BTP & Infrastructures

L’Angola entre pétrole et dépendances

Reflet de la bonne santé du pays, la capitale est en chantier permanent. © Issouf Sanogo/AFP

La situation de l'Angola, deuxième producteur de pétrole africain, est étroitement liée au cours du baril. Pour y remédier, Luanda cherche à diversifier ses sources de revenus. Une mission complexe, dans un pays miné par les inégalités et un climat peu propice au développement du secteur privé.

Sur le papier, l’avenir de l’Angola s’annonce radieux. À Luanda, le ballet des grues ne s’arrête jamais, à peine perturbé par la campagne électorale en cours pour les législatives du 31 août. Dans un trafic surchargé, des taxis collectifs bleu et blanc, les calongueiros, se faufilent parmi les 4×4 rutilants qui charrient des hommes d’affaires du monde entier venus profiter de l’impressionnant boom économique qu’a connu le pays au cours de la dernière décennie. KLM, Arik Air, Lufthansa ou encore Emirates… Les vols directs à destination de la capitale angolaise se multiplient. « Et les avions sont toujours pleins, sourit Victor Lopes, économiste à la Standard Chartered Bank. Avant d’atterrir, on peut apercevoir les files de bateaux qui attendent d’être déchargés dans la rade du port, signe à la fois de la réussite économique angolaise et des difficultés logistiques qu’elle engendre. » Entre 2002 et 2011, l’économie a affiché une croissance moyenne de plus de 11 % – l’une des plus élevées du globe, surpassant même l’impressionnante croissance chinoise. Et pour 2012, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit encore une progression de 9,7 % du PIB.


Le secteur où les perspectives sont les plus positives est sans doute l’agriculture. Edward George, analyste chez Ecobank

À cela, une raison principale : les exportations d’or noir, qui ne cessent de s’amplifier, remplissant les caisses d’un flot continu de dollars. Le pétrole, qui domine totalement l’économie, représente actuellement 45 % du PIB et plus de 90 % des revenus d’exportation. La compagnie étatique Sonangol, deuxième plus importante entreprise d’Afrique par ses revenus, a longtemps été un État dans l’État et son emprise sur l’économie nationale reste énorme. Au point que Manuel Vicente, qui a présidé la major publique pendant treize ans, fait désormais figure de successeur potentiel du président angolais, José Eduardo dos Santos. En 2012, la production devrait s’établir à 1,8 million de barils par jour en moyenne, et les découvertes récentes de gisements profonds dans le bassin du Kwanza – que l’on compare aux réserves offshore brésiliennes – devraient lui permettre de passer du deuxième au premier rang parmi les producteurs et exportateurs du continent, devant le Nigeria. Si on ajoute des réserves gazières estimées à 11 milliards de mètres cubes, dont l’exportation doit commencer en septembre, on comprend sans peine que le principal problème des dirigeants angolais n’est pas l’accès aux financements.

Pas à l’abri

En revanche, les autorités ont désormais pris conscience des risques que présente cette mono-industrie. Fin 2008 et début 2009, la baisse subite du cours international de l’or noir, qui a atteint 38 dollars (moins de 30 euros) le baril, a servi d’avertissement. Soudain confronté à un problème de liquidités, le gouvernement angolais s’est retrouvé avec 7 milliards de dollars d’arriérés. « Les réserves de change se sont effondrées, passant de 20 à 12 milliards de dollars en quelques mois. On a vu un cercle vicieux de licenciements et de restrictions de crédit se mettre en place, se souvient Aurélien Mali, analyste senior chez Moody’s. Mais cette crise a sans doute été l’occasion pour l’Angola de réaliser qu’il n’était pas à l’abri de difficultés financières et de prendre des mesures pour que cela ne se reproduise pas. »

Cliquez sur l'image.Le pays a, de fait, fluidifié ses relations jusqu’alors tendues avec le FMI et a demandé à être évalué par les grandes agences de notation. « L’Angola a fait son entrée sur la carte des investissements internationaux », se félicite Victor Lopes. Dans le cadre d’un accord de vingt-huit mois négocié avec le FMI, la gestion des finances publiques s’est considérablement assainie. Le budget 2012, exécuté par trimestre, a été calculé sur l’hypothèse très prudente d’un baril à 77 dollars – alors qu’il dépassera probablement les 90 dollars -, les comptes des sociétés publiques ont été publiés, le matelas des réserves de change considérablement gonflé. Surtout, le jeune fonds public consacré au financement des infrastructures est dorénavant doté de revenus équivalents au produit de la vente de 100 000 barils/jour.

« Notre pays ne peut pas continuer à vivre uniquement de l’exploitation du pétrole s’il veut s’assurer une croissance à deux chiffres et se développer durablement », souligne José Severino, président de l’Association des industriels d’Angola. Désormais alerté sur cette réalité, le pouvoir politique a amorcé un processus de diversification de l’économie. « Le secteur non pétrolier a enregistré une croissance de 13 % entre 2002 et 2011, soit davantage que le secteur pétrolier », fait remarquer Aurélien Mali.

Deux filières sont particulièrement ciblées : les mines et l’agriculture. Pour ce qui est de la première, la découverte en août d’un énorme diamant de 131,5 carats par une compagnie australienne, Lonrho Mining, dans le Nord-Est, a mis en émoi les industriels. En 2011, selon les données collectées par le Kimberley Process, il a exporté 8,6 millions de carats, vendus pour 1,15 milliard de dollars. La principale mine du pays, à Catoca, près de la frontière avec la RD Congo, est considérée comme l’une des plus grandes au monde. Les réserves de cuivre, de fer, d’or ou d’uranium ne sont pas non plus négligeables et la récente signature d’un nouveau code minier aligné sur les standards internationaux a rassuré les investisseurs.

« Mais le secteur où les perspectives sont les plus positives est sans doute l’agriculture », estime Edward George, analyste chez Ecobank. En 1974, l’Angola était le troisième exportateur mondial de café. Depuis, la guerre a provoqué un effondrement de la production agricole. « Le pays dispose de 35 millions d’hectares de terres cultivables, dont 10 % à peine sont utilisées », souligne Aurélien Mali. « Il ne redeviendra peut-être pas un grand producteur de café, mais il a une carte à jouer sur des produits comme le sucre, l’huile de palme ou encore le manioc, dont il est déjà le sixième producteur mondial », renchérit Edward George.

En 2012, la production d'or noir devrait s'établir à 1,8 million de barils par jour en moyenne. © Marcel Mochet/AFPInfrastructures

Pour moderniser l’agriculture, comme pour développer une industrie moribonde (environ 6 % du PIB), l’Angola a encore de nombreux défis à relever. Le pays, largement aidé par des entreprises chinoises, a massivement investi dans ses infrastructures. Routes, ponts, aéroports et voies de chemin de fer ont bénéficié de 42 milliards de dollars d’investissement public entre 2002 et 2011, selon l’économiste Alves da Rocha. Le nouvel aéroport de Luanda, construit par une société chinoise et dont la livraison est prévue pour 2014, devrait accueillir 13 millions de passagers, ce qui en fera un des tout premiers du continent avec Johannesburg et Le Caire. Mais le simple accès à l’eau ou à l’électricité reste problématique. Pour une usine d’emballages du sud-africain Nampak ouverte en 2011, combien de projets mort-nés et de semi-échecs faute d’accès à l’énergie ? En témoigne le plan de développement agro-industriel de 15 villages modèles dans la province de Kwanza Sul, lancé dès 2003 sous le nom d’Aldeia Nova… et resté paralysé. En fin de compte, l’Angola continue d’importer à peu près tout ce qu’il consomme, « même des oeufs ! » s’étouffe presque Edward George. « C’est un problème pour nous, qui devons importer la majorité du matériel et des produits dérivés nécessaires à la production », confirme Arlindo Carvalho, le directeur de production portugais de Cimad, une entreprise spécialisée dans le commerce et l’industrie du bois.

Alors que le gouvernement investit dans des projets pharaoniques, tels Nova Cidade de Kilamba, une ville nouvelle pouvant accueillir 500 000 habitants pour désengorger Luanda et dont les appartements à 125 000 dollars restent désespérément vides, un tiers de la population vit toujours avec moins de 2 dollars par jour. L’Angola est l’un des pays les plus inégalitaires au monde. L’espérance de vie stagne à 51 ans, la mortalité infantile est élevée et le niveau d’éducation, du fait de la guerre notamment, est très faible. « Le plus grand défi en Angola reste malheureusement de produire avec les Angolais. Il y a un besoin de formation énorme pour construire un capital humain », soupire Arlindo Carvalho. « Notre grande difficulté aujourd’hui, renchérit Antonio Cristovao, qui dirige le groupe familial Ritek Investment, ce sont les ressources humaines, c’est-à-dire trouver des cadres, des économistes, des juristes et des ingénieurs capables de mener les affaires. »

Cliquez sur l'image.Une petite élite

De ce fait, et à cause de la corruption persistante, le climat des affaires n’est pas encore propice au développement d’un véritable secteur privé. « Les banques sont trop centrées sur les activités liées aux importations et pas assez sur le crédit pour développer l’économie réelle, regrette José Severino. Nous avons besoin d’investir davantage dans le secteur privé pour développer les petites et moyennes entreprises qui donneront de l’emploi aux Angolais et créeront de la richesse locale. » Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le chômage touche un quart de la population. Le pouvoir économique et les richesses restent entre les mains d’une petite élite, une réalité symbolisée par les succès de la fille du président, Isabel dos Santos, considérée par le magazine Forbes comme l’une des femmes les plus riches d’Afrique. « L’Angola est une forme de cryptocratie, il faut y être établi depuis au moins dix ans pour comprendre qui sont les différents acteurs », tranche Edward George. Le rapport « Doing Business » 2012 de la Banque mondiale classe le pays au 172e rang sur 183, derrière le Zimbabwe. Et en 2011, selon l’indice de perception de la corruption mesuré par l’ONG Transparency International, le pays arrivait 168e sur 182, à égalité avec la Libye, le Tchad et la RD Congo. Preuve du chemin qu’il reste à parcourir.

BARONS DES AFFAIRES

Armindo César
Le magnat

Il est l’un des plus grands patrons angolais. L’activité de son groupe, César & Filhos, a commencé il y a près de vingt ans avec la société Maboque, spécialisée dans la restauration, l’hôtellerie et le catering. Puis elle s’est diversifiée : pêche, grande distribution, formation professionnelle…

Bento Kangamba
Le jeune entrepreneur

Président du club de football Kabuscorp, Bento Kangamba incarne une nouvelle génération. Ce membre du parti au pouvoir (le MPLA), qui tire ses fonds des diamants, selon la presse angolaise, investit dans le sport et, depuis peu, dans la production musicale.

Sebastião Lavrador
Le financier

Ex-gouverneur de la Banque centrale, Sebastião Lavrador est un technocrate. Il est aujourd’hui à la tête de Banco Sol, la plus grosse banque à capitaux angolais en dehors de celles détenues par l’État et par Sonangol, la compagnie nationale pétrolière.

José Severino
Le patron des patrons

En tant que président de l’Association des industriels d’Angola (AIA), José Severino représente ses homologues chefs d’entreprise. Très bon connaisseur du pays et de son économie, il possède notamment des exploitations agricoles.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte