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Digital Mania : qui se cache derrière les 1ers jeux vidéos 100% tunisiens ?

Le premier jeu vidéo 100% tunisien, DefenDoor. © Capture d'écran

Studio de production de jeux vidéos, Digital Mania est la seule entreprise indépendante du secteur en Tunisie. Malgré les nombreux défis auxquels l’équipe fait face, le studio est aujourd’hui en pleine croissance.

Sur l’avenue principale des Berges du Lac, le quartier d’affaires en périphérie de Tunis, l’équipe de Digital Mania occupe une petite maison blanche avec jardin. À l’intérieur, l’antre du jeu vidéo tunisien. Sur les murs, des affiches de jeux développés par de grands studios internationaux inspirent l’équipe. Développeurs, dessinateurs et graphistes partagent le même espace dans une ambiance décontractée. En tout, une équipe de 11 personnes constitue Digital Mania, des jeunes dynamiques qui ont tous un point en commun : ils sont de grands consommateurs de jeux vidéos et ont fait de leur passe-temps leur métier. En pleine croissance, l’effectif de Digital Mania devrait doubler dans les prochains jours.

Jeans, baskets et sac à dos, Walid Sultan Midani, la trentaine, est la tête de Digital Mania. Après avoir passé près de deux ans à penser le projet et à lever des fonds (environ 100 000 dollars), Walid a fait de son rêve une réalité en lançant en 2012 son entreprise. Passé par l’école d’ingénieur de Tunis Esprit, il a toujours eu l’âme d’un entrepreneur. Déjà au lycée, il achetait et revendait des jeans. Puis, en première année d’école, il crée sa première entreprise, Tunisia Game, qui a organisé chaque année de 2004 à 2008 la Coupe de Tunisie des jeux vidéos, qui a rassemblé 15 000 personnes pour sa dernière édition.

Croissance

« Grand consommateur de jeux futiles, passionné de jeux vidéos d’aventure, surtout lorsqu’ils sont poétiques et à l’ancienne », Walid dresse son profil de « gamer » et regrette de ne plus avoir autant de temps pour jouer. Avec une équipe de cinq personnes au départ, l’aventure de Digital Media aboutit en 2012 à la création de Defendoor. Pari gagné ! Le jeu est entièrement tunisien.

Seulement, « on a failli crever », lâche Walid. Plusieurs erreurs stratégiques font que le jeu ne rencontre pas le succès escompté. Néanmoins, « des studios européens repèrent notre potentiel et nous proposent de la sous-traitance. Depuis 2013, c’est ce qui nous a permis de monter en compétence et de rester à flot financièrement », ajoute-t-il. Depuis 2012, l’équipe a bouclé 47 projets, dont 8 jeux propres à Digital Mania et la valorisation de l’entreprise s’élève désormais à 1,5 million de dollars. En 2014, la star-tup a bénéficié du fond Ingenium et cette année d’un financement du Qatar friendship fund à travers le fond Intilak 2, destiné aux jeunes entrepreneurs.

Serious game

Des étoiles filantes qui défilent dans l’espace. De l’argent circule et un alien vert et baveux pourrait bien mettre la main dessus. Malla J3alla (corruption en dialecte tunisien) est un des jeux de Digital Mania, conçu en partenariat avec l’association Tunisia for all pour sensibiliser contre la corruption. Un « serious game », comme dirait les connaisseurs.

Autres jeux développés par Digital Mania : Boga Bubbles, un jeu concours qui comptabilise un million de sessions jouées avec une moyenne de 8h de jeu par jour et par joueur, Funky Shooter, jeu gratuit avec publicités, téléchargé 50 000 fois à ce jour, Koukou Tropico, Slap Mosquitoes…

Contraintes régionales

« Lara Croft, Indiana Jones, Prince of Persia, les grandes aventures se déroulent dans notre région, dont l’histoire et la mythologie sont une source d’inspiration potentielle », affirme Walid, qui y voit une opportunité pour son studio, qui ambitionne aussi de mettre la région en valeur. Pour autant, le marché de Digital Mania n’est pas tunisien mais international et le succès de leur produits en Amérique du Sud et en Asie du Sud le prouve.

Contraintes techniques, contexte culturel, le studio se confronte à quelques obstacles, notamment lorsqu’il s’agit de créer des jeux payants ou de recruter de nouvelles compétences. En somme, la faiblesse de l’écosystème digital pousse la start-up à s’agrandir à l’étranger. « Nous allons prochainement nous installer à Londres dans le but de gagner en compétence et de nous rapprocher des leaders d’opinion. On vise une reconnaissance mondiale », affirme le fondateur.

Multiplier les projets propres de la boîte, faire un grand jeu vecteur de valeurs est l’ambition de Digital Mania, dont deux nouveaux jeux sont en développement. Dans leur maison aux Berges du Lac, les locaux sont également mis à disposition de l’association Tunisia for all et de l’accélérateur Boost dans un esprit de coworking.  Un succès qui pourrait bien en cacher d’autres.

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