Justice

Libye : la condamnation à mort de Baghdadi al-Mahmoudi suscite le malaise en Tunisie

L'ex-Premier ministre libyen Al-Baghdadi Al-Mahmoudi le 6 mai 2010 . © Hrvoje Polan/AFP

La condamnation à mort, mardi, par un tribunal de Tripoli, de Baghdadi al-Mahmoudi, suscite un début de controverse à Tunis. L'ancien Premier ministre de Mouammar Kadhafi y avait été détenu avant d'être extradé en Libye dans des conditions peu glorieuses.

La mort. Tous s’attendaient à cette sentence, prononcée mardi 28 juillet par un tribunal de Tripoli. Baghdadi al-Mahmoudi peut-être même plus que les autres alors qu’il venait d’échapper, la semaine dernière, à une tentative d’empoisonnement à la prison d’Al-Hadhba à Tripoli où il est détenu depuis 2012. Selon l’un de ses avocats, Me Mehdi Bouaouaja, le dernier Premier ministre de Khadafi serait résigné sur son sort au point de s’en remettre à la miséricorde divine comme il le fait déjà pour le cancer dont il souffre.

Une affaire obscure

Il faut dire que rien dans l’affaire de Baghdadi al-Mahmoudi n’a suivi un cours normal. Son dossier, alors qu’il est civil, a été joint à ceux des fils Kadhafi et de plusieurs anciens hauts responsables sécuritaires. Il était accusé de corruption, appel à la discorde entre tribu, incitation au meurtre et recrutement de  mercenaires. Des charges très lourdes, mais le collectif d’avocats en charge de sa défense, représenté par Me Mabrouk Korchid, estime que les preuves de sa culpabilité n’ont pas été apportées et que les droits de la défense n’ont pas été respectés.

Cette dernière a en effet connu des difficultés à accéder au dossier instruit en Libye et n’a pu présenter aucun témoins. Face à ce qu’ils estiment être un « procès illégal », les avocats comptent désormais engager des poursuites en Libye et à l’échelle internationale, dont un recours auprès de la Cour pénale internationale (CPI).

La Tunisie en position délicate

L’affaire embarrasse les dirigeants tunisiens et plus particulièrement Béji Caïd Essebsi, qui, lors de son mandat de Premier ministre en 2011, avait maintenu Baghdadi al-Mahmoudi en détention – alors même que les poursuites pour entrée illégale sur le territoire tunisien avaient été abandonnées par la justice tunisienne.

Deux demandes d’extradition successives avaient été émises par la Libye à l’encontre de Baghdadi al-Mahmoudi. La première concernant son implication dans la fuite des infirmières bulgares, la seconde portant sur l’incitation au viol. Lors de la passation de pouvoir entre Béji Caïd Essebsi et Hamadi Jebali, désigné chef de l’exécutif en décembre 2011, une conversation avait été enregistrée à leur insu. Il y était question du Libyen. L’actuel président de la République tunisienne encourageait son successeur aux commandes du gouvernement à extrader l’ancien Premier ministre libyen. « En politique, il n’y a pas de principes », avait-il asséné pour expliquer un geste avant tout destiné à satisfaire Tripoli.

Béji Caïd Essebsi et Hamadi Jebali risquent, à en croire la défense de Al-Mahmoudi, de faire l’objet de poursuites internationales.

L’affaire Mahmoudi est encore plus gênante pour Hamadi Jebali, qui avait conduit son extradition dans des conditions aussi obscures que rocambolesques en mai 2012. Jebali avait longtemps soutenu que le gouvernement libyen avait donné toutes les garanties pour assurer un procès équitable et un traitement conforme aux droits de l’homme à l’ancien Premier ministre. Le gouvernement tunisien avait extradé al-Mahmoudi vers la Libye dans la plus grande discrétion, dimanche 24 juin 2012. Cette décision avait déclenché la colère du président Marzouki qui ne lui avait pas donné son aval.

Béji Caïd Essebsi et Hamadi Jebali risquent, à en croire la défense de Al-Mahmoudi, de faire l’objet de poursuites à ce sujet. Les avocat n’excluent pas en effet d’intenter une action devant un tribunal international en Angleterre ou en Belgique.

Où Sarkozy pointe son nez

Baghdadi al-Mahmoudi pourrait également mettre un ex-président français dans l’embarras. Il détiendrait des documents sur les financements qu’aurait accordés Kadhafi en 2007 dans le cadre de la campagne de Nicolas Sarkozy à la présidentielle française. Baghdadi al-Mahmoudi avait d’ailleurs, selon des documents remis à Jeune Afrique, écopé de 6 mois de prison pour avoir autorisé en 2007 le départ des infirmières bulgares sans autorisation préalable de Mouammar Kadhafi. Autant d’affaires qui font de Baghdadi al-Mahmoudi un témoin clé des relations franco-libyennes.

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