Société

L’argent des Africains : Ariane, ingénieure dans le bâtiment au Rwanda – 843 euros par mois

À 29 ans, Ariane est l’une des rares Rwandaises à avoir fait des études d’ingénieur dans le bâtiment. De 8h à 17h, elle conseille et vend du matériel hydraulique dans une entreprise de construction à Kigali. Son salaire mensuel de 700 000 francs rwandais (843 euros) lui permet largement de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Pour notre série, elle a disséqué son budget.

Mis à jour le 24 septembre 2015 à 15:52

Ariane travaille dans le bâtiment depuis 5 ans. © Eric Constantineau/Flickr

Née à Bujumbura, la capitale du Burundi où elle a grandi, Ariane vit désormais au Rwanda, pays voisin dans lequel ses parents sont nés. Elle s’y est installée en 2006 pour poursuivre ses études supérieures et le reste de sa famille, avec qui elle vit désormais, l’a rejoint l’année suivante.

Elle qui rêvait de devenir architecte s’est finalement retrouvée diplômée en génie civil en 2011. « J’ai toujours été une passionnée de design, malheureusement, les universités les plus proches avec une éducation solide et de qualité se trouvaient en Ouganda ou au Sénégal. Financièrement, mes parents ne pouvaient pas se le permettre. Je me suis donc résignée à poursuivre mes études en génie civil », explique-t-elle.

En 2006, à son entrée au Kigali Institute of Sciences and Technology (KIST) – l’école la plus réputée dans le domaine des sciences appliquées et de l’ingénierie du Rwanda – sur 102 inscrits, seuls huit étudiants étaient des filles. « Au départ, j’étais intimidée, mais au fur et à mesure j’ai pris mes marques et je me suis sentie de plus en plus à l’aise. »

Après cinq ans d’enseignement supérieur, Ariane ne tarde pas à se faire embaucher dans l’une des plus grandes entreprises de vente de matériel hydraulique de Kigali. « Dans un pays où près de 60% des parlementaires sont des femmes, la présence de la gent féminine dans les entreprises est une pilule plus facile à avaler », ironise-t-elle avec fierté.

Financièrement, Ariane s’en sort plutôt pas mal. « Elle ne se plaint pas », comme dirait n’importe quel jeune célibataire rwandais, rémunéré à hauteur de 843 euros par mois. Un salaire plus que raisonnable comparé aux autres ingénieurs qui œuvrent comme elle dans le secteur privé. « La plupart de mes amis touchent des revenus qui varient autour de 500 000 francs (602 euros) mais on en trouve aussi qui peuvent être payés jusqu’à 1 500 000 francs (1,807 euros) ».

Participation à la vie de famille : 240 euros

Célibataire, Ariane habite toujours sous le toit familial avec deux frères et une sœur encore scolarisés. « La coutume veut que la fille quitte le nid parental quand elle se marie », explique-t-elle. Avec deux parents à la retraite, Ariane subvient presque à toutes les dépenses alimentaires familiales. Tous les mois, elle s’organise pour faire les achats de première nécessité. « Je fais un stock de riz, de pommes de terres, d’huile végétale, de sel et de sucre », indique-t-elle, et cela pour un montant de 241 euros. Les produits périssables comme le pain, les fruits et les légumes sont régulièrement achetés par « le groom » à qui elle donne la somme nécessaire pour ces denrées. Les parents, avec leur retraite, se chargent quant à eux de payer le loyer.

Déplacements : 60 euros

Faute de posséder une voiture personnelle, Ariane se déplace régulièrement en moto-taxi, le moyen le plus populaire et le plus fiable pour les jeunes de Kigali. « Les motos pullulent dans la ville, elles sont prisées surtout lorsqu’on est pressé et que l’on n’a ni le temps, ni le courage de remonter à pied la ville aux mille collines. » En plus d’être plus efficaces que les bus, les motos coûtent six fois moins que les voitures. Ariane dépense 60 euros par mois pour ses deux allers-retours journaliers – entre chez elle et son lieu de travail ; et entre son lieu de travail et l’endroit où elle déjeune.

Repas à l’extérieur et loisirs 130 euros

Contrairement à leurs voisins Burundais, très peu de Kigaliens s’accordent le privilège de rentrer déjeuner en famille. Les tarifs sont généralement plus chers à Kigali que dans les grandes villes de la région qui connaissent la même organisation. « Dans un restaurant respectable, un plat qui me coûte généralement 3 euros, me coûterait 1,5 euro à Kampala (Ouganda) ou 1 euro à Naïrobi (Kenya) », croit-elle savoir. Tous les mois Ariane dépense à peu près 133 euros en comptant également les sorties le soir entre amis.

Internet et téléphonie : 60 euros

Un des plus importants postes de dépenses d’Ariane reste la connexion internet et les appels téléphoniques qui lui coûtent environ 60 euros. « Grande fan de gadgets électroniques, j’ai tout le temps les yeux rivés sur mon smartphone », confie-t-elle. Whatsapp, Viber, Telegram, sans oublier Facebook ou Twitter, Ariane est « connected » (sic) surtout pour discuter avec sa famille et ses amis à l’étranger.

Shopping : 80 euros

Pour ce qui est du shopping, Arianne improvise ses achats. « Ça peut être une jolie chemise ou une veste que j’achète un soir sur la route en rentrant du boulot », précise-t-elle. Mais ce sont les robes pour les grandes fêtes qui font grimper son budget.

A 29 ans et en âge de se marier, Ariane est entourée d’amis qui commencent à fonder leurs foyers. Régulièrement, les proches l’invitent à leurs mariages. « Presque chaque weekend, je m’achète une nouvelle robe assortie à une paire de chaussures. Surtout l’été qui est la saison des mariages. »

La tradition exige également qu’à chaque noce, ceux qui le peuvent, contribuent au financement des festivités. Les dépenses non contrôlées d’Ariane comprennent surtout les cotisations consacrées à ce genre de cérémonies. « Histoire d’épauler un peu les jeunes mariés financièrement », en précisant que cela lui coûte mensuellement entre de 90 et 100 euros.

Epargne mensuelle 169 euros, soit 20% de son salaire

En principe, Ariane économise 20% de ses revenus tous les mois. »Si je m’abstenais de sortir souvent le soir, je pourrais passer de 169 euros à 253 euros d’épargne mensuelle », précise-t-elle. Ariane rêve surtout de monter son propre cabinet de conseils en matériel hydraulique. « Avec l’argent mis de côté et l’expérience acquise pendant cinq ans, j’aimerais créer mon business », indique-t-elle. Notre diplômée en génie civil compte effectuer personnellement des visites de terrains et proposer des rapports techniques aux maîtres de chantiers. Et de conclure : « Dans un Kigali en perpétuelle construction, c’est une opportunité à ne pas rater ».

Taux de conversion établi à 1 euro pour 830,37 francs rwandais

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