres d’autres formations. Le CPDS (Convergence pour la démocratie sociale) de Plàcido Micò Abogo ne serait-il pas le dernier vrai parti d’opposition autorisé ?

La CLD est toujours un parti d’opposition mais nous avons jugé que l’action du gouvernement allait dans le bon sens, et qu’il était plus utile de participer à l’effort national. Pour autant, quand nous ne sommes pas d’accord avec une décision, nous nous exprimons, parfois directement auprès du président. La Guinée équatoriale est un petit pays, tout le monde se connaît.

Le manque d’ouverture démocratique est l’un des reproches adressés au président Obiang Nguema. Il a expliqué récemment lors d’une allocution télévisée qu’il y avait peut-être trop de partis d’opposition. N’est-ce pas anti-démocratique de s’exprimer ainsi ?

Il y a quinze partis pour 800 000 habitants. Ce qu’a voulu dire le président, c’est que dans la perspective des élections, il serait peut-être opportun de créer des alliances, des coalitions, afin de limiter le nombre de candidats.

Autre grief : les droits de l’homme, maroquin dont vous avez la charge. Que répondez-vous aux accusations de la Cored ?

Nous avons étudié une à une les personnes de cette liste : près de 80 d’entre elles sont décédées sous le régime de Macias, il y a près de quarante ans ; une trentaine ont disparu dans un accident de la circulation ; cinq, dont Macias lui-même, ont été condamnées à la peine capitale ; d’autres encore sont morts de mort naturelle… Tout ceci est grotesque.

Lors d’une conférence de presse en octobre, l’ambassadeur avait évoqué des poursuites judiciaires à l’encontre de la Cored…

La priorité du gouvernement n’est pas d’aller en justice. Notre but est davantage de communiquer, d’être transparent. Par contre, les familles dont l’un des membres apparaît dans cette liste et qui se sentent diffamées peuvent le faire.

La torture est-elle toujours pratiquée en Guinée équatoriale ?

Non, elle a été éradiquée.

Un témoin a confié à Jeune Afrique avoir assisté récemment au commissariat central de Malabo, surnommé « Guantanamo », à des scènes troublantes, alors qu’il venait simplement récupérer son passeport : détenus traînés à terre en caleçon, cris en provenance d’autres cellules… Ne pensez-vous pas qu’il y a un vrai problème de violence policière dans le pays ?

Je ne peux pas contredire cette personne, mais c’est elle qui dit ça. Il y a un mois, nous avons tenu un séminaire pour sensibiliser les gendarmes et les policiers sur ce sujet. Un membre de l’ambassade américaine était d’ailleurs présent. Et nous en organiserons d’autres. Je vous l’assure : quand des cas de maltraitance ou de torture nous sont rapportés, nous intervenons immédiatement.

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