Justice

Côte d’Ivoire : Human Rights Watch critique la CPI et lui demande d’enquêter sur le camp Ouattara

Adama Fofana, dont les deux frères ont été tués dans les violences postélectorales, regarde le procès du président Laurent Gbagbo, dans sa maison d'Abidjan, le 19 février 2013.

Adama Fofana, dont les deux frères ont été tués dans les violences postélectorales, regarde le procès du président Laurent Gbagbo, dans sa maison d'Abidjan, le 19 février 2013. © Emanuel Ekra/AP/SIPA

Pour la première fois, une ONG internationale dénonce sans réserve le travail de la Cour pénale internationale en Côte d’Ivoire. Selon Human Rights Watch, il est « urgent » d'ouvrir une enquête sur le camp Ouattara, aussi soupçonné de crimes pendant les violences postélectorales qui ont fait 3 000 morts.

Depuis 2011, seules des figures du clan de Laurent Gbagbo, l’ex-président ivoirien, ont été inculpées pour les violences qui ont suivi son refus de céder le pouvoir à son rival Alassane Ouattara à la présidentielle de 2010, a dénoncé Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié mardi, 4 août.

Le même jour, Anselme Séka Yapo, dit Séka Séka, l’ex-aide de camp de l’ancienne Première dame Simone Gbagbo, a été condamné à vingt ans de prison pour le meurtre du garde du corps de Joël N’Guessan.

L’image de la CPI écorchée

« D’autres enquêtes de la CPI sont nécessaires mais la priorité donnée jusqu’ici aux exactions des forces pro-Gbagbo a profondément divisé l’opinion sur la CPI en Côte d’Ivoire », a déclaré Elizabeth Evenson, conseillère juridique de la division Justice internationale à HRW.

« De nombreuses victimes ont l’impression que la Cour a ignoré leurs souffrances », a-t-elle relevé. L’image d’impartialité de la CPI a ainsi été écorchée, ajoute l’organisation de défense des droits humains.

En mars dernier, la Cour pénale internationale avait annoncé son intention d’étendre la portée de ses enquêtes en 2015, en invoquant toutefois des contraintes financières pour justifier les délais dans l’ouverture de nouvelles procédures judiciaires.

Des témoignages d’employés de la CPI

Dans son rapport intitulé Pour que la justice compte : enseignements tirés du travail de la CPI en Côte d’Ivoire, HRW s’appuie sur de nombreux témoignages dont ceux des membres du personnel de la CPI à Abidjan et La Haye.

La décision du Bureau du Procureur de limiter ses premières enquêtes aux crimes commis par un seul camp lors de la crise postélectorale est une « maladresse », d’autant plus que d’autres membres du personnel de la CPI auraient « adopté la même approche restrictive dans leurs actions », peut-on lire dans le rapport. L’impact potentiel de la CPI en aurait donc été affaibli, conclut HRW.

Elisabeth Evenson rappelle pourtant que la mission de la CPI « consiste à rendre justice aux communautés affectées par des atrocités de masse » en ajoutant que « les représentants de la CPI devraient veiller à ce que les actions de la Cour aient une résonance dans ces communautés. »

Le procès de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, et l’ex-chef de milice Charles Blé Goudé doit s’ouvrir le 10 novembre devant la CPI à La Haye. Simone Gbagbo fait l’objet d’un mandat d’arrêt par la CPI, mais Abidjan refuse son transfert.

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