Communication & Médias

Interview – Naguib Sawiris dévoile ses ambitions pour Euronews

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Mis à jour le 16 octobre 2015 à 19h57
Le milliardaires égyptien Naguib Sawiris est le nouvel actionnaire majoritaire de la chaîne Euronews.

Le milliardaires égyptien Naguib Sawiris est le nouvel actionnaire majoritaire de la chaîne Euronews. © Hassan Ammar/AP/SIPA

Naguib Sawiris a inauguré le nouveau siège mondial d’Euronews à Lyon, en France, en compagnie de Michael Peters, président de la chaîne. L’occasion pour le milliardaire égyptien de répondre aux questions de « Jeune Afrique ». Interview.

Nouveau siège, nouvel actionnaire, nouveau modèle économique, Euronews a désormais de très gros moyens. Ceux de ses ambitions. Et l’a bien montré jeudi 15 octobre à Lyon lors de la (fastueuse) soirée d’inauguration de son nouveau siège mondial.

La peinture encore fraîche, Michael Peters, président de la chaîne, et le nouvel actionnaire, le milliardaire égyptien Naguib Sawiris, n’ont pas seulement basculé le signal de la chaîne en bord de Saône, ils estiment avoir ouvert une ère nouvelle.

Forcément, les 35 millions d’euros déboursés fin septembre par le magnat des télécoms apportent de l’oxygène à la chaîne alors que le modèle économique et éditorial de l’antenne s’épuisait face à la concurrence d’internet et devant des actionnaires publics à court de moyens. « Que va-t-on faire de cet argent, Naguib ? », a plaisanté Michael Peters.

Première révolution : technologique. Euronews va « repenser totalement son modèle de fabrication de l’information en faisant tomber les murs entre télévision traditionnelle et supports digitaux en s’adressant directement aux utilisateurs par applications mobiles, ‘notifications push’ et réseaux sociaux ».

Face aux interrogations des journalistes, le président de la chaîne a rétorqué : « Naguib Sawiris a ses raisons d’être là, j’ai les miennes d’être allé le chercher. Si on voulait changer, il nous fallait des investissements et s’ouvrir au privé, un gros investisseur attend forcément un retour sur investissement, Naguib Sawiris sera au service d’Euronews et non le contraire ».

Reste que l’heureux propriétaire des 53 % du capital, qui ne cache pas son ambition de gagner de l’argent dans l’aventure, est également investi politiquement dans son pays dans un parti anti-Frères musulmans, le Parti des Égyptiens libres, et entend également constituer un grand groupe dans l’or en Afrique (La Mancha-Endeavour) à partir de mines ivoiriennes.

Quid alors du positionnement éditorial à venir de la chaîne alors même que Paolo Garimberti, président du conseil de surveillance, a indiqué que le contenu journalistique aura plus de caractère, sera plus « agressif » ?

S’appuyant sur les instances de contrôle mises en place et où sont majoritaires les groupes audiovisuels publics européens, Michael Peters a affirmé que Naguib Sawiris n’aurait jamais la main sur l’éditorial.

Sous le chapiteau de la fête jeudi soir, c’est pourtant bien le tycoon égyptien qui menait la danse.
Croyant « en tant qu’homme d’affaires au potentiel de la chaîne et tenant à en garder le professionnalisme et l’intégrité », Naguib Sawiris a accepté de répondre à nos questions.

Jeune Afrique : Quelle est votre feuille de route pour Euronews pour les 5 prochaines années ?

Naguib Sawiris : Nous voulons donner de la valeur et augmenter la viabilité de la chaîne.

Nous allons faire évoluer le contenu de la chaîne qui est aujourd’hui une chaîne d’information et qui va devenir aussi une chaîne d’opinion. Mais nous allons présenter tous les points de vue. Dans le même temps, nous croyons qu’il est vital pour cette chaîne de muer vers le digital et d’atteindre par les médias sociaux de nouveaux publics, en particulier les jeunes générations dont les yeux sont aujourd’hui totalement rivés sur les mobiles, tablettes et ordinateurs portables. Nous sommes actuellement en retard.

Comment y inscrivez-vous la stratégie de développement d’Africanews ?

Africanews, c’est une opportunité unique car si vous y regardez de près, l’Afrique n’est présente que quelques heures sur CNN, BBC International mais il n’y a pas de réelle chaîne d’information internationale qui soit totalement dédiée à l’Afrique.

Nous croyons ainsi fortement dans le succès d’Africanews car il n’y a aucun autre compétiteur sur ce terrain-là.

Vous aviez déclaré en février dernier que la chaîne constituait pour vous une « opportunité intéressante d’un point de vue financier », comment comptez-vous gagner de l’argent avec Euronews ?

C’est très simple. À ce jour, Euronews perd de l’argent et nous pensons que la seule manière d’en gagner c’est d’abord de savoir ce qu’est Euronews : une marque forte, dotée d’une vision et d’un bon management.

Il faut voir pourquoi on perd de l’argent. Il y a la nécessité d’augmenter les revenus de la publicité, du digital, si nous faisons tous les efforts dans cette direction pour augmenter notre réseau, nos équipes, atteindre plus de consommateurs, nous pouvons combler le fossé et engranger des profits.

En parallèle, vous avez l’ambition de constituer un grand groupe minier dans l’or en Afrique ?

L’or est toujours un investissement sûr quoiqu’il arrive. Cela offre de la sécurité pour le long-terme, pour la préservation de la richesse. Investir dans l’or est un placement sage.

Après la Côte d’Ivoire où votre groupe La Mancha s’est associé avec Endeavour, des acquisitions sont-elles à l’ordre du jour ?

Oui. Nous y regardons de près au Ghana, au Mali, au Niger .. .

Une signature est-elle proche ?

Nous attendons de terminer la procédure en Côte d’Ivoire avec Endeavour et obtenir du cash pour poursuivre notre expansion dans les pays voisins.

Y a-t-il une cohérence entre toutes vos activités dans le câble, les télécoms, le BTP, les hôtels, les mines…  ?

La diversification est à la base de la philosophie de mes investissements. Cela permet de bénéficier d’une roue de secours.

Si vous investissez dans l’immobilier et que ça s’effondre par la suite, c’est l’or qui va probablement reprendre du poil de la bête. Dans les médias, investir est un challenge.

Vous êtes un homme d’affaires, engagé en politique en Égypte, comment cela garantit-il pour autant l’indépendance d’Euronews ?

Euronews dispose d’un conseil éditorial indépendant dont la majorité des membres sont issus de toutes les télévisions publiques européennes représentées. Nous n’y avons pas la majorité. Quand bien même nous le souhaiterions, il n’y a aucune manière d’interférer. Interférer, ce serait faire perdre toute sa crédibilité à la chaîne, et donc toute sa valeur.

Vous avez dit qu’Euronews serait une chaîne d’opinion, défendra-t-elle des courants particuliers ?

Euronews sera une chaîne d’information et une chaîne de différentes opinions, de toutes les opinions.

Je n’ai pas acheté ce média pour soutenir une idée, j’ai trouvé que c’était avant tout une très bonne opportunité financière, une bonne marque, avec un gros potentiel commercial. Que représente Euronews ? Les valeurs européennes. La défense des droits de l’homme, de la démocratie, contre le terrorisme, contre l’extrémisme.

Êtes-vous davantage businessman ou homme politique ?

Son entourage en choeur : « businessman ». Je suis plus un humaniste, en tant que businessman, j’ai réussi beaucoup de choses. En tant que politique, je n’ai pas encore réussi mais je pense que je réussirai.

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