Justice

Biens mal acquis : des propriétés suspectées d’appartenir à Wilfrid Nguesso saisies en France

Le président congolais, Denis Sassou Nguesso, à Paris, le 8 avril 2013. © Jacques Brinon/AP/SIPA

Wilfrid Nguesso est dans le viseur de la justice française. Les juges en charge de l'enquête dite des biens mal acquis ont saisi plusieurs propriétés, notamment une luxueuse demeure dans les Yvelines, dont ils soupçonnent le neveu du président congolais d'être le véritable propriétaire à travers des sociétés-écrans.

Selon une source proche du dossier, les juges français ont en effet ordonné le 15 août la saisine de deux biens immobiliers à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, et de la villa Suzette, une demeure de près de 500 mètres carrés au Vézinet, dans les Yvelines. Les enquêteurs, qui s’appuient notamment sur des signalements de la cellule antiblanchiment Tracfin, sont persuadés que « leur véritable propriétaire », qui serait dissimulé derrière des sociétés-écrans, n’est autre que le neveu du président congolais, Wilfrid Nguesso.

Denis Sassou Nguesso et sa famille, tout comme celle de l’ancien président du Gabon Omar Bongo, décédé en 2009, mais aussi celle du président de Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, sont visés depuis 2009 par une enquête sur leur patrimoine français, déclenchée par une plainte de l’association Transparency International. Celle-ci accuse le président du Congo-Brazzaville « d’avoir détourné, à son profit et au profit de sa famille et de son clan, une partie substantielle de la rente pétrolière » nationale.

« Saisie emblématique »

Ce type de saisie n’est pas une première. La justice avait ainsi déjà suivi la même procédure en février 2015 pour une quinzaine de véhicules de luxe, à Neuilly-sur-Seine, toujours dans les Hauts-de-Seine, chez des membres de la famille du président congolais.

La villa Suzette, qui avait été achetée en 1983 pour 450 000 euros par Valentin Ambendet, frère du président congolais, décédé en 2004, a quant à elle attiré l’attention par des travaux réalisés entre 2002 et 2005, et dont la valeur s’élèveraient à 3 à 4 millions d’euros.

« Une partie d’entre eux ont été financés par des sociétés dont le bénéficiaire économique est Wilfrid Nguesso », dit la source proche du dossier à l’AFP. Celle-ci ajoute : « Cette saisie est emblématique. De fortes présomptions laissent penser que Denis Sasssou Nguesso et son épouse ont longtemps bénéficié de la jouissance de ce bien ».

Pour William Bourdon, avocat de l’association Transparency International France, « les investigations ont mis en évidence des circuits de financements frauduleux. L’enquête sur le clan Sassou Nguesso va maintenant s’accélérer ». Sollicité, l’avocat parisien de la République du Congo, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi, n’était pas disponible dans l’immédiat pour commenter ces informations.

Enquête en cours au Canada

Wilfrid Nguesso a également attiré l’attention des autorités du Canada, chargé d’examiner son dossier alors qu’il espérait devenir résident permanent dans ce pays. Celles-ci, qui considéraient que son train de vie ne correspondait pas avec son activité professionnelle réelle, le soupçonnaient notamment d’être le véritable propriétaire, via des sociétés-écrans, de la Socotram, détenue à 45% par l’État congolais et à 55% par des intérêts privés et qui perçoit notamment des droits de trafic maritime sur les chargements de pétrole qui quittent le Congo-Brazzaville.

Selon les informations des fonctionnaires canadiens relayées par la presse du pays, Wilfrid Nguesso aurait bénéficié ainsi, en tant que PDG, d’un salaire annuel de 3 millions de dollars, de plusieurs logements de fonction, dont une maison au Canada et un appartement à Paris, d’une prise en charge des frais d’éducation de ses enfants ou encore de véhicules de luxe.

Considérant Wilfrid Nguesso comme membre d’une « organisation criminelle », les autorités du Canada ont alors prononcé en décembre 2013 une interdiction de territoire à son encontre. L’intéressé, qui a contesté la décision devant la justice, a toutefois obtenu gain de cause : le juge chargé de l’appel a estimé que les enquêteurs n’avaient notamment pas identifié précisément ladite « organisation criminelle » en question. Le dossier, retourné entre les mains des autorités canadiennes, est donc toujours en cours, les enquêteurs ayant été priés de revoir leur copie.

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