Politique

De la nécessité de respecter la limitation des mandats présidentiels

Par

Tom Perriello est l’envoyé spécial des États-Unis pour la région des Grands Lacs.

Le président américain, Barack Obama, lors de son discours historique au siège de l'Union africaine à Addis Abeba, en Éthiopie, le 28 juillet 2015. © Evan Vucci/AP/SIPA

Tandis que les leaders mondiaux sont réunis cette semaine pour l’assemblée générale des Nations unies, une crise ne suscitant guère l’attention internationale pourrait bien offrir une grande leçon de politique étrangère.

Cet été, devant un parterre constitué de dizaines de chefs d’État africains, le président Barack Obama a réaffirmé sa position : il est convaincu qu’il faut respecter les limites constitutionnelles des mandats et qu’il est plus important pour la stabilité et la prospérité d’un pays de disposer d’institutions fortes que d’hommes forts.

« Lorsqu’un dirigeant tente de changer les règles du jeu au cours de la partie simplement pour rester au pouvoir, a-t-il déclaré, il risque d’engendrer instabilité et conflits, comme nous l’avons vu au Burundi. »

Malheureusement, la justesse de cette position essentielle – la limitation des mandats et les passations de pouvoir régulières et démocratiques sont déterminantes pour la stabilité – a été une fois de plus avérée par la fragilisation du Burundi aujourd’hui.

À la suite d’un processus électoral gravement entaché, le président Pierre Nkurunziza a été investi d’un troisième mandat le 20 août. Il s’agissait d’une violation de la limitation stricte à deux mandats instaurée par les accords d’Arusha de 2000, accords qui mirent un terme à la guerre civile ayant ravagé le Burundi pendant douze ans, inspirèrent la Constitution du pays et jetèrent les bases de la stabilité des quinze dernières années.

Depuis que le processus électoral a débuté, le Burundi est en proie à une instabilité croissante, à des assassinats ciblés et à une détérioration de la protection des libertés fondamentales.

Crise des réfugiés

Près de 200 000 Burundais ont fui le pays depuis avril dernier et plus d’un millier de personnes viennent grossir leurs rangs chaque semaine. Comme me l’a expliqué un travailleur humanitaire au cours d’un récent voyage dans la région, les réfugiés savent qu’ils auront à faire face sur leur chemin au harcèlement, au viol ou au meurtre perpétrés par des milices de jeunes, si bien qu’ils attendent davantage avant de partir et arrivent plus faibles, plus dénutris et souvent traumatisés.

Si la crise burundaise dépasse le cadre de la limitation des mandats, la décision du président Nkurunziza de briguer la présidence a servi de détonateur, rouvert d’anciennes blessures datant de la guerre civile et engendré un désastre économique. De nombreux Burundais, réfugiés autant qu’habitants demeurés sur place, m’ont confié qu’ils craignaient une nouvelle implosion de leur pays. Beaucoup des réfugiés que j’ai rencontrés répètent qu’ils ne rentreront pas : ils ont trop souvent été lâchés par leurs dirigeants soucieux de leurs seuls intérêts personnels.

Les limitations de mandat sont une seule et même question dans laquelle l’engagement pragmatique en faveur de la stabilité et l’engagement de principe en faveur de l’État de droit sont clairement sur la même ligne.

L’économie burundaise est en chute libre, détruisant une décennie de progrès économiques durement gagnés. On assiste à une augmentation des témoignages faisant état de harcèlement et d’intimidation par l’aile jeune du parti au pouvoir, y compris d’actes visant à empêcher la population de quitter le pays. Dans leur fuite, femmes et jeunes filles sont victimes de viols et de violences. Et le gouvernement n’a toujours pas autorisé la réouverture des médias indépendants ni appelé à répondre de leurs agissements les auteurs de violations des droits de l’homme au cours des derniers mois, notamment les meurtres extrajudiciaires et les tortures.

Certains critiques ont suggéré que l’accent mis sur les limitations de mandat au Burundi et dans d’autres pays place les principes avant le pragmatisme et fait courir le risque de l’instabilité pour défendre la vague cause de la démocratie. Si des facteurs autres que les limitations de mandat ont contribué à l’instabilité – notamment une tentative de coup d’État et des assassinats ciblés – la principale cause tient aux tentatives délibérées et souvent répressives en vue de consolider et d’étendre le pouvoir. Les limitations de mandat sont une seule et même question dans laquelle l’engagement pragmatique en faveur de la stabilité et l’engagement de principe en faveur de l’État de droit sont clairement sur la même ligne.

Héritage durable

Les États-Unis sont prêts à soutenir les efforts dirigés par les Africains pour restaurer la stabilité et la démocratie au Burundi, mais l’expérience de ce pays constitue un témoignage édifiant.

Si nous insistons fermement pour qu’un dialogue politique global s’instaure entre toutes les parties prenantes au Burundi afin de résoudre la crise, nous sommes parfaitement conscients que plusieurs autres dirigeants de la région se trouvent à un tournant électoral similaire car ils approchent de la fin de leur limitation de mandat prescrite par la Constitution. Les dirigeants de plusieurs pays ont la possibilité de laisser un héritage durable avec une passation de pouvoir pacifique et d’aider la région à tourner la page après des décennies d’instabilité.

La politique des États-Unis concernant la nécessité de passations de pouvoir démocratiques régulières, conformément aux limitations de mandat nationales, ne constitue pas une attaque personnelle contre des dirigeants donnés – dont beaucoup ont mené des progrès historiques au sein de la nation. Elle vise plutôt à soutenir et à renforcer les institutions qui aideront un pays à prospérer et à offrir développement et paix à son peuple pour les générations à venir.

Ces principes universels seront tout aussi pertinents en République du Congo, en République démocratique du Congo et au Rwanda qu’ils le sont au Burundi et dans notre pays.

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