Justice

Angola : Luaty Beirão alias Ikonoklasta, résistance hip-hop

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Comme d’autres rappeurs sur le continent, l’Angolais Luaty Beirão s’oppose à l’inamovible régime de son pays. Il continue sa grève de la faim, après quatre mois d’incarcération préventive pour « rébellion et tentative de renversement du président » José Eduardo dos Santos. La date de son procès vient d’être annoncée.

Les rappeurs africains ont-ils encore le temps d’affiner leur flow artistique, tant leurs cordes vocales sont désormais occupées à tancer les autocrates en puissance ? En Afrique francophone, c’est un véritable réseau de résistances citoyennes qui s’organise autour des figures de proue du hip hop. Le rappeur sénégalais Keur Gui fut à l’origine du mouvement « Y’en a marre » qui amena Abdoulaye Wade à s’arracher des cheveux qu’il avait déjà perdu. Au Burkina Faso, c’est Smockey qui incarne l’intransigeance du « Balai citoyen » à l’égard des nostalgiques de Blaise Compaoré. En République démocratique du Congo, c’est Junior Mapeki, plus connu sous le pseudo « Radek », qui subit les affres de la répression politico-sécuritaire…

Dans une autre sphère linguistique, le rappeur angolais Luaty da Silva Beirão, également connu sous le nom d’Ikonoklasta, suscite l’inquiétude des associations de défense des droits de l’Homme. L’artiste a été arrêté en juin, en même temps que 14 autres militants, alors que le groupe échangeait sur les enseignements du livre « De la dictature de la démocratie » de l’auteur américain Gene Sharp. Pour avoir disserté sur le concept de désobéissance civile pacifique, Luaty Beirão a été inculpé, en septembre, pour « rébellion et tentative de renversement du président ». Le 21 septembre, le rappeur incarcéré débutait une grève de la faim. Mardi dernier, Amnesty International annonçait que le procès de ce « prisonnier de conscience » débuterait le 16 novembre, au tribunal provincial de Luanda. Luaty Beirão risque jusqu’à 12 ans de prison.

Dos Santos, 36 ans au pouvoir

Au moment même où la justice angolaise inculpait Ikonoklasta, le président José Eduardo dos Santos célébrait le 36e anniversaire de son pouvoir, soit la moitié de son propre âge, soit plus que les 33 ans d’Ikonoklasta et bien plus que l’âge de la plupart des fans de hip hop. Avec l’Équato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema, le président angolais détient la palme africaine de la longévité au pouvoir.

C’est bien connu que, dans les régimes autocratiques africains, qui veut museler son rappeur l’accuse de tentative de putsch. Pourtant, maltraiter un artiste engagé est le meilleur moyen d’augmenter l’aura du martyr. Sujet de toutes les inquiétudes, notamment des autorités du Portugal dont il détient la nationalité, Luaty Beirão est devenu le fer de lance des opposants au président Dos Santos. Il aurait déjà perdu une quinzaine de kilos et serait hospitalisé. Mais même bâillonné, il continue de défier le régime et de galvaniser les troupes de la résistance civile. Qu’en sera-t-il quand se tiendra un procès aux motifs incongrus et aux procédures discutables ? Déjà, l’incarcération du rappeur a dépassé les 90 jours de détention préventive maximale autorisée par la loi.

La soupe du MPLA

Comment les partisans du régime se débarrasseront-il de cette patate chaude, réduits qu’ils en sont à user de critiques aussi pauvres que « Luaty Beirão crache dans la soupe » ? La soupe ? Celle du MPLA, le parti de José Eduardo dos Santos, dont était membre Joao Beirão, le père d’Ikonoklasta. Entre aridité des arguments, opiniâtreté du rappeur et pression internationale, dos Santos serait bien inspiré de trouver une porte de sortie à cette procédure judiciaire. Ou une porte de sortie à son régime…

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