Mines

Burkina-Togo : une ONG suisse dénonce les circuits cachés de l’or

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Mis à jour le 11 septembre 2015 à 11h17
Les professionnels appellent à mieux contrôler l'orpaillage.

Les professionnels appellent à mieux contrôler l'orpaillage. © Pep Bonet

La Suisse a importé en 2014 au moins 7 tonnes d’or venues du Togo… alors que que ce pays n’en produit pas. La Déclaration de Berne a remonté la filière jusqu’à des mines artisanales burkinabè où près de la moitié des travailleurs sont des enfants.

Chaque année, des tonnes d’or – d’une valeur de plusieurs dizaines de millions d’euros – sont importés du Togo, pays qui ne figure pourtant pas parmi les producteurs du précieux métal. C’est en partant de ce constat que »La Déclaration de Berne » a remonté la filière… pour arriver au Burkina.

Dans un rapport publié jeudi 10 septembre, réalisé notamment à partir de 45 entretiens, l’ONG suisse prouve que cet « or togolais » a en réalité été extrait des mines du nord et de l’ouest du Burkina Faso, où le travail des enfants est monnaie courante, avant de passer entre de nombreuses mains. Des exportateurs burkinabè, notamment la Société minière Kindo Adama – SOMIKA (pilotée par un proche de l’ancien président Blaise Compaoré) auraient facilité le passage de la frontière togolaise.

Les sociétés Wafex et MM Multitrade, deux filiales du négociant libanais Ammar Group, installées respectivement à Lomé et à Genève, ont réceptionné l’or. C’est ce groupe libanais qui a organisé ensuite son transfert logistique aérien via Air France avec des étapes à Paris et Zurich, puis par camion jusqu’à la raffinerie de Valcambi à Balerna, à l’extrême sud de la Suisse, à proximité de la frontière italienne.

Trafic organisé

Selon l’ONG suisse, ce trafic passant par le Togo entraînerait une perte fiscale de près de 3,5  milliards de F CFA (5,35 millions d’euros) pour l’Etat burkinabè. Surtout il favorise le travail des enfants et des conditions d’exploitation particulièrement dangereuses pour la santé.

Contactée par Jeune Afrique, la société Valcambi, l’un des quatre plus grands raffineurs du secteur, a refusé de s’exprimer sur le sujet, indiquant préparer une réponse ad-hoc dans les prochains jours. De son côté, La Déclaration de Berne explique avoir contacté le groupe Ammar et Valcambi, ainsi que leurs intermédiaires financiers Arab Bank et l’auditeur KPMG, mais qu’aucun d’entre eux n’a souhaité les rencontrer.

70% de l’or mondial

L’ONG suisse espère une réaction des autorités et de la filière aurifère suisse, alors que les raffineurs helvètes traitent 70% de l’or mondial, soit 2500 tonnes importées et raffinées en suisse chaque année, selon leurs estimations,

La Déclaration de Berne souhaite également sensibiliser le gouvernement du Burkina Faso à une meilleure régulation du secteur aurifère, qui a fortement progressé ces dernières années. La production d’or du pays est ainsi passée de 1,3 tonne en 2005 à 30,9 tonnes en 2014. Ces chiffres officiels ne prennent en compte qu’une seule tonne issue d’exploitations artisanales alors que l’ONG suisse estime à 8 tonnes la production artisanale du pays.

 

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