Politique

Les Burkinabè nous ont montré le chemin à suivre, celui de la nation

Par

Adébissi Djogan est président d'Initiative for Africa.

Des manifestants burkinabè près du palais présidentiel, le 16 septembre 2015 à Ouagadougou. © Theo Renaut / AP / SIPA

« La grande révolution dans l'histoire de l'homme, passée, présente et future est, écrivait John Kennedy, la révolution de ceux qui se sont résolus à être libres. » C’est bel et bien à cette grande révolution que le peuple frondeur, rebelle, révolutionnaire même du Burkina Faso a contribué la semaine dernière, à travers sa résistance victorieuse pour faire échec au putsch conduit par la horde arrière-gardiste du général Gilbert Diendéré.

L’Afrique et les Africains ne peuvent pas refuser d’entendre les deux enseignements essentiels de cet épisode marquant de l’histoire du continent, qui s’est déroulé sous nos yeux.

La nation, rempart contre la violence politique

Commençons par dire ceci : la nation, cette impalpable abstraction politique, même dans les sociétés où sa construction intellectuelle et politique a été la plus aboutie, a incontestablement  trouvé au Burkina Faso la semaine dernière, un formidable laboratoire d’expérimentation et de démonstration.

Dans un contexte où « l’ethnicisation » et la « tribalisation » des institutions politiques figurent parmi les racines de nombreux conflits sur le continent (rebellions armées, conflits post-électoraux, terrorisme, etc.), les Burkinabè ont en réalité, tiré la force de leur triomphe, de la conscience qu’ils avaient un pays en partage, une communauté de destin que la nécessité historique commandait de défendre.

Rejetant toute grille de lecture ethnocentrique ou religieuse, les Burkinabè n’ont pas seulement vaincu la bande au général Diendéré, ils ont aussi évité que la situation ne vire au drame et à la guerre civile. Car, il n’en aurait pas fallu autant sous d’autres tropiques en Afrique pour que les choses s’embrasent. Et ceux qui, comme Ablassé Ouédraogo à une époque récente, ont voulu faire vibrer la corde amochée de la division, ne s’en sont tirés qu’avec l’admirable dédain d’un peuple qui a affirmé une conscience nationale hautement élevée. C’est d’abord et avant tout, la patrie ou la mort ; grand merci, capitaine Sankara !

Ce que les Burkinabè nous enseignent, c’est que la nation est possible en Afrique, qu’une citoyenneté inclusive est réalisable dans nos pays, que le politique est une réponse crédible face à l’ethnique. Les Burkinabè nous ont dit que nous ne sommes pas obligés de vivre dans ces sempiternelles clivages, préjugés et guéguerres fratricides qui nous empêchent de nous inventer un destin commun. Les hommes du pays des hommes intègres nous ont de surcroît prouvé que, l’unité nationale est le meilleur rempart contre la violence et la guerre civile.

« L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais de nations fortes »

Ce que nous ont également enseigné les Burkinabè, c’est que les institutions fortes dont parlait à raison le président Obama passent par des nations effectives et fortes. Plus largement, face aux innombrables défis politiques, économiques et sociaux des pays africains, qui ont pour noms institutions publiques équilibrées, économies performantes, ressources humaines qualifiées, « faire nation » est le seul et ultime chemin. C’est le meilleur moyen d’instituer une représentation politique à la hauteur de ces enjeux, la condition pour bâtir des États solides, répondant aux aspirations populaires et fondés sur des principes de probité, d’intégrité, d’obligation de compte-rendu et de bonne gouvernance.

De même, ces poings levés, ces cris à tue-tête, ces grands-mères déchaînées, tous ces jeunes en sueur, ces enfants excités, les vacarmes féconds dans les rues burkinabè nous confirment définitivement que nous, africains, sommes à l’origine du pouvoir politique et avons un droit imprescriptible à l’exigence voire à l’irrévérence. Dans ce sens, nous ne pouvons plus et ne devons plus négocier avec ces leaders politiques qui à tort ou à raison, sont tentés par d’opportunes révisions constitutionnelles pour s’arroger des mandats supplémentaires.

Notre époque nous pose deux défis moraux urgents : en premier lieu, rompre avec le culte du « patriarche omnipotent » ou « du père de la nation » qui  fait le nid de la patrimonialisation du pouvoir et en second lieu, ne plus transiger avec le respect impératif des principes démocratiques. L’exemple burkinabè révèle avec éloquence que ces défis ne sont surmontables qu’en tant que nations.

Patrice Émery Lumumba prophétisait que le moment arriverait où « l’Afrique écrira sa propre histoire, une histoire faite de gloire et de dignité ». La semaine dernière, le peuple du Burkina Faso a pris la plume du destin pour écrire des pages fraîches et glorieuses de cette épopée du progrès de notre continent. L’Afrique ne peut plus reculer et les Africains n’ont plus de temps à perdre. Les Burkinabè nous ont montré le chemin à suivre, celui de la nation.

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