Droits de l’homme

Cameroun : Amnesty dénonce les exactions de Boko Haram et les réactions excessives de l’armée

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Un soldat camerounais à Fotokol, à la frontière avec le Nigeria, après des heurts avec des islamistes de Boko Haram, le 17 février 2015.

Un soldat camerounais à Fotokol, à la frontière avec le Nigeria, après des heurts avec des islamistes de Boko Haram, le 17 février 2015. © Reinnier Kaze/AFP

Amnesty International a publié ce mercredi son rapport sur les exactions menées par le groupe Boko Haram. Le nombre de civils tués par l’organisation terroriste depuis le début de l’année y est estimé à plus de 380. L’ONG pointe également l’armée du doigt, responsable selon elle, de violations des droits de l’homme.

Arrestations en masse, détention arbitraire de mineurs, exécutions illégales, le rapport d’Amnesty International sur les massacres menés par Boko Haram au Cameroun accable également l’armée, qui réagit par un « recours excessif à la force » face aux crimes de masse de Boko Haram, estime l’organisation.

« Dans la région de l’Extrême-Nord, les forces de sécurité camerounaises ont arrêté au moins 1 000 personnes qui étaient accusées de soutenir Boko Haram, notamment lors d’opérations de ratissage […]. Au cours de ces opérations, les forces de sécurité […] se sont rendues coupables de violations des droits humains, notamment de meurtres, de traitements inhumains et dégradants, et de destruction de biens immobiliers », lit-on dans le rapport.

Détention de mineurs

Pour Amnesty International, les populations sont victimes d’exactions de part et d’autre. Les Camerounais sont à la fois victimes de l’organisation islamiste Boko Haram, qui a causé la mort d’au moins 380 civils au Cameroun depuis janvier 2015 et d’au moins 7 000 personnes au Nigeria depuis janvier 2014, selon le rapport. Néanmoins, la population subit de manière arbitraire les réactions violentes de l’armée qui tente d’éviter que le groupe islamiste ne s’étende davantage dans l’Extrême-Nord du Cameroun.

« Les forces de sécurité ont fait irruption dans notre école. Ils ont demandé nos cartes d’identité et nous ont interrogés. Ils ont dit qu’ils allaient creuser une tombe et nous jeter dedans. Nous étions terrorisés. Ensuite, ils ont brutalisé nos professeurs […] certains avaient le visage couvert de sang », raconte un enfant à Amnesty International.

Mis à part les arrestations massives et les violences policières, l’ONG dénonce la détention de mineurs et les très mauvaises conditions de détention, notamment à la prison de Maroua qui a dépassé de quatre fois sa capacité d’accueil. L’organisation dresse un bilan de 1 200 exécutions extra-judiciaires, de 7 000 morts dans des conditions carcérales inhumaines et plus de 20 000 arrestations arbitraires.

L’armée dément

Ce n’est pas la première fois que les forces de l’ordre font l’objet de telles accusations et c’est notamment l’organisation non-gouvernementale Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique Centrale (Redhac) qui a accusé l’armée de tortures et d’exécutions sommaires en février dernier. Une version contestée par l’armée.

« L’armée camerounaise lutte seule contre Boko Haram depuis dix mois. Nous sommes en guerre et nous avons une mission », a estimé le porte-parole du ministère de la Défense, le colonel Didier Badjeck, joint par téléphone.

Puis de conclure, contestant les accusations d’Amnesty International : « Lorsque l’armée arrête des membres de Boko Haram, elle les remet à la justice. Le Cameroun est un pays de droit. »

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