Agroalimentaire

Alimentation : Marie Diongoye Konaté, l’opiniâtre

« En Afrique, on a trop tendance à importer ce qu'on consomme. » Femmes d'Afrique Magazine/PKL-CI ©

Marie Diongoye Konaté a fondé Protein Kissèe-La, une société spécialisée dans l'alimentation infantile à partir de produits locaux. Malgré dix années de crise, pari réussi.

Quand on lui demande son âge, elle hésite. Fière de sa réussite, mais contrariée d’avoir perdu du temps. « À 50 ans, je me voyais à la tête de deux ou trois sociétés, mais les événements des dix dernières années en ont décidé autrement », regrette cette Malienne originaire de Bamako. Après une formation d’architecte et d’ingénieur, Marie Diongoye Konaté a commencé par travailler au Brésil. « J’ai pris conscience que les Brésiliens mangent ce qu’ils produisent, alors qu’en Afrique on a tendance à exporter ce qu’on produit et à importer ce qu’on consomme », souligne-t-elle. Puis elle arrive en Côte d’Ivoire au début des années 1990 pour travailler sur un projet portant sur le soja, financé par le gouvernement. « C’est un comble que, dans un pays souffrant de malnutrition, le soja soit seulement utilisé pour alimenter le bétail ! »

L'entreprise en chiffresEn 1994, elle décide de se lancer dans l’entrepreneuriat avec un capital de 400 000 F CFA (610 euros actuels). « Entre les vendeurs locaux et les géants du secteur comme Nestlé et Danone, il y avait un gouffre à combler », se souvient-elle. Six mois plus tard, Protein Kissèe-La (PKL, kissèe signifiant « graine » en bambara) était né. Avec comme objectif de proposer à un prix abordable une alimentation infantile à haute valeur nutritive. Aujourd’hui, Marie Diongoye Konaté dirige une entreprise de 70 personnes implantée dans la zone industrielle de Vridi, à Abidjan. PKL, qui s’approvisionne exclusivement auprès des producteurs locaux, achète chaque année pour 700 millions de F CFA de soja et de céréales et vend 300 tonnes d’alimentation infantile, essentiellement en Côte d’Ivoire, mais aussi au Sénégal, au Cameroun et en RD Congo.

Racket

En 2006, l’entreprise a été frappée de plein fouet lorsque le navire Probo Koala a déversé des déchets toxiques à proximité de ses locaux, l’obligeant à fermer momentanément. Après avoir été divisé par deux, son chiffre d’affaires annuel atteint désormais 1,3 milliard de F CFA. Mais ses bénéfices n’ont jamais retrouvé leur niveau d’antan. Un an après la crise postélectorale, les PME attendent toujours que l’économie redécolle. Infrastructures défaillantes, harcèlement policier, racket… « On a touché le fond ces dix dernières années, constate Marie Diongoye Konaté. Mais j’ai confiance en l’avenir. » 

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