Société

Tests ADN : des Brésiliens sur les traces de leurs ancêtres africains

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L'actrice brésilienne Zézé Motta découvre qu'elle a des ancêtres Nigérians

L'actrice brésilienne Zézé Motta découvre qu'elle a des ancêtres Nigérians © Vanderlei Almeida/AFP

Après la généalogie, c’est au tour des tests ADN de susciter l’engouement. Facile d’accès, ils permettent de retracer les origines de ses ancêtres. Et parmi ceux qui sautent le pas, beaucoup d’Afro-Américains dont l’histoire a effacé tout lien avec le continent d’origine.

Au Brésil, le réalisateur Carlos Albeto a lancé un projet fou, celui de suivre 150 de ses compatriotes noirs dans leur quête d’identité. Tous font un test ADN dont ils découvrent les résultats face à la caméra, avant d’embarquer avec l’équipe de tournage dans le pays d’origine de leurs ancêtres. Dans tous les cas, c’est une immense surprise qui attend les participants. Les origines que chacun imaginait avoir sont soudainement balayées par les résultats du test. L’identité de ces afro-descendants à la recherche de leurs racines est bouleversée.

« Si nos amis Brésiliens descendants d’Européens savent d’où viennent leurs ancêtres, d’Italie, du Portugal ou d’Espagne, ce n’est pas notre cas », explique un des participants au projet Brésil ADN Afrique. La traite des esclaves a emmené plus de cinq millions d’Africains sur les côtes brésiliennes et les esclavagistes se sont efforcés d’effacer toute trace de leur région d’origine. Remonter les générations en utilisant les actes d’état civil ou la généalogie sont des solutions stériles pour leurs descendants, tandis que les tests ADN se présentent comme une alternative plus efficace.

La science pour remonter le fil de l’histoire

« La science est ce qui nous reste pour remonter le fil de notre propre histoire », explique Zuru Araujo, autre participant au projet, dans un extrait de la série documentaire. Il ajoute : « On est identifié jusqu’à aujourd’hui au Brésil en tant que fils et descendants d’esclaves, mais la vérité est que nous sommes fils et descendants d’Africains ». Pour revendiquer son héritage, il s’en remet donc à la génétique. Et il découvre, à sa grande surprise, que sa famille vient du peuple Tikar, établi au Cameroun.

L’engouement pour les tests ADN, faciles d’accès sur internet et à un prix abordable, ne touche pas seulement les descendants d’Africains, mais ceux-ci sont au centre d’un vrai phénomène sur le continent américain. African Ancestry, Ethno Ancestry, Gene Tree… De nombreux laboratoires – pour la plupart américains, allemands ou suisses – font la publicité du test sur le net. Un kit est envoyé au client qui doit le retourner avec un échantillon de salive. À partir de là, le génome de l’individu est comparé à une base de données contenant ceux de différents groupes ethniques, permettant alors de situer la zone géographique de provenance des ancêtres de l’individu en question.

Marché juteux

Pour les laboratoires, le marché est juteux, et ceux-ci n’hésitent pas à rivaliser à coup de promotions sur internet. Les kits coûtent en moyenne entre 100 et 300 dollars. Aux États-Unis, les sociétés proposent même à leurs clients de retrouver des personnes pouvant avoir un lien de parenté avec eux, sur une carte géo-localisée.

Mais la fiabilité des tests doit être relativisée. Dès que les populations d’une région se sont beaucoup mélangées, il devient beaucoup plus difficile de déterminer la région d’origine des individus qui la composent. Ainsi le test donne en général un profil génétique multiple, mêlant différentes composantes de l’ADN : par exemple à 60% sud européen et à 40% africain. Au final, c’est plutôt un calcul de probabilité qui s’établit.

Problèmes éthiques en France

Par ailleurs, les tests ADN peuvent poser problème. Pour des raisons juridiques et éthiques, il est notamment interdit aux laboratoires français d’en commercialiser. Le séquençage du génome n’est autorisé que dans le cadre d’études bio-médicales ou de décisions de justice. Pour une recherche de paternité par exemple, le test doit être ordonné par un juge.

Une des raisons de ces restrictions se trouve dans la gestion des informations génétiques des personnes, même si celles-ci sont consentantes, le fichage ethnique étant interdit en France. Autre argument : le fait que des tests puissent être faits à l’insu des personnes concernées. Autant de raisons qui expliquent que la Société française de génétique humaine (SFGH) craigne les conséquences sociales et politiques de ces tests.

Toutefois, rien n’empêche de commander le kit à l’étranger pour contourner la règle.

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