Société

Immigration : Calais, un nouveau Melilla sur les côtes de la Manche ?

Les tentatives de passage en force de migrants se multiplient en France à l’entrée du Tunnel sous la Manche qui mène au Royaume-Uni. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle qui prévaut au Maroc, à l’entrée des enclaves de Ceuta et Melilla.

Mis à jour le 30 juillet 2015 à 13:21

Des migrants sur le site d’Eurotunnel à Calais pour tenter de passer en Grande-Bretagne. © AFP/Philippe Huguen

Des migrants ont de nouveau effectué plusieurs centaines d’intrusions dans la nuit de mercredi 29 à jeudi 30 juillet sur le site du tunnel sous la Manche à Coquelles, à quelques kilomètres de Calais, dans le nord de la France. Leur objectif : rejoindre le Royaume-Uni, distant de 50 kilomètres.

Les jours précédents, les tentatives avaient été encore plus nombreuses, environ  1 500 à 2 000 selon les associations, chaque nuit, sur le site de 650 hectares, totalisant 28 kilomètres de clôture. La sécurisation du site a été « très bien coordonnée avec les nouvelles équipes [des forces de l’ordre] arrivées dès hier [mercredi] soir », a souligné une porte-parole de l’exploitant du tunnel. Pour renforcer la sécurité, le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé mercredi l’arrivée de 120 policiers supplémentaires, en renfort du contingent de 300 personnes déjà déployées.

De quoi, sans forcer la comparaison, rappeler l’actualité de Melilla, où, chaque semaine, des centaines de migrants tentent d’escalader les hautes barrières entourant l’enclave, surveillée par environ 600 gardes civils espagnols.

Des tentatives désespérées

La situation aux alentours de Calais vire parfois au drame, comme dans la nuit de mardi 28 à mercredi 29 juillet lorsqu’un clandestin soudanais a trouvé la mort, portant à neuf le nombre de décès sur le site depuis début juin. Bien souvent, les migrants tentent en effet de monter à bord des camions en marche lorsque, ce qui entraîne de nombreuses blessures et décès.

Ces assauts massifs apparaissent pour le moins désespérés. Si le mode opératoire est peu ou prou le même qu’à l’abord des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla et vise à déborder les forces de sécurité, ces tentatives n’ont, sur les côtes de la Manche, quasiment aucune chance de réussite.

Entre les installations d’Eurotunnel en France et le débouché au Royaume-Uni, il faut traverser plus de 50 kilomètres de galerie. Un obstacle tout aussi infranchissable que le détroit du Pas-de-Calais et son bras de mer de 32 kilomètres, l’un des plus fréquentés du monde.

Une escalade à craindre

La problématique des réfugiés à Calais, qui dure depuis 1995, pourrait donc avoir pris une nouvelle tournure avec des assauts de plus en plus massifs depuis quelques mois.

De plus, le renforcement des capacités de contrôle à la frontière force les migrants à prendre toujours davantage de risques afin de forcer le passage. De quoi craindre une escalade, tant le flux de migrants, qui sont pour partie déjà passés par la filière méditerranéenne, libyenne ou marocaine, ne semble pouvoir être jugulé sur le court terme.