Société

Les Springboks trop blancs ? Un petit parti politique (re)lance la polémique

Le petit parti politique sud-africain Agence pour un Nouvel Agenda (ANA) a saisi la justice mardi pour tenter d’empêcher l’équipe des Springboks de participer à la prochaine Coupe du monde. En cause : une sélection du 15 sud-africain trop blanche.

Mis à jour le 1 septembre 2015 à 19:25

L’équipe sud-africaine de rugby accusée d’exclusion raciale en août 2015 © Eric de Leeuw/Flickr

Les Springboks, la belle équipe qui avait fédéré le sentiment d’union nationale en 1994, seraient-ils devenus au contraire le symbole du racisme perdurant dans la nation arc-en-ciel ? C’est en tout cas ce que prétend le leader d’un tout petit parti politique, l’Agence pour un nouvel Agenda (ANA), qui a accusé le 1er août la fédération d’exclusion raciale et a annoncé son intention de porter plainte devant la justice.  » Nous demandons au tribunal de les empêcher d’aller en Angleterre et de confisquer aux joueurs leurs passeports « , a expliqué à l’AFP Edward Mokhoanatse président de l’ANA.

Sur 31 joueurs sélectionnés pour la Coupe du monde, seuls huit sont noirs ou métis. A l’annonce de la composition de son équipe, le 28 août, l’entraîneur des Springboks s’était pourtant félicité.  » Je suis très heureux de cette équipe car elle représente l’espoir de notre peuple. Chaque joueur est unique et cela rend fier notre pays », avait déclaré aux médias sud-africains Heyneke Meyer avant d’ajouter : « J’espère que la nation se ralliera derrière nous jusqu’à la fin. »

Une polémique sans fin

Ouvrir l’équipe de rugby à davantage de joueurs noirs est un sujet récurrent et sensible depuis vingt ans en Afrique du Sud. L’année dernière, c’est l’archevêque Desmond Tutu qui s’était plaint de la lenteur avec laquelle ce sport se démocratise.

Mais cette année, le tout-puissant Congrès des syndicats sud-africain (Cosatu) a salué la composition des « Springboks 2015″.  » Nous nous félicitons de cette équipe car elle est plus représentative qu’elle ne l’a jamais été. Maintenant il faut s’assurer que les joueurs noirs ne seront pas des porteurs de sacs, mais qu’ils vont obtenir un temps de jeu », a déclaré Tony Ehrenreich secrétaire régional de la centrale syndicale.

La polémique lancée par l’ANA semble donc plus opportuniste que révélatrice du sentiment des Sud-Africains vis-à-vis de leur équipe nationale. La discrimination positive a beau être à la base de nombreuses politiques publiques en Afrique du Sud, la victoire des équipes dans les compétitions internationales semble primer sur le rééquilibrage d’inégalités dues à l’apartheid.

« Si on se focalise sur le critère de la performance, il est clair qu’il y aura toujours beaucoup de Blancs chez les Springboks et la majorité des Bafana Bafana [surnom de l’équipe de football, ndlr] sera noire. Puisque culturellement, le rugby est pratiqué par la race blanche alors que le football est le sport préféré des Noirs », explique à Jeune Afrique Nestor Bidadanure, chargé de l’information au Bureau de l’ANC à Paris dans les années 1980, avant de conclure:  » On peux toujours vouloir rééquilibrer en théorie mais en pratique, il faut gagner ! »