Politique

Burkina Faso : « Zéro morts, zéro blessés », un assaut exemplaire ?

Par - à Ouagadoudou
Mis à jour le 3 octobre 2015 à 18:07

Michel Kafando pendant sa cérémonie de réinvestiture au poste de président de la transition burkinabè, le 23 septembre 2015, à Ouagadougou. © STR / AP / SIPA

Le mythe du camp Naaba Koom reste entier. Trois jours après l’assaut victorieux des forces armées « loyalistes » sur le bastion du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), situé à côté du palais présidentiel de Kosyam, le site était toujours zone interdite, y compris pour les journalistes.

Cette opacité, que l’état-major de l’armée burkinabé explique par des mesures de sécurité, le camp n’ayant pas encore été totalement déminé, nourrit les spéculations. Plusieurs Burkinabè, parmi lesquels des responsables politiques, ont reçu ces derniers jours des « alertes » sur leur téléphone : des SMS signés « RSP-Infos », qui font état de plusieurs dizaines de morts parmi les éléments retranchés à Naaba Koom. L’assaut a-t-il abouti à un bain de sang ? Les autorités le nient. Selon l’état-major, le bilan est de « zéro mort, zéro blessé ».

« Nous n’avons aucun intérêt à dissimuler quoi que ce soit », clame un officier. Des soldats qui se trouvent à l’intérieur du camp depuis l’assaut confirment au téléphone n’avoir vu « aucun corps ». Quelques minutes avant l’assaut, le chef des putschistes, le général Gilbert Diendéré, mis aux arrêts depuis le 1er octobre, s’était inquiété des dégâts qu’une attaque sur le camp pourrait causer.

« Il n’y a pas eu de victimes, car les derniers récalcitrants ont fui avant que nous arrivions », explique-t-on au niveau de l’état-major. Selon un haut-responsable de l’armée, l’assaut a débuté en milieu d’après-midi, autour de 16h30, le 29 septembre, et il fut bref : trois salves d’artillerie, tirées depuis un camp situé à plusieurs kilomètres de Naaba Koom, sur des positions censées être « non-habitées », et quelques tirs de mitrailleuse devant le palais de Kosyam, auraient suffi à faire déguerpir les derniers récalcitrants. « Il n’y a pas eu de combats. Ils ont fui, à moto ou à pieds, et nous les avons laissé fuir », explique un officier, qui ajoute que tous les civils qui vivaient dans le camp avaient été évacués plus tôt.

Des armes en nombre

L’état-major estime à 150 le nombre d’éléments du RSP qui se trouvaient encore dans le camp au moment de l’attaque. Où se trouvent-ils aujourd’hui ? « Chez eux peut-être ». Dans la nature, probablement, ce qui effraie la population de Ouagadougou. Pour l’heure, ils ne sont pas encore considérés comme déserteurs. « On fera le point lundi », indique l’état-major.

Pour couper court aux rumeurs morbides qui courent depuis onze mois sur les barons de l’ancien régime, un officier ajoute qu’« aucune découverte macabre » n’a été faite à l’intérieur du camp. Comprendre : ni détenu secret, ni corps, ni ossements. Des armes par contre, ils n’ont pas fini d’en compter. « Il y en a énormément, je n’avais jamais vu ça ! » admet un soldat qui se trouve à l’intérieur du camp.