Elections

Présidentielle en Côte d’Ivoire : sans Gbagbo, le FPI refait lentement surface

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Mis à jour le 22 octobre 2015 à 13h23
Lors des rassemblements du FPI et du RHDP à Abidjan, respectivement les 8 et 9 août.

Lors des rassemblements du FPI et du RHDP à Abidjan, respectivement les 8 et 9 août. © Baudelaire Mieu / J.A.

Alors que le premier tour de l’élection présidentielle se déroulera ce dimanche 25 octobre, Jeune Afrique s’est rendu dans les fiefs du FPI de l’ancien président de Laurent Gbagbo, à Abidjan et Yopougon. Reportage.

À l’intérieur du vieux siège du Front populaire ivoirien (FPI) à Abidjan, presque vide, l’ambiance n’est plus à la fête. On y entre aujourd’hui avec l’impression de pénétrer dans un lieu de culte vandalisé. Certaines vitres n’ont pas été remplacées, des traces d’incendies sont encore présentes sur les façades, depuis les violences post-électorales de 2010-2011. Aujourd’hui, quelques grappes de militants s’affairent dans le jardin défraîchi où des portraits géants à l’effigie du candidat Gbagbo inondent les façades, effacés par endroit, mais omniprésents. Idem, le portrait de l’ancien « leader » trône encore dans chaque pièce, comme un crucifix.

Si l’ambiance est un peu terne, les regards, eux, sont moins méfiants, moins hostiles vis-à-vis de la presse. Les consignes sont claires, le FPI doit afficher un autre visage, plus ouvert, plus « normal », à l’image du candidat, l’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan qui, s’il tarde à s’imposer au sein du parti, s’efforce de montrer l’image d’un homme plus consensuel tourné vers l’avenir. « Même Gbagbo est derrière Affi, ceux qui affirment le contraire veulent nous diviser », assure-t-on dans l’entourage du candidat. Sur les cartes de visite, on peut lire : « Deux hommes, un même combat pour la paix ». Au verso, apparaît encore le visage de Laurent Gbagbo derrière celui d’Affi N’Guessan. Si ce dernier ne semble pas avoir été tout à fait adoubé par le premier, la filiation est en tous les cas revendiquée. Mais pour beaucoup, le FPI reste le parti de l’ancien président déchu incarcéré à La Haye.

À Yopougon, ancien bastion des Jeunes Patriotes

À trente minutes du paquebot FPI se trouve l’ancien bastion populaire des Jeunes Patriotes, milice ultra-nationaliste liée au FPI. Yopougon était et reste le cadre des  manifestations les plus hostiles à Ouattara. Les dissidents sont légions, on les appelle les « frondeurs », ceux qui ne veulent pas entendre parler de la candidature de Pascal Affi N’Guessan et ne jurent que par Gbagbo.

Dans un petit centre culturel de Yopougon, transformé provisoirement en local politique, Konaté Navigué, le président des jeunes FPI, essaye tant bien que mal de réunir les troupes, il affiche lui aussi un visage amical. Son passé reste pourtant trouble. Il fut longtemps un proche de Charles Blé Goudé, l’ancien leader des Jeunesses Patriotes incarcéré à La Haye, avec qui il continue de correspondre.

À la grande époque, depuis 2002, ils préparaient ensemble les mobilisations jusqu’à la chute de Gbagbo. La veille de l’arrestation du président Gbagbo, il était encore dans le bunker présidentiel et s’en est échappé de justesse  grâce à des complicités, pour s’enfuir au Ghana.

Revenu d’exil en 2014, Konaté Navigué est toujours sous le coup d’une poursuite judiciaire. À 40 ans, le nouveau leader s’est calmé, il fait partie de ceux qui soutiennent désormais le candidat « modéré » Pascal Affi N’Guessan. Il tente aujourd’hui  de remotiver les militants qui tardent à revenir. « La peur est là, le siège du FPI a été entièrement détruit à Yopougon. Tout a brûlé.  Aujourd’hui, on fait nos réunions dans des endroits provisoires, et souvent secrets, car on ne sent pas en sécurité », déplore ce dernier.

Dans la cours, un militant chargé de la sécurité, Olivier Kuiti qui est venu avec son jeune fils à la réunion, plante le décor. « Gbagbo est notre idole. Mon fils a le FPI dans le sang, il est né FPI, il vivra FPI, il mourra FPI ». À quelques mètres, la permanence provisoire du Rassemblement Houphouëtiste pour la démocratie et la paix (RHDP), installée dans les locaux flambants neufs du Rassemblement des Républicains (RDR) rappellent au passage qui sont les vainqueurs.

Les moyens sont disproportionnés. Un militant t-shirt orange sur le dos, la couleur du RDR, porte bien son nom, il s’appelle Ouattara. « Je suis du nord, on est vaguement de la même famille », précise-t-il, avant d’ajouter, le président a beaucoup fait pour Yopougon. Tout le monde le voit, il n’est plus le candidat du nord, il est le candidat de tous les Ivoiriens ».

Partout,  les grues s’activent à terminer la nouvelle mairie, orange elle aussi, qui marque le grand retour de l’état dans ce quartier autrefois violent et insurrectionnel. Même quelques maquis de la célèbre rue Princesse ont été fermés pour remettre un peu d’ordre dans ce coin bruyant d’Abidjan, un peu trop « conspirationniste »… Le 13 octobre dernier, en début de campagne, le candidat Ouattara s’est offert un bain de foule sur la place Ficgayo, lieu symbolique du militantisme pro-Gbagbo d’autrefois. Pour séduire les jeunes il avait organisé un grand concert avec plusieurs célébrités. Drissa Ouattara, le chef des jeunes RDR locaux résume : « Même à Yopougon le vent a tourné, Gbagbo, c’est du passé. »

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