Politique

Burkina : début d’une médiation périlleuse dans un climat tendu

Le général Gilbert Diendéré (g) et Macky Sall (d), le 18 septembre à Ouagadougou.

Le général Gilbert Diendéré (g) et Macky Sall (d), le 18 septembre à Ouagadougou. © Theo Renaut/AP/SIPA

Macky Sall et Boni Yayi, les présidents sénégalais et béninois, sont arrivés vendredi à Ouagadougou pour des tractations qui s’annoncent longues et périlleuses après le coup d’État contre le régime de la transition burkinabè. Dans la capitale, les putschistes n’hésitent pas à tirer à balles réelles pour disperser les manifestants.

Ils ont probablement entendus les coups de feu et, à cet instant précis, réalisé toute la difficulté de leur tâche. Au moment où Macky Sall, président en exercice de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), et Boni Yayi, son homologue béninois, ont posé les pieds sur le tarmac de l’aéroport de Ouagadougou, vendredi 18 septembre, quelques tirs sporadiques ont résonné au loin, signe d’une tension toujours palpable au lendemain du coup d’État contre le régime de la transition.

Accueillis avec les honneurs par le général Gilbert Diendéré, chef des putschistes du régiment de sécurité présidentielle (RSP) et ex-bras droit de Blaise Compaoré, les deux présidents médiateurs ont ensuite gagné l’hôtel Laico, où a débuté une longue série de tractations pour tenter de trouver une solution à la crise actuelle au Burkina Faso. Ils ont rejoint sur place Kadré Désiré Ouédraogo, président de la commission de la Cedeao, et Mohamed Ibn Chambas, envoyé spécial des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest.

L’UA qualifie les putschistes de « terroristes »

Cette équipe de médiation internationale s’est rapidement mise au travail, devant tour à tour rencontrer des représentants de la société civile, une délégation du Conseil national de transition (CNT) dissous, mais aussi des meneurs du coup d’État, au premier rang desquels le Général Diendéré. Selon plusieurs sources diplomatiques, l’objectif est de remettre sur pied un régime de transition dès que possible pour permettre l’organisation rapide des élections, dont le premier tour était initialement prévu le 11 octobre. « Diendéré et ses hommes doivent comprendre qu’il ne peuvent pas rester au pouvoir, sinon cela pourrait mal finir », glisse l’une d’entre elles.

Un discours de fermeté également tenu par l’Union africaine depuis Addis-Abeba. Dans l’après-midi de vendredi, l’UA a annoncé la suspension du Burkina Faso et l’adoption de sanctions fermes contre les auteurs du putsch, frappés d’une interdiction de voyager et d’un gel de leurs avoirs dans tous les États membres. Les responsables de l’organisation panafricaine sont même allés plus loin, n’hésitant pas à qualifier de « terroristes » les militaires qui ont renversé la transition et séquestré le président Michel Kafando et le Premier ministre Isaac Zida.

Couvre-feu respecté à Ouagadougou

Si le premier a été « libéré » – comprendre placé en résidence surveillée dans sa maison proche de la présidence -, le second est lui toujours détenu par les soldats du RSP au palais présidentiel de Kosyam. Pour les membres du régime de transition déchu et les représentants de la société civile, aucune discussion ne peut démarrer tant que Kafando et Zida sont toujours en détention. Dans ce climat tendu, où se bousculent les interrogations sur l’attitude des autres corps de l’armée, la quasi-totalité des responsables civils et politiques – hormis ceux du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’ex-parti au pouvoir – ne cachaient pas leur rancœur contre Diendéré et le RSP.

Malgré cette désapprobation populaire, les patrouilles d’intimidation de la garde présidentielle ont été relativement efficaces à Ouagadougou. Des heurts ont eu lieu dans certains quartiers, mais les tentatives de regroupement des manifestants ont été bridées par les militaires du RSP, qui n’ont pas hésité à faire usage de leurs armes. Certaines sources ont fait état de nouveaux morts et blessés, sans qu’un bilan définitif soit confirmé. Après l’entrée en vigueur du couvre-feu, à 19h00, le centre-ville était désert tandis que résonnait toujours des tirs ponctuels.

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