Politique

Burkina : Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé inculpés d’« attentat à la sûreté de l’État »

Gilbert Diendéré à l'aéroport de Ouagadougou, le 18 septembre 2015. © Theo Renaut/AP/SIPA

Le général Gilbert Diendéré et l'ancien ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré Djibrill Bassolé ont été inculpés mardi soir d'"attentat à la sûreté de l'État".

Selon des sources proches du dossier citées par l’AFP, le général Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé ont été placés sous mandat de dépôt mardi 6 octobre. Onze chefs d’inculpation dont celui d' »attentat à la sûreté de l’État », « collusion avec des forces étrangères pour déstabiliser la sécurité intérieure », « meurtre », « coups et blessures volontaires », « destruction volontaire de biens » ont été retenus contre les deux hommes.

Le général Diendéré, ancien bras droit de Blaise Compaoré, s’était rendu de lui-même à la justice le 1er octobre, après s’être réfugié pendant deux jours chez le Nonce apostolique à Ouagadougou. Chef des putschistes, il avait à plusieurs reprises promis de se mettre à la disposition de la justice.

Djibrill Bassolé, figure de proue du régime Compaoré dont il a dirigé la diplomatie, a été arrêté le 29 septembre et nie pour sa part toute implication dans le putsch, comme l’avait signalé mercredi dernier son avocat parisien Me Alexandre Varaut.

Le Conseil constitutionnel avait rejeté début septembre sa candidature à la présidentielle, en application d’une loi électorale très controversée, votée en avril, rendant « inéligibles » tous ceux qui ont soutenu un « changement inconstitutionnel » (référence au projet de loi de révision de la Constitution qui devait permettre à Blaise Compaoré de se maintenir au pouvoir, projet qui avait finalement été fatal au régime).

Lundi 5 octobre au soir, Léonce Koné, deuxième vice-président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de Blaise Compaoré, et Hermann Yaméogo, président de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), ont été interpellés.

Un peu plus tôt dans la journée, une cérémonie symbolique de « désarmement » du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) avait marqué la fin de l’unité putschiste, ancienne garde prétorienne de l’ex-président Blaise Compaoré. Au cours de la cérémonie de désarmement sur l’emblématique place de la Nation, surnommée place de la Révolution par les Burkinabè, le Premier ministre, le lieutenant-colonel Isaac Zida, a déclaré : « Ceux qui ont planifié et exécuté ce coup d’État répondront de leurs actes devant la justice ».

« Diendéré à la CPI »

Armes lourdes, canons antichars, canon de 106 mm, fusils d’assaut, grenades ont été présentés sur la place à l’épicentre de l’insurrection d’octobre 2014 qui avait chassé le président Blaise Compaoré après 27 ans au pouvoir, et dont le RSP était le bras armé. Plusieurs centaines de personnes venues assister à la cérémonie ont scandé des slogans contre le chef des putschistes : « Diendéré, assassin » ou « Diendéré à la CPI », (Cour pénale internationale), a-t-on pu entendre.

« Ce coup de force, dont les conséquences ont été tragiques, aurait pu entraîner notre pays dans une crise bien plus grave », a estimé Yacouba Isaac Zida, ex-numéro 2 du RSP dont il était devenu la bête noire depuis son arrivée au poste de chef du gouvernement. « Depuis sa création (en 1995), le RSP a été utilisé par le régime du président Compaoré pour freiner les aspirations légitimes du peuple burkinabè à une vie démocratique réelle », a-t-il ajouté en présence d’une demi-douzaine de chefs d’état-major des armées de pays de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

« Au lieu de contribuer à la protection des populations, ce corps était devenu une menace permanente contre la marche radieuse du peuple burkinabè et un instrument pour imposer la volonté d’un groupuscule », a accusé Zida.

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