Société

L’argent des Africains : Stéphane, développeur et geek au Cameroun – 456 euros par mois

Mis à jour le 22 septembre 2015 à 15:01

Image d’illustration. © AFP

Stéphane, entrepreneur et développeur informatique atteignant la trentaine, a sous ses ordres une vingtaine d’employés. S’il gagne 300 000 francs CFA, soit environ huit fois le salaire mensuel minimum au Cameroun, il n’hésite pas à travailler de nuit et se souvient des mois de galère. Pour notre série sur l’argent des Africains, il détaille ses revenus et ses dépenses.

Stéphane* a une chance : avoir fait de sa passion, l’informatique, le développement et la programmation, un métier. Mais il a aussi beaucoup travaillé pour cela.

Il intègre d’abord l’université de Niamey afin d’obtenir une licence d’informatique. Bosseur compulsif, bien décidé à porter ses propres projets de développement, il monte avec quelques camarades, une première structure associative. Là, il réalise ses premières programmations informatiques, en sus de ses journées de cours. Pour lui, le secteur de l’informatique est une terre à conquérir, un potentiel de croissance.

« À l’origine, je pensais me former au Cameroun et ensuite demander un visa pour travailler en Europe ou aux États-Unis », explique-t-il aujourd’hui. Mais, finalement, l’opportunité de créer son entreprise au pays s’est révélée beaucoup plus intéressante. Sans patrimoine financier et uniquement avec des fonds externes, il monte donc son studio de programmation informatique.

Un pari risqué. « Nous avons vécu toute l’année 2013 sur les dons de nos familles, qui nous envoyaient de l’argent de poche », se souvient-il. « Je me souviens que j’avais cumulé sept mois de loyer de retard pour ma petite chambre. Ça donnait envie de trouver autre chose mais en même temps, on sentait qu’on tenait le bon bout », explique encore Stéphane.

Sa petite entreprise va pourtant se faire connaître. Et embaucher. Forte d’une vingtaine d’employés aujourd’hui, elle ambitionne de se tourner vers les marchés européens et américains, afin de commercialiser les productions informatiques, notamment des applications mobiles, conçues en Afrique.

Salaire mensuel : 300 000 francs CFA (456 euros)

En tant que directeur général de l’entreprise, Stéphane est aujourd’hui le mieux rémunéré, à hauteur de 456 euros par mois. Une somme rondelette, comparativement au salaire mensuel minimum en vigueur au pays (36 270 F CFA).

Il faut dire que Stéphane ne compte pas ses heures. La journée-type débute à 9 heures du matin par les réunions de coordination avec son équipe et les réponses à apporter aux e-mails.

Elle peut se poursuivre tard dans la soirée, jusqu’à 22 heures ou parfois 23h30, après une pause d’une heure à la cantine, dans les locaux de l’entreprise, à Yaoundé. « C’est plus facile de travailler la nuit pour nous, il y a moins de déconcentration de l’extérieur », explique-t-il.

Loyer et dépenses courantes : 290 euros

Stéphane dépense 144 euros par mois pour le loyer de son appartement de deux chambres, où il vit seul à quelques minutes de son bureau, ainsi que pour les charges en eau, électricité et abonnement au câble. Presque un tiers de son salaire auquel il faut ajouter la nourriture et le transport.

Quelque 100 euros passent en effet chaque mois dans ce poste de dépense. Il faut encore y ajouter 46 euros pour financer la cantine de l’entreprise, où il déjeune du lundi au samedi. Soit environ un repas sur deux consommé sur son lieu de travail.

Loisirs : près de 50 euros

Avec six journées de travail bien remplies par semaine, il ne reste que peu de temps à Stéphane pour les loisirs. Il y consacre cependant tout de même environ 46 euros par mois. Un peu d’habillement mais surtout des achats liés à ses passions : les jeux vidéo.

Également amateurs de films et de série, il achète en particulier des jeux et des DVD. Il s’autorise tout de même à quitter des yeux ses écrans pour quelques sorties avec sa compagne, avec qui il n’a pas encore emménagé.

Famille : plus de 70 euros

En souvenir de l’aide que lui a apporté sa famille afin de créer son entreprise, Stéphane participe, à hauteur, environ, de 76 euros par mois, aux dépenses de scolarité de certains de ses proches.

Il fournit notamment de l’argent de poche à ses frères et sœurs faisant leurs études à la faculté. Il se tient prêt en cas de coup dur. « Si quelqu’un de la famille est malade, on se cotise pour les soins », explique-t-il.

Épargne : plus de 40 euros

Sur son salaire mensuel de 456 euros, il ne reste à Stéphane que 30 000 F CFA, soit 46 euros, à épargner en fin de mois. Une somme qui n’est pas mirobolante. « J’épargne trop peu », déplore-t-il. « Cela consiste surtout à avoir de la réserve en cas d’imprévus », ajoute-t-il.

*Le prénom a été modifié