Société

L’argent des Africains : Brice, conducteur de taxi-moto au Bénin – 213 euros par mois

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Mis à jour le 22 septembre 2015 à 14h56
Brice Hountondji est "zémidjan" à Cotonou depuis 13 ans.

Brice Hountondji est "zémidjan" à Cotonou depuis 13 ans. © Peter Johnson pour J.A.

Brice Hountondji, 54 ans, est l’un des 45 000 zémidjan (taxis-motos) de Cotonou, capitale économique du Bénin. Ses revenus mensuels s’élèvent à 140 000 francs CFA (213 euros). Pour notre série sur l’argent des Africains, il a passé au crible toutes ses dépenses.

Il a Cotonou dans la tête, tel un navigateur satellitaire automatisé. Les nombreuses rues pavées de la capitale économique béninoise lui donnent du fil à retordre. Mais Brice Hountondji sait qu’il doit sa respectabilité à sa moto vieillie par les innombrables courses dans les coins et recoins de sa « ville adorée ». Aujourd’hui, explique-t-il, « je suis mon propre chef et je n’ai plus à subir les humeurs d’un quelconque patron ».

Parce qu’avant de se reconvertir en taxi-moto, Brice a été enseignant dans une école primaire privée de Calavi, un quartier populaire de Cotonou. À l’époque, il gagne 40 000 francs CFA (61 euros) et assure des cours particuliers qui lui permettent de porter la cagnotte mensuelle à 70 000 francs (107 euros).

En août 2002, l’établissement ferme ses portes et Brice entame une traversée du désert. « J’ai perdu l’ensemble de mes revenus car les parents préfèrent généralement confier les cours particuliers de leurs enfants aux professeurs titulaires de classe », explique-t-il.

Par chance, il a investi quelques années plus tôt 1000 euros dans l’achat d’une moto pour faciliter ses déplacements. Après trois mois de chômage, l’homme au physique d’athlète décide de retrousser ses manches et de se lancer dans le « zém ». Depuis, la célèbre tunique jaune des taxis-motos de Cotonou est devenue sa tenue de travail et lui permet de doubler ses revenus antérieurs qui s’élèvent désormais en moyenne à 213 euros dans un pays où le salaire minimum interprofessionnel garanti est de 60 euros.

Dépenses familiales : plus de 110 euros par mois

Brice Hountondji a une seule épouse et surtout un seul enfant, une fille de 19 ans inscrite depuis 2014 à l’université d’Abomey-Calavi (UAC) à Cotonou. « Par ces temps aussi durs, j’ai souvent l’impression d’être un privilégié car je n’ai pas une très grande famille à nourrir », indique-t-il. Son autre chance –et pas des moindres-, c’est de loger dans une maison familiale, héritée de son père, et donc de n’avoir aucune charge de loyer à supporter mensuellement. Les factures d’eau, d’électricité et d’enlèvement des ordures ménagères sont payées avec les loyers versés par les deux locataires de la maison qui paient chacun 38 euros.

Brice consacre près de 60 euros par mois en frais alimentaires pour nourrir sa famille et verse un plus de 20 euros d’argent de poche à sa « jeune étudiante ». Pourtant, dans une ville où la vie est de plus en plus chère, la somme est insuffisante. « Mon épouse qui tient un petit commerce d’alimentation générale depuis trois ans au grand marché de Dantokpa m’aide énormément, surtout en ce qui concerne les dépenses de notre fille », avoue Brice. Les bénéfices mensuels de la dame peuvent tourner autour de 80 euros.

Et une fois par mois, le « zémidjan » se rend à Lokossa (102 km de Cotonou) pour voir sa mère âgée de 82 ans. Et à chaque fois, il lui apporte des fruits, des conserves et un peu d’argent, le tout pour une somme qui dépasse généralement les 30 euros. « Pour rien au monde je ne supprimerai cette dépense car c’est une bénédiction pour ma famille et moi », explique d’un air très sérieux Brice.

Entretien du matériel et investissement : 55 euros

Brice a fait sienne une sagesse très populaire en Afrique qui ordonne de prendre méticuleusement soin de son instrument de travail. Ainsi, une fois par mois, il effectue pour 30 euros une vidange de sa moto et quelques petits travaux d’entretien afin de maintenir en bon état l’engin. « C’est une dépense très importante », insiste l’ancien instituteur.

Chaque mois, Brice confie 25 euros à une importante banque coopérative qui lui permettra d’obtenir un prêt à un taux préférentiel. Car il espère « acheter rapidement une nouvelle moto » pour doubler ses revenus. Le business des « zémidjan » a été très lucratif dans le temps et a fait quelques millionnaires au Bénin. Ceux-là ont eu la bonne idée d’investir dans l’achat de plusieurs motos pour les mettre en location (work and pay). Brice sait qu’aujourd’hui il est difficile, vu le nombre de taxis-motos en ville, de faire fortune dans le métier. Mais il se dit qu’il peut au moins améliorer sensiblement son niveau de vie en mettant de l’ordre dans son business.

Loisirs et dépenses diverses : plus de 40 euros

Chaque samedi matin, Brice délaisse la tunique jaune pour endosser un maillot d’attaquant de l’ « amicale 1980 », un club d’amis qui date de ses années d’université. Après le foot, se déroule une « troisième mi-temps » récréative au cours de laquelle la bière coule à flot. Et il se débrouille toujours pour mettre 8 euros dans la caisse chaque week-end, ce qui porte la dépense à 32 euros mensuels.

Il lui reste généralement plus d’une dizaine d’euros que Brice conserve bien jalousement en cas de grande nécessité, notamment de santé. « Je ne tombe presque jamais malade, ma famille également », indique avec reconnaissance l’homme.

Pour Brice, les recettes et les dépenses semblent s’équilibrer. Mais il reconnaît à demi-mot qu’il existe toujours des « à-côtés » en entrées comme en sorties, très aléatoires qui ne peuvent figurer dans son budget mensuel.

Taux de conversion établi à 1 euro pour 655,967 F CFA, le 18 août 2015.

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