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Les sites de rencontre africains lancent leur offensive de charme

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De plus en plus de sites sont basés sur la pratique religieuse ou l'origine géographique.

De plus en plus de sites sont basés sur la pratique religieuse ou l'origine géographique. © Glez

Les « marieurs » du Net s’intéressent de plus en plus aux Africains. Si bien que certains sites de rencontre, d’abord destinés aux diasporas, se lancent au Maghreb.

À voir les pics de fréquentation des sites de rencontre, l’été a été chaud sur internet. De fait, pendant les vacances, de nombreux célibataires (40 % des adultes au Maghreb) cherchent l’âme soeur. Et avec l’émergence de la Toile, plus besoin de passer par les marieuses traditionnelles : le « profil idéal » peut se trouver en un clic.

Dans les pays majoritairement musulmans, ces sites ont été très consultés ces dernières semaines, car le ramadan laisse du temps pour surfer sur le réseau. Les sociétés ont d’ailleurs multiplié les campagnes de publicité. Meetic met en avant le « risque » de rater une « opportunité amoureuse ». Parship souligne l’avantage de nouer une relation pour « ne pas partir seul ». Zouz et Mektoube parient quant à eux sur l’humour, en caricaturant les « entremetteuses » actives pendant l’été.

Cliquez sur l'image.Lancés en 1995 aux États-Unis, notamment par la société Match, puis en Europe en 2001 avec Meetic, les sites de rencontre payants sont aujourd’hui entrés dans les moeurs des Occidentaux… et de la diaspora africaine. À l’échelle mondiale, ce marché représente un chiffre d’affaires annuel d’environ 1,6 milliard d’euros. Début 2012, près de 40 % des célibataires français déclaraient être prêts à s’y inscrire, contre 14 % en 2004. Au début des années 2000, les sites classiques de dating dominaient le marché : l’internaute y choisit lui-même les profils de personnes qu’il veut séduire. Les sites de matchmaking sont ensuite apparus : une série de profils « compatibles » sont présélectionnés et proposés à l’utilisateur.

Entre-soi

Depuis deux ans, le marché occidental s’est fragmenté, avec l’explosion des sites communautaires, notamment destinés aux diasporas. On dénombre désormais plus de 2 000 sites. « Les généralistes, qui bénéficiaient d’une croissance annuelle de 15 % à leurs débuts, stagnent ou baissent. Aujourd’hui, ce qui marche, c’est l’entre-soi, la rencontre sur des sites définis par l’orientation politique ou sexuelle, la pratique religieuse, les critères physiques, ethniques ou socioprofessionnels », observe le sociologue français Pascal Lardellier. Signe de la montée en puissance des « communautaires », Meetic (racheté par Match en septembre 2011), qui affichait 178,3 millions d’euros de revenus en 2011 et 8,9 millions de résultat net, a perdu 100 000 de ses quelque 800 000 abonnés français en six mois.

A contrario, Mektoube (« c’est écrit ») et Inchallah (« si Dieu veut »), destinés aux communautés maghrébines d’Europe, ont connu une belle progression. Le premier, créé en 2006 par le Franco-Algérien Laouari Medjebeur, compte déjà 1 million d’inscrits. En six mois, il est passé de la septième à la quatrième place du classement de référence français établi par l’agence ComScore. « Nous avons été parmi les premiers à sentir la nécessité d’un site où le style de vie compte plus que l’apparence physique », se souvient Laouari Medjebeur, qui s’est notamment inspiré de sites anglo-saxons comme Singlemuslim. En réaction, Meetic et Match ont ajouté en 2007 la possibilité de renseigner les habitudes alimentaires et religieuses sur les profils de leurs inscrits, mais cela n’a pas empêché la lente érosion de leur part de marché.

Un adhérent à Mektoube doit débourser chaque mois 19,90 euros (ou 59,40 euros pour six mois), contre 29,90 euros sur Meetic (89,50 euros pour six mois). « Le modèle payant est essentiel pour rassurer l’internaute sur le sérieux de la communauté dans laquelle il recherche un partenaire, explique le fondateur de Mektoube. Les sites gratuits, comme Afromeet pour les Subsahariens ou Inchallah pour les musulmans, ne se rémunèrent que sur la publicité. Ils cherchent à générer du trafic plus qu’à offrir un service. »


Du rêve à la réalité

Pour garantir la bonne tenue des échanges et s’assurer d’un minimum de véracité dans les informations renseignées par leurs utilisateurs, les sites de rencontre « sérieux » comme Meetic, Mektoube ou Zouz mettent en place un service de modération. « Nous veillons par exemple à ce que les photos censées représenter les utilisateurs ne soient pas des fakes [des faux, NDLR] représentant des stars du football ou de la mode », explique Laouari Medjebeur, fondateur de Mektoube, dont la modération est sous-traitée à une société basée à Casablanca. Celle de Zouz est assurée par l’équipe de Tunis, qui organise en outre des rencontres réelles entre membres, comme son springbreak, au printemps dernier, sur une plage tunisienne. C.L.B.

Laouari Medjebeur reconnaît toutefois avoir souffert de la montée en puissance de ces concurrents sur ce qui reste un marché de niche. Pour leur faire face, son budget communication est important. « Le coût de la publicité en ligne a été multiplié par cinq en cinq ans », observe Laouari Medjebeur. Sur la seule année 2011, Mektoube a ainsi investi 1,5 million d’euros en publicité (télévision comprise), soit la moitié de ses revenus.

« Freemium »

Du coup, certains étudient les possibilités de développement en Afrique, épargnée par l’offensive des géants Match et Meetic. Le marché y est encore embryonnaire, mais les premiers sites sont déjà nés. Zouz (« deux »), fondé à Tunis en mars 2010, compte 60 000 membres. « Nous avons opté pour un site « freemium » : l’inscription est gratuite, mais des fonctionnalités sont payantes, avec des micropaiements entre 1 et 7 euros selon le service, de l’envoi d’un message jusqu’à l’analyse de compatibilité », explique son fondateur, Bilel Bouraoui, tout en insistant sur la nécessité d’organiser des événements où les adhérents se rencontrent en chair et en os. Soutenu par les fonds Arab Tunisian Development et Alternative Capital Partners, Zouz, qui a déjà investi 1 million d’euros, ne gagne pas encore d’argent mais prévoit déjà de se développer au Maroc et en Égypte, qui offrent une large population et des solutions de paiement en ligne. D’après son fondateur, le chiffre d’affaires de la rencontre en ligne pourrait atteindre à terme 50 millions d’euros au Maghreb.

Mektoube aussi lorgne l’Afrique du Nord. « Nous préparons une adaptation de notre site au Maghreb », indique Laouari Medjebeur, qui vient de signer un partenariat avec le portail américain MSN sur la région. « Pour le moment, les internautes maghrébins peuvent s’inscrire gratuitement sur un site qui a les mêmes fonctionnalités que celui d’Europe. Mais d’ici à la fin de l’année, ils auront une version en ligne locale, payante mais abordable, où ils se sentiront chez eux », précise le Franco-Algérien. Il annonce avoir engrangé 140 000 inscriptions au Maroc, en Algérie et en Tunisie.

Reste l’Afrique subsaharienne, où les sites de rencontre sérieux n’ont pas encore émergé. « Ce marché est culturellement beaucoup plus varié que le Maghreb, le taux de pénétration y reste faible et les moyens financiers restreints », note Bilel Bouraoui, qui observe dans la région une forte utilisation de Facebook pour séduire en ligne. « Mais avec le développement des classes moyennes, les choses pourraient changer, estime Laouari Medjebeur. Un modèle multiculturel comme le site indien Shaadi, ouvert à toutes les communautés, pourrait fonctionner. » D’ici là, les amours subsahariennes se noueront encore principalement… dans le monde réel.

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