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Cet article est issu du dossier «Le Cameroun sort de ses frontières»

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Économie

Cameroun : des PME en bonne santé

Gisèle Étamé a fondé le laboratoire Genemark en 2003. Nicolas Eyidi pour JA ©

Portrait de deux PME qui se sont lancées dans le domaine de la santé, chacune à leur manière. L'une fabrique sur place des compresses médicales qu'il fallait jusqu'alors importer ; l'autre, un laboratoire pharmaceutique, poduit une vingtaine de médicaments génériques.

Arthur Zang n'a que 24 ans, mais a déjà révolutionné le traitement à distance des maladies cardiovasculaires au Cameroun. © Baudouin Mouanda pour JACoup de coeur pour le Cardiopad

Mise au point par un ingénieur de 24 ans, cette tablette permet d’effectuer à distance des examens cardiovasculaires.

À 24 ans, Arthur Zang est déjà une célébrité dans son pays. Ingénieur diplômé de l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé, le jeune spécialiste en génie informatique a révolutionné le traitement à distance des maladies cardiovasculaires au Cameroun, en développant une tablette numérique à usage spécifiquement médical : le Cardiopad. Identique à un iPad, cette invention – « 100%africaine », insiste avec fierté son concepteur – permet d’enregistrer la fréquence cardiaque d’un malade, puis de la transmettre via un réseau GSM ou GPS à un cardiologue, lui aussi équipé de l’appareil, qui peut alors faire son diagnostic et, le cas échéant, prescrire lamédication nécessaire.

Dans un pays qui ne compte qu’une quarantaine de spécialistes, essentiellement concentrés dans les grandes villes du Sud, « le Cardiopad devrait contribuer à sauver plusieurs milliers de vies chaque année », espère le chercheur. Les principaux centres de cardiologie du Cameroundevraient être équipésdès ce mois de juin de la tablette (dont le coût est de 1,2 million deFCFA l’unité, soit environ 1800 euros) et, déjà, l’Afrique du Sud ou le Burkina Faso ont manifesté leur intérêt.

Genemark au générique

Fondé en 2003, le laboratoire Genemark est aujourd’hui leader sur le marché, avec une offre d’une vingtaine de médicaments.

Autorisés depuis 2003 par le ministère de la Santé, les génériques représenteraient aujourd’hui 40 % du volume de médicaments vendus au Cameroun, selon les autorités sanitaires. Bien qu’ils ne fournissent que 4 % d’un marché domestique inondé par les productions indiennes, sept laboratoires locaux travaillent dans ce secteur, dont Genemark. Créée quelques mois après l’ouverture du marché, la société avait pour objectif « d’assurer l’accessibilité et la disponibilité de médicaments de qualité pour les plus modestes », rappelle sa directrice, Gisèle Étamé, docteur en pharmacie et ancienne cadre de Rhône-Poulenc.

Huit ans plus tard, le laboratoire propose une vingtaine de références, « à un prix inférieur de 30 % à 50 % aux médicaments sous licence », précise Gisèle Étamé, et il est devenu leader de ce marché, en plein développement malgré les contrefaçons (qui proviennent essentiellement de RD Congo). Genemark entend désormais élargir sa gamme de produits et sa zone de diffusion, d’abord à l’ensemble du territoire camerounais, puis au Tchad et à la Centrafrique.

Sitraco transforme la fibre douala

Robert Kemajou a fondé Sitraco pour faire usage des matières premières locales. © Nicolas Eyidi pour JALa jeune PME prévoit de lancer en septembre la fabrication de compresses médicales et de bandes de gaze.

Robert Kemajou a travaillé quinze ans sur son projet. Il n’a plus que quelques mois à attendre. « La production devrait démarrer en septembre », confirme, impatient, le directeur de la Société industrielle de transformation du coton (Sitraco), spécialisée dans la production de consommables médicaux. Installée à Douala, dans les locaux de la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam), qui lui fournira 3 000 tonnes de coton par an, la jeune PME fabriquera dans un premier temps des compresses médicales et des bandes de gaze, avant de s’attaquer aux marchés du sparadrap et des protections urinaires pour adultes. Sans véritable concurrent dans la région, Robert Kemajou vise « 100 millions de F CFA [plus de 152 000 euros, NDLR] de chiffre d’affaires annuel rien que sur le Cameroun » d’ici à deux ans. Persuadé de pouvoir être « plus compétitif que les Chinois en matière de prix », il entend, à moyen terme, étendre ses activités « à l’ensemble de l’Afrique subsaharienne ».

De quoi valoriser les exportations de la filière : seuls 4 % de la production de coton du pays (180 000 t de coton-graine et 76 000 t de coton-fibre en 2011) sont actuellement transformés, le solde étant exporté brut. L’unité de production, dont la première phase de construction a coûté 1,7 milliard de F CFA, est financée en partie grâce à un prêt accordé fin 2011 par la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) et la Société générale de banques au Cameroun (SGBC).

 


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