Agroalimentaire

Sani Dangote : « Une coentreprise avec Lafarge ? Non, mais dans le futur qui sait… »

Sani Dangote est le numéro deux du groupe Dangote. © Canada-Africa summit 2014/Capture JA

Le vice-président du groupe Dangote, fondé par son frère aîné Aliko, est en charge des activités agro-alimentaires du premier groupe nigérian. Présent dans le sucre ou encore dans le concentré de tomates, il nourrit de grandes ambitions dans ce secteur appelé à se développer à mesure que grandit la population (déjà 175 millions d’habitants) et que le pays érige des barrières douanières destinées à favoriser la production locale.

En marge d’une visite à Paris, où il accompagnait le président Muhammadu Buhari mi-septembre, Sani Dangote à accepté de détailler ses projets agroalimentaires à Jeune Afrique et The Africa Report, répondant au passage à nos questions sur les retards pris par la construction de la future méga-raffinerie de Lagos.

Jeune Afrique : Le Nigeria vise l’autosuffisance alimentaire pour de nombreux produits, l’agriculture  va-t-elle prendre de plus en plus de place dans les revenus du groupe Dangote ?   

Sani Dangote : Oui, car la participation de notre groupe dans l’agriculture va se développer sur tous les segments de ce secteur, depuis les matières premières jusqu’aux produits transformés, mais aussi sur la distribution et la vente directe aux consommateurs. C’est notre vision.    

Quels sont les grands projets en cours dans ce domaine ?  

Nous avons déjà la plus grande usine de production de tomates d’Afrique à Kano, dont la production démarrera en octobre. À partir du mois prochain, nous allons commencer à planter des tomates nigérianes à grande échelle et nous travaillerons avec quelque 40 000 paysans, dont nous voulons qu’ils deviennent des fournisseurs de cette usine. Aujourd’hui, elle peut transformer 1 200 tonnes de tomates par jour mais nous investissons : d’ici 2 ou 3 ans, nous voulons augmenter sa capacité à 6 000 tonnes par jour.

Au delà de ce site, notre objectif est d’ouvrir d’autres usines de tomates dans le Nord-Ouest, dans les États de Kaduna et de Jigawa notamment. Nous voulons par ailleurs produire du coton, du soja, du riz. Nous recherchons des terrains et nous pensons pouvoir parvenir à une surface de plus de 200 000 hectares de cultures.

Au Sud, nous produisons déjà des ananas et nous allons faire des bananes et de l’huile de palme dans la région de Calabar, dans l’État de Cross River.

Nous recherchons des terrains et nous pensons pouvoir parvenir à une surface de plus de 200 000 hectares de cultures.

Qu’en est-il du Nord-Est, une région durement touchée par la présence de Boko Haram ?

Dans cette région, nous avons une ferme de 10 000 hectares à Yobe mais à cause de Boko Haram nous ne pouvons pas la faire fonctionner. Lorsque la stabilité reviendra, nous y produirons des haricots et de la gomme arabique. Nous espérons un retour à la normale d’ici peu de temps.

Le but de votre voyage à Paris est-il de trouver des partenaires français dans le secteur agroalimentaire ?

Bien sûr, mais je suis ici en tant que président du NABG, l’association des entreprises de l’agro-alimentaire nigériane, ma mission est donc d’introduire nos membres auprès des entreprises françaises, voir quelles sont les opportunités que le Nigeria offre aux entreprises françaises, et nous pensons qu’il y en a beaucoup, à la fois pour les grands groupes mais aussi pour les petites et moyennes entreprises. [Il n’a pas souhaité donner de noms mais il a indiqué lors d’une conférence de presse avec le Medef qu’il s’adressait particulièrement aux spécialistes du lait et de la volaille, Ndlr]

Plus largement, en tant que représentant de Dangote, comment voyez vous la compétition avec Lafarge, votre grand rival sur le marché du ciment et dont vous allez certainement rencontrer les responsables à Paris ?  

Je ne pense pas qu’ils soient de grands rivaux comme vous le dites. Je dirais que le groupe Dangote et Lafarge sont des partenaires, parce qu’ils participent au développement de l’économie nationale. Nous devons trouver des bases communes pour travailler ensemble, pour aider les jeunes à trouver des emplois.

Donc pourrait-on aller jusqu’à envisager des coentreprises entre Lafarge et Dangote ?

Non je ne pense pas (rires), mais dans le futur qui sait…

Le groupe Dangote avait annoncé il y a trois ans un projet de méga-raffinerie, d’un montant de 9 milliards de dollars. Vous avez engagé 3 milliards de dollars, levé 3 autres milliards auprès d’institutions internationales. Ou en est-on aujourd’hui ?  

C’est un projet qui prend du temps. Mais les choses avancent. La raffinerie devait initialement être implantée dans l’État d’Ogun mais en raison d’un certains nombre de problèmes, il a fallu trouver un autre endroit, ce qui a retardé le projet de quelques mois. Elle sera finalement construite près de Lagos, sur la zone franche de Lekki. Nous avons avancé sur les travaux préparatoires, les contrats d’ingénierie, d’équipements et de construction (EPC). Il reste beaucoup à faire. Nous pensons qu’à l’horizon 2018-2019, le site sera en service.

Est-il destiné à approvisionner le marché nigérian ou le marché régional ?

L’objectif est avant tout la substitution aux importations locales. Ensuite, c’est vrai qu’il y a des opportunités dans la région pour approvisionner les pays voisins, principalement au sein de la Cedeao.

Le carburant est subventionné pour les voitures et les voitures sont des objets de luxes pour gens riches, pourquoi devraient-ils bénéficier de ces aides ?

Ce projet repose-t-il sur l’idée que les subventions au carburant vont être supprimées au Nigéria ?  

Si l’on regarde bien, avec les prix actuels du pétrole, il n’y a aujourd’hui pas de véritables subventions, donc c’est le meilleur moment pour sortir de ce système. Personnellement, je pense qu’elles ne devraient pas exister parce qu’elles ne bénéficient pas aux gens ordinaires. Le carburant est subventionné pour les voitures et les voitures sont des objets de luxes pour gens riches, pourquoi devraient-ils bénéficier de ces aides ?

Pensez-vous investir également dans le secteur de l’électricité, qui connaît un immense déficit au Nigeria ?

Indirectement, nous sommes déjà le plus gros producteur d’électricité (du pays) parce que nous alimentons en énergie quasiment toutes nos usines. À travers ces unités de production, il est possible que notre excédent d’électricité soit vendu au réseau. Concernant des centrales électriques, il y a des problèmes quant à la fixation des prix de l’électricité, nous nous concentrons donc aujourd’hui sur nos industries. Mais le temps venu je suis sûr que nous aurons notre rôle à jouer à ce sujet.

 

 

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