Politique

Israël – « Les idéologies des Jeunes des collines et des ultraorthodoxes sont radicalement opposées »

Arrestation de l'extrémiste Yishai Schlissel à la gay pride de Jérusalem, le 30 juillet 2015.

Arrestation de l'extrémiste Yishai Schlissel à la gay pride de Jérusalem, le 30 juillet 2015. © Sebastian Scheiner/AP/SIPA

Les récentes attaques perpétrées en Israël par des extrémistes juifs font éclater au grand jour la violente idéologie qui anime certains groupes. Jean-Yves Camus, spécialiste du sionisme dresse pour Jeune Afrique le portrait des mouvements radicaux et ce qui les différencie.

Les actes violents perpétrés par des extrémistes juifs se sont multipliés au cours des dernières semaines. Fin juillet, un bébé palestinien est mort brûlé vif dans l’incendie de sa maison attaquée par des colons israéliens près de Naplouse (Territoires occupés). Quelques jours plus tard, un autre fanatique religieux a agressé à coup de couteaux plusieurs personnes durant le défilé de la Gay Pride à Jérusalem, tuant une personne et faisant plusieurs blessés. L’occasion pour Jean-Yves Camus, politologue à l’institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris, spécialiste d’Israël et du sionisme de revenir sur les différences entre les groupes radicaux présents en Israël. 

Jeune Afrique : Que sait-on des extrémistes juifs à l’origine de ces violences ?

Jean-Yves Camus : Très peu d’informations filtrent au sujet de cette enquête mais d’après ce que nous savons, les auteurs de l’incendie appartiennent au mouvement des Jeunes des collines. Un mouvement informel de jeunes qui s’installent de façon assez sauvage sur l’ensemble du territoire désigné comme la terre juive par la Torah. Ils n’appartiennent à aucune tendance particulière du spectre de l’orthodoxie juive et restent difficiles à suivre pour les autorités. L’idéologie du mouvement est proche du messianisme. Les jeunes des collines pensent ainsi que la venue du Messie est proche et qu’avec leurs actions, ils participent à son retour dans le royaume juif.

Quelle distinction faire entre l’attaque de la Gay Pride et l’incendie de la maison de Palestiniens ?

L’attaque de la Gay Pride a été perpétrée par une personne qui venait de sortir de prison et qui avait déjà commis des actes semblables dix ans auparavant. L’attaque revêt une dimension religieuse et morale puisque l’agresseur poignarde des personnes qu’il estime participer à une activité contraire à ce que la loi juive impose. De leur côté, les Jeunes des collines qui s’attaquent aux Palestiniens sont dans une autre démarche, qui est idéologique.

Tous deux dévoient le judaïsme par leurs actions illégales. Dans la version la plus cohérente du judaïsme orthodoxe, la seule façon d’appeler le Messie est de prier et de respecter la loi. 

Quel est le rapport de ces orthodoxes à l’État hébreu ?

Les jeunes des collines sont issus d’une tendance du sionisme religieux et pour eux l’État d’Israël ne va pas assez loin.

Par contre, on ne sait pas grand chose de l’agresseur de la Gay Pride. D’après son allure, il appartiendrait plutôt à cette fraction de l’orthodoxie juive qui se déclarerait volontiers antisioniste. Dans ces milieux antisionistes, cet État déplaît en raison de ses valeurs laïques fondées sur la modernité absolue, mais on compose avec. 

Mais, l’antisionisme a changé de signification ces dernières années. Et les partis ultraorthodoxes ont fait un certains nombre de compromis : s’ils ne sont toujours pas d’accord avec les valeurs fondamentales de l’État, il ne les combattent plus de l’intérieur.

Les obstacles moraux et juridiques ne les arrêtent pas

Qu’est-ce qui distingue les Jeunes des collines des ultraorthodoxes ?

Les Jeunes des collines sont principalement localisés dans les communes de Judée au-delà de la ligne verte et viennent des milieux urbains. Ils sont en rupture avec la génération précédente de leurs parents qui est une génération plus organisée politiquement. Ils vivent dans un monde à part, isolés géographiquement.

Leur objectif est d’aller dans les avants postes et de gratter toujours plus de territoire sur un espace qui reste extrêmement confiné. Ils sont dans une optique de pionniers persuadés de la valeur messianique de leurs actions. À partir de là, les obstacles moraux et juridiques ne les arrêtent pas. Ils sont éparpillés en petits groupes, et sont en tout, quelques centaines de personnes.

À l’opposé, la politique des ultraorthodoxes n’est pas une politique du pire qui conduit à l’affrontement général, ils sont dans une optique simple qui est de continuer à vivre leur vie à l’écart du reste de la société israélienne pour se vouer à l’étude des textes et à la prière.

Ils condamnent fermement les attaques qui peuvent être perpétrées par les Jeunes des collines ou par d’autres extrémistes. Les rabbins réagissent mais ne le font qu’à destination de leurs fidèles. Le fait de communiquer faiblement en dehors de leur communauté est sans doute une de leurs grandes erreurs, mais le sujet fait de plus en plus l’objet de discussions.

Ils s’interrogent sur la façon dont ils pourraient faire entendre leur voix et ne plus être victime de cette image qui leur colle à la peau, de personnes violentes et complaisantes avec le milieu des Jeunes des collines. Car, les idéologies des deux groupes sont radicalement opposées.

Certains orthodoxes estiment que la création même de l’État d’Israël est contraire à la tradition religieuse

Les ultraorthodoxes vivent en communauté, plutôt à l’écart du reste de la société. Mais participent-ils à la vie politique du pays ?

Plusieurs groupes ultraorthodoxes ont choisi de participer aux élections. On retrouve parmi eux, le Sahs, parti séfarade ou le Degel HaTorah, plutôt lié à l’ultraorthodoxie ashkénaze. Néanmoins, d’autres groupes au sein de l’orthodoxie font le choix de ne pas participer du tout au processus électoral.

Ils refusent par exemple tout financement de l’État ou parfois même de détenir la nationalité israélienne. Car, pour eux, la création même de l’État d’Israël est contraire à la tradition religieuse. On estime à 10 000 personnes cette aile radicale, la plus vivement opposée à l’État hébreu. Cependant, les grandes obédiences de l’orthodoxie sont dans un compromis et considèrent qu’il faut participer au processus électoral pour représenter leurs intérêts lors des négociations au sommet de l’État.

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