BTP & Infrastructures

RD Congo : la bataille de Matadi

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À 150 kilomètres de l'embouchure du fleuve Congo, le port de Matadi a une position hautement stratégique.

À 150 kilomètres de l'embouchure du fleuve Congo, le port de Matadi a une position hautement stratégique. © Muriel Devey

Principal point d’entrée et de sortie des marchandises du pays, le port de Matadi doit investir pour rester dans la compétition face à la concurrence régionale.

Engorgement, tracasseries administratives, effectifs surabondants et services pléthoriques (bien plus que les quatre prévus par le décret présidentiel de 2002), taxes redondantes… Principal port maritime du pays, Matadi, situé sur le fleuve Congo (à 150 km environ de son embouchure), dans la province du Bas-Congo, est devenu un véritable goulet d’étranglement dans la chaîne de transport de l’ouest du pays, et un casse-tête pour ses utilisateurs.

Un constat d’autant plus préoccupant que le trafic est en constante augmentation (notamment les importations) et que se concrétise le projet de pont route-rail Kinshasa-Brazzaville qui, si aucune solution n’est trouvée, pourrait compromettre l’avenir du port au profit de celui de Pointe-Noire, au Congo-Brazzaville.

Afin d’assainir la situation de Matadi à court terme, des mesures doivent donc être prises, qui portent sur l’instauration d’une gestion rationnelle et transparente du port, sur le renforcement de son informatisation (afin d’assurer la traçabilité des marchandises) et – ainsi que l’a recommandé le Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, fin juillet – sur l’élimination des taxes et services illégaux, qui contribuent à en faire l’un des ports les plus chers au monde.

Matadi ayant été conçu à l’origine pour le transit et non pour le stockage, son engorgement reste l’un des problèmes les plus complexes à résoudre, malgré les travaux entrepris pour gagner des espaces d’entreposage et l’arrivée, en mars dernier, de nouveaux engins de manutention pour le chargement et le déchargement des conteneurs. Actuellement, seuls sept quais sur dix sont opérationnels, et le délabrement du chemin de fer, qui ralentit l’écoulement des marchandises vers la capitale, n’arrange rien. Pour pallier le problème, des opérateurs ont fait aménager de petits ports secs aux abords de Matadi, mais ce n’est qu’une solution transitoire. Pour faire face à la croissance du trafic, il faudrait en installer aussi à Kinshasa, à Mbuji-Mayi, à Kisangani et à Goma.

MatadiInquiétude

À terme, l’issue serait de construire un port en eau profonde à Banana (également dans la province du Bas-Congo) pour désengorger Matadi. Une réalisation qui permettrait aussi de voir venir avec plus de sérénité le projet de pont route-rail entre Kinshasa et Brazzaville, qui intègre le prolongement du chemin de fer entre Kinshasa et Ilebo, une exigence des autorités kinoises.

Pour l’heure, le projet de pont route-rail (dont les études de faisabilité sont en cours sur un financement de la Banque africaine de développement – BAD) inquiète les Congolais de RD Congo, en particulier ceux de la province du Bas-Congo, qui craignent un détournement du trafic du port de Matadi, mais aussi du port de Boma (situé en aval) au profit de Pointe-Noire. C’est pourquoi, tout en reconnaissant le bien-fondé de cet ouvrage pour son rôle d’intégrateur régional et continental, ses pourfendeurs posent comme préalable à sa réalisation la création du port de Banana. « C’est le seul moyen pour la RD Congo d’être à armes égales avec le Congo et d’entrer en compétition loyale avec son port », martèle un opérateur congolais.

Il est vrai qu’en la matière la concurrence se renforce. À Malabo, en Guinée équatoriale, les travaux du port en eau profonde sont en voie d’achèvement. Luanda, en Angola, envisage un ouvrage du même genre à Soyo, en face de Banana… Reste à savoir pourquoi le projet du port de Banana n’a pas encore vu l’ombre d’un début de commencement. Ce n’est pas faute de propositions. Depuis plus de dix ans en effet, des sociétés de diverses nationalités font des offres et proposent même de moderniser Boma et Matadi. Mais rien. Est-ce seulement un problème de financement ? 

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