Politique

« Léoncer », « ablasser », « diendérer » : apprenez le vocabulaire du coup d’État au Burkina

Même dans les instants les plus graves, les Burkinabè ont de l’humour. Ils l’ont encore prouvé durant le coup d’État du Régiment de sécurité présidentiel (RSP) en développant un nouveau lexique… particulier.

Mis à jour le 25 septembre 2015 à 15:40

Au coeur du coup d’État burkinabè, quelques mots nouveaux sont nés. © DR

Si vous avez suivi le coup d’État du 16 septembre sur les réseaux sociaux, vous avez sans doute été un peu désorientés. En effet, les twittos burkinabè n’ont pas seulement relayé sans relâche les informations (et parfois intoxications, c’est de bonne guerre) sur le coup de force du RSP, l’attitude de Gilbert Diendéré ou la détention de Michel Kafando et Yacouba Isaac Zida.

Ils ont inventé leur propre vocabulaire, en tournant en dérision les acteurs des événements, qui en prennent, militaires ou non, pour leur grade.

Léonce Koné, vice-président du Congrès pour la démocratie et le peuple (CDP, ancien parti de Blaise Compaoré), paie ainsi un (coupable ?) assoupissement lors de la rencontre avec les médiateurs de la Cedeao, le 20 septembre. Désormais, vous pouvez « léoncer », comprendre « vous reposer », « dormir », « s’assoupir pendant un événement important ».

Léonce Koné n’est cependant pas le seul à contribuer à l’enrichissement du lexique burkinabè. Gilbert Diendéré, acteur principal s’il en est de ce coup d’État, l’accompagne, bien malgré lui. Ne dites donc plus « faire une grosse bêtise » mais « diendérer » ou « faire une diendérade ». Attention cependant, la « diendérade » peut vous exposer à des retombées juridiques.

Règlement de comptes

Ablassé Ouédraogo a également inspiré les Burkinabè du web. Accusé de soutien aux propositions de Macky Sall et Boni Yayi, et notamment à l’amnistie proposé aux putschistes, le leader du Faso autrement a lui aussi son verbe : « Ablasser » (comprendre : « Dire des stupidités »). Même chose pour Achille Tapsoba, du CDP, qui aurait été arrêté à la frontière avec le Ghana, et dont le prénom a donné le terme « Achiller », désormais synonyme de « fuir ».

Et les médiateurs ouest-africains ne s’en sortent pas mieux. Vous pourrez désormais « yayiboniser » (faire une promesse que vous ne tiendrez pas) ou « mackysalliser » (mentir). Le président béninois paie ainsi son annonce d’une « sortie de crise » un peu hâtive, dès le 18 septembre, tandis que son homologue sénégalais est soupçonné d’avoir menti lorsqu’il affirme que Michel Kafando a été consulté lors de la médiation.

Enfin, l’armée, coupable d’attentisme selon certains, est elle aussi brocardée. La nouvelle définition en vogue du « militaire » ? « Personne ayant des armes mais ne sachant pas s’en servir ». Soit l’exact opposé du « civil » burkinabè : « militaire très courageux mais ne disposant pas d’armes ». Le vocabulaire est décidément sévère du côté du pays des hommes intègres.

Tout en gardant à l’esprit que tout ceci est avant tout de l’humour, vous devriez désormais être capable de lire ce tweet :