Energie

La Tunisie met les gaz

Les gisements offshore de Miskar (photo) et Hasdrubal, exploité par le britannique BG, assurent 60% de la production nationale. DR

Les gisements offshore de Miskar (photo) et Hasdrubal, exploité par le britannique BG, assurent 60% de la production nationale. DR ©

S'il en recèle moins que ses voisins, la Tunisie n'est pas dépourvus d'hydrocarbures. Prévu pour 2014, le nouveau projet d'Etap, OMV et Eni devrait doper la production.

Comparée à ses voisins, la Tunisie n’est pas exactement la terre promise des majors pétrolières. En 2011, sa production d’hydrocarbures (7 % du PIB) a atteint 6,4 millions de tonnes-équivalent pétrole (TEP), contre 206 millions pour l’Algérie. Et même si la trentaine de compagnies présentes dans le pays font régulièrement des découvertes, ses réserves baissent depuis le début des années 2000.

L’annonce par Shell du forage en 2013 de quatre puits au centre de la Tunisie est donc une nouvelle de taille pour le secteur. Leurs emplacements, aux environs de Kairouan, Sousse, El-Jem et Sfax Nord, seront précisément déterminés après les opérations de prospection, a déclaré Mounir Bouaziz, vice-président Afrique du Nord et Moyen-Orient de la société. Selon le ministre de l’Industrie, Mohamed Lamine Chakhari, le montant des investissements s’élèverait à 250 millions de dinars (124 millions d’euros).

« Shell va rechercher du gaz de schiste. Après avoir prélevé une carotte, il faudra l’analyser, déterminer si la roche est fracturable, puis estimer la rentabilité économique des gisements. Cette étape pourrait prendre deux ans », explique Ridha Hammami, directeur de la production au sein de l’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières (Etap). À ce stade, le pétrolier ne dispose cependant d’aucune certitude, ses espoirs s’appuyant entre autres sur des analogies géologiques avec, par exemple, l’Algérie. In fine, l’exploitation de ce gaz non conventionnel ne devrait pas démarrer avant une dizaine d’années. La société américaine Anadarko tente également d’obtenir un permis dans le Sud pour effectuer des recherches à de grandes profondeurs.

Les investissements dans l’exploration pourraient doubler cette année.

Pour l’heure, le pays n’extrait que du gaz naturel, dont 60 % proviennent des gisements exploités par le britannique BG à Miskar et à Hasdrubal (ce dernier étant opérationnel depuis fin 2009). Mais un autre projet, nommé Gaz du Sud (ou South Tunisia Gas Project, STGP), va à court terme doper la production. Réunis au sein de STGP, Etap (50 % des parts), l’autrichien OMV (33,33 %) et l’italien Eni (16,66 %) annoncent à terme pouvoir traiter chaque jour jusqu’à 4 millions de mètres cubes, soit près de 50 % de la capacité actuelle du pays. Au total, l’investissement nécessaire à ce projet avoisine 1,6 milliard d’euros. Reste que l’entrée en production, prévue pour 2014, a plusieurs fois été repoussée, notamment en raison du retard pris dans la décision d’implantation des unités de traitement. Elles devaient être installées à Gabès, mais les communautés de Tataouine ont exigé qu’elles soient localisées près des gisements afin de favoriser le développement régional.

Potentiel

L’intérêt des compagnies pour le gaz tunisien n’est pas étonnant. « Il y a au niveau mondial un engouement pour cette énergie fossile, plus abondante que le pétrole et rejetant moins de gaz à effet de serre que le charbon », souligne Francis Perrin, président de Stratégies et politiques énergétiques et directeur de la publication de Pétrole et gaz arabes. « Selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis, la Tunisie reste sous-explorée », explique Ammar Jelassi, enseignant à l’Oil and Gas Institute of Monastir. D’après une étude de l’Agence internationale de l’énergie publiée en 2011, le potentiel du pays en gaz de schiste est estimé à 410 millions de TEP, 40 % au-dessus de celui du Venezuela. Les réserves de gaz conventionnel seraient d’environ 120 millions de TEP.

Pour exploiter son potentiel et retrouver une balance énergétique positive, le pays devra cependant convaincre les compagnies d’augmenter le rythme de leurs investissements dans l’exploration et le développement de nouveaux gisements. En 2011, à la suite de la révolution, ceux-ci ont reculé de 14 %. Mais les pouvoirs publics prévoient qu’ils pourraient quasiment doubler cette année et atteindre 1,3 milliard d’euros.

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