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Algérie : après le passage de Madani Mezrag, les autorités ferment El Watan TV

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Mis à jour le 13 octobre 2015 à 11h38
Madani Mezrag, ancien chef de l'Armée islamique du salut, bras armé du FIS.

Madani Mezrag, ancien chef de l'Armée islamique du salut, bras armé du FIS. © DR/Capture Youtube

Le wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, a procédé lundi matin à la fermeture de la chaîne de télévision privée El Watan TV. Une décision politique et arbitraire pour de nombreux journalistes algériens, qui dénoncent une atteinte à la liberté de la presse.

Suite à la demande formulée par le ministre de la Communication, la police a évacué les employés de la chaîne privée arabophone El Watan TV, lundi 12 octobre au matin, et mis ses locaux algérois sous scellés. Déjà, le 7 octobre, le gouvernement avait annoncé qu’il portrait plainte contre la chaîne de télévision pour « avoir diffusé les propos d’un invité qui a porté atteinte aux symboles de l’État ».

En cause : Madani Merzag, l’ex-chef de l’Armée islamique du salut (AIS), invité sur de nombreux plateaux, qui s’en était pris cette fois directement au chef de l’État. « Si le président ne revoit pas sa position, il va m’entendre dire ce que je n’ai jamais dit auparavant », avait-il menacé dans un entretien diffusé le 3 octobre dernier, après que le gouvernement lui avait refusé la possibilité de créer son propre parti comme il le réclamait.

Autre justification avancée par les autorités : El Watan TV « exerce de manière informelle et illicite », avait déclaré le ministre de la Communication, Hamid Grine. Mais si la chaîne de droit étranger ne possède pas d’accréditation, c’est aussi le cas de la majorité des chaînes privées algériennes qui exercent jusque-là sans être inquiétées.

Pas de décision de justice

Scandant « El Watan libre, Algérie libre », les employés de la chaîne ont protesté dans l’après-midi devant le siège du ministère de la Communication pour demander des comptes. Sans succès. Ils n’ont pas été reçus par le ministre et la police les a violemment évacués. La chaîne qui émet à partir de Chypre et dont le siège est à Londres a été créée il y a presque deux ans et emploie environ 170 personnes à Alger.

« Il est inconcevable que les autorités agissent ainsi. C’est de la censure ! », s’est indigné, Djaffar Chelli, le propriétaire d’El Watan TV, joint par téléphone. « Le ministère de la Communication a annoncé qu’il portait plainte contre nous, pourquoi ne pas attendre la décision de justice ? Madani Merzag a tenu des propos bien plus virulents sur d’autres chaînes, mais ils attaquent El Watan TV parce que c’est une chaîne libre. Ils cherchent tout simplement à restreindre les libertés », a-t-il ajouté.

Pour tenter d’annuler la décision, la direction de la chaîne compte déposer un référé devant la justice. De nombreux journalistes algériens ont exprimé leur solidarité avec leurs confrères et dénoncé une décision brutale et sans procès à l’encontre de la presse nationale. Les réseaux sociaux, quant à eux, s’interrogent sur l’absurdité de l’affaire : El Watan TV est mise sous scellée, mais Madani Mezrag, l’auteur desdits propos, s’en sort indemne. Au final, la fermeture d’El Watan TV n’est pas sans rappeler celle d’Atlas TV, qui a couvert de près le mouvement d’opposition au 4e mandat de Bouteflika et qui a été fermée par les autorités en mars 2014.

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