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L’afro-optimisme 2.0 triomphant

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Le Bénin a le vaudou, le Kenya l’athlétisme et le Gabon l’afro-optimisme 2.0. Au New-York Forum Africa (NYFA), dont la 4e édition vient de s’achever à Libreville, il était triomphant.

L’afro-optimiste 2.0 ne connait pas de pays africains. Il connait des marchés africains. Le citoyen africain l’intéresse moins que le « consommateur africain ». Saisir les « opportunités sectorielles » l’enthousiasme davantage que d’améliorer la gouvernance des pays. Il croit à une émergence économique sans transformations politiques.

L’afro-optimiste 2.0 préfère redorer l’image de l’Afrique plutôt que d’améliorer sa réalité

Le vocabulaire de l’afro-optimiste 2.0 est réduit. C’est normal, car sa pensée est simple : le temps de l’Afrique est arrivé. Les mots qu’il emploie sont dépouillés de sens. Là aussi, cela s’explique : chez lui les mots ne sont pas au service d’une idée, mais d’une cause. Ce qui importe, c’est l’image à laquelle renvoient les mots. On ne sera pas surpris que l’afro-optimiste 2.0 affectionne les termes « innovants » et « créatifs », dont le sens est vague mais qui évoquent des images positives. L’afro-optimiste 2.0 préfère redorer l’image de l’Afrique plutôt que d’améliorer sa réalité.

L’afro-optimiste 2.0, qui n’est pas à un paradoxe près, adore ce qu’il est convenu d’appeler « l’entrepreneuriat social ». D’un côté, il indique que l’Afrique est un « réservoir de croissance pour les années à venir », et de l’autre, il promeut massivement des entreprises qui ne sont manifestement pas intéressées par ces opportunités prétendument irrésistibles. L’entrepreneuriat social a sa place. Il est une réponse aux imperfections du marché. Mais outre le fait que créer un emploi est l’acte social ultime, l’enjeu pour les pays africains est, d’après l’entrepreneur nigérian Tony Elumelu, la création de 10 millions d’emplois par an pour répondre aux besoins de la jeune population du continent. L’entrepreneuriat social contribuera-t-il à relever ce défi ?

L’afro-optimiste 2.0 exalte l’entrepreneuriat (en Afrique). « Il n’y a aucun endroit plus intéressant que l’Afrique pour être entrepreneur aujourd’hui » proclamait quelqu’un au cours d’un des débats du forum. « Peu importe l’âge que vous avez, peu importe vos origines, que vous soyez de la classe leader ou pas, on s’en fout ! C’est ça l’avantage de l’entrepreneuriat. C’est que c’est vraiment les meilleurs qui gagnent », renchérissait une autre. La première assertion est contredite par le classement Doing Business 2015, où la majorité des pays du continent sont classés entre le 120e et le 189e rang sur 189 pays évalués – le Gabon est 144e sur  189. La deuxième affirmation sonne comme une mauvaise blague à ceux qui, sans soutien ni réseau d’aucune sorte, entreprennent sur le continent.

Ils actent l’échec des gouvernants à améliorer le climat des affaires dans leurs pays respectifs

Au-delà, la logique qui préside à cette exaltation de l’entrepreneuriat est accablante. Les afro-optimistes 2.0 plaident pour le statu quo. Ils actent l’échec des gouvernants à améliorer le climat des affaires dans leurs pays respectifs (et donc à favoriser un boom de l’emploi). Plutôt que de rappeler nos dirigeants à leurs devoirs, ils préfèrent encourager la jeunesse paupérisée à s’auto-employer. Or dans des systèmes aussi dysfonctionnels que le sont la majorité des pays sur le continent, l’entrepreneuriat est souvent un sport de privilégiés.

 

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