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Cet article est issu du dossier «Le Cameroun sort de ses frontières»

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Économie

Cameroun : les projets dans le pipe

La première phase de la modernisation de la raffinerie de Limbé est réalisée à 70 %. DR ©

L'extraction de brut décline et le pays se recentre sur l'aval de la filière. Du raffinage à la livraison, les opérateurs s'organisent pour améliorer la transformation, le stockage et le transport des produits pétroliers.

Lancée en 1977, l’exploitation pétrolière au Cameroun a atteint son apogée en 2003. Depuis, les volumes déclinent ; ils sont passés de 39 millions de barils par an à moins de 22 millions en 2011. Le pays devrait bien connaître un soubresaut entre 2013 et 2015, avec un petit supplément de production de 2 à 3 millions de barils par an grâce au développement de champs marginaux, « mais, sans découverte significative, ce n’est plus sur ce secteur que se jouera l’avenir du pays », avance un opérateur. Si les perspectives semblent donc limitées dans l’amont pétrolier, le Cameroun a en revanche une belle carte à jouer sur l’aval du secteur, notamment en matière d’export vers la sous-région.

Dans cette stratégie, qui permettrait au pays de compenser la baisse de ses exportations de brut, la raffinerie de Limbé fait figure de pierre angulaire. Opérée par la Société nationale de raffinage (Sonara), elle fait l’objet d’un programme de modernisation et d’extension qui doit porter sa capacité de 2,1 millions de tonnes par an à près de 4 millions à l’horizon 2015. Un investissement de 579 millions d’euros, « entièrement pris en charge par la Sonara », affirme Charles Metouck, directeur général de la société publique. Cette première phase du programme est réalisée à 70 %.

La seconde phase permettra d’améliorer le traitement des résidus de distillats lourds, qui représentent aujourd’hui 11 % des volumes produits par la Sonara. « Au lieu de vendre ces résidus, nous produirons des volumes supplémentaires de gaz, d’essence ou de gasoil. Il ne s’agit pas tant de produire plus que de produire mieux », explique Charles Metouck, précisant que la Sonara récupérera 24 % de volume de produits grâce à ce retraitement.

Du lourd

Ce nouvel outil va surtout permettre à la raffinerie, conçue pour le traitement de bruts légers, de traiter le « Kolé » camerounais, plus lourd, qui, faute d’équipements appropriés, ne représente actuellement que moins de 20 % des approvisionnements de la raffinerie, loin derrière les pétroles nigérians. « C’est l’objet même de ce projet, qui doit nous permettre de valoriser 70 % des bruts camerounais », précise le directeur général de la Sonara.

5 % c’est la croissance annuelle moyenne de la consommation domestique

Prévue à l’origine pour développer les capacités à l’export, l’extension de la raffinerie doit aujourd’hui permettre d’alimenter en premier lieu la consommation domestique, en hausse de 5 % par an en moyenne depuis 2008. Toutefois, l’augmentation des volumes à l’exportation (qui représentent un sixième de la production) reste une priorité, la demande en produits pétroliers étant également en forte hausse dans la région. L’entrée en activité, en juin 2011, d’une première raffinerie au Tchad, jusqu’alors principal client de la Sonara, « va certainement changer la répartition, reconnaît Charles Metouck. Cependant, il y a d’importants débouchés en Guinée équatoriale, au Congo, en RD Congo et, surtout, au Nigeria, limité par les capacités de ses propres raffineries ».

Ces volumes supplémentaires de produits raffinés obligent le reste de la filière à s’adapter, à commencer par le stockage. La Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) a donc lancé un programme d’envergure pour augmenter de 65 % ses capacités d’entreposage de produits liquides (266 250 m³ aujourd’hui) et doubler celles de produits gazeux (actuellement de 2 370 t) d’ici à 2016. Le total des investissements s’élève à 85 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 115 millions pour la construction du nouveau dépôt de Kribi, d’une capacité de 450 000 m³, dont la première phase doit être achevée en 2014. « Nous serons alors en mesure de suivre la croissance de la consommation camerounaise et des échanges sous-régionaux, à l’import comme à l’export », indique Blaise Avebe, responsable qualité de la SCDP.

À Kribi, les volumes de brut transitant par le pipeline Tchad-Cameroun sont aussi appelés à s’accroître : aux 115 000 barils par jour transportés en 2011 devraient s’ajouter près de 20 000 b/j en provenance du Niger. Niamey en a fait la demande officielle auprès de N’Djamena en février, et si le projet est adopté, dans deux ans, un oléoduc reliera les champs nigériens, situés le long de la frontière avec le Tchad, au pipeline existant. Les autorités camerounaises devraient se montrer favorables à ce projet susceptible d’augmenter les droits de transit, qu’elles estiment trop faibles (un sujet sur lequel elles viennent d’ailleurs d’ouvrir des négociations avec les opérateurs présents au Tchad). En outre, la confirmation, l’an dernier, de la présence de pétrole dans le bassin du Logone Birni (nord du pays) devrait achever de convaincre Yaoundé, puisque le nouvel oléoduc pourrait aussi être utilisé pour évacuer ce petit supplément de brut. 

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