Société

Bahreïn : Haïfa Moussaoui, une culturiste arabe à la recherche de reconnaissance

Haïfa Moussaoui exhibe fièrement sa sculpturale musculature. Mais cette culturiste de Bahreïn a perdu l’espoir d’être considérée comme une athlète dans son propre pays, et c’est à l’international qu’elle recherche désormais la reconnaissance.

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Mis à jour le 28 juillet 2015 à 14:47

La culturiste Haïfa Moussaoui lors d’une séance d’entraînement à Dubaï, le 26 juin 2015 . © Marwan Naamani/AFP

Du rêve d’enfant à la compétition

Au départ, rien ne prédisposait Haïfa Moussaoui à faire du culturisme sa vie. Adolescente, elle a avait des problèmes de surpoids et faisait appel à un entraîneur privé pour maigrir. « J’ai eu un problème d’obésité et le culturisme m’a plu », déclare la jeune femme de 32 ans, aux grands yeux et à la chevelure serrée en queue de cheval.

Elle se passionne alors pour ce sport, commence à dévorer les articles de presse à ce sujet et ne quitte plus la salle de musculation. Jeune, elle n’avait « ni l’expérience ni le savoir-faire pour devenir culturiste », explique-t-elle. Mais elle s’accroche et franchit, un à un, tous les obstacles.

Ce n’était pas facile de devenir culturiste dans notre société où la pratique de ce sport est si rare pour les femmes. Malgré tout, j’allais au club tous les jours. Et c’était pour moi la chose la plus importante.

Au début, sa famille l’encourage pour perdre du poids. Mais rapidement, cette dernière « commence à avoir peur » à cause des compléments alimentaires qu’Haïfa consomme. Elle ne finira à accepter cette pratique qu’en voyant la jeune athlète s’épanouir dans ce sport.

Durant 10 ans et à force de persévérance, Haïfa se perfectionne et développe sa musculature. Elle collectionne les certificats d’organisations de culturisme et travaille désormais à Dubaï dans un club spécialisé dans la perte de poids, où elle entraîne des femmes et des hommes.

Le 12 juin dernier, Haïfa participe aux championnats de l’Association internationale de culturisme naturel qui se déroulent pour la première fois à Dubaï. Elle y remporte la sixième place de sa catégorie, dans une compétition où les femmes arabes ne sont presque pas représentées. Hormis Haïfa, seule une Jordanienne participe à la compétition.

Un sport qui s’exerce à l’abri des regards

Cependant, dans le club où elle est employée, seule Shaza Jamil, une Yéméno-Pakistanaise, s’adonne au même sport. « Les hommes me demandent souvent pourquoi je fais de la musculation », raconte-t-elle en soulevant des poids, «ils disent, vous êtes une fille et vous allez ruiner votre corps ».

J’aime mon corps et c’est pour cela que je soulève des poids, assure Shaza Jamil, qui déplore que la société considère qu’une femme ne doit pas avoir de muscles.

Pratiquant le culturisme depuis un an, elle a déjà remporté la deuxième place dans la catégorie dite bikini lors d’un tournoi en Grande-Bretagne. Comme Haïfa Moussaoui, elle est venue à ce sport pour perdre du poids et, comme elle, Shaza fait face à la résistance de sa famille.

« Nous avons eu un drame à la maison, mais quand ma mère a assisté au tournoi et vu combien j’étais heureuse de mon résultat, elle l’a accepté », déclare la jeune femme brune. « Il est vrai que nous portons un bikini en compétition mais on ne fait de mal à personne. Nous ne faisons que montrer le résultat sur notre corps de tant d’efforts », ajoute-t-elle, en affirmant que le culturisme a « changé sa vie ».

Pour Haïfa, les femmes arabes s’intéressent de plus en plus à ce sport, notamment pour perdre du poids, mais répugnent à le pratiquer en raison de « résistances de la société ». Beaucoup d’hommes parmi ceux qu’elle entraîne trouvent « étrange » de la voir pratiquer ce sport mais « commencent à accepter l’idée », dit-elle.

Le Portugal, un tremplin

Haïfa, déterminée à percer dans cette voie, tente aujourd’hui de décrocher une carte professionnelle pour participer à des compétitions mondiales et adhérer à la Fédération internationale de culturisme et de remise en forme. Elle regrette pourtant de ne pouvoir représenter son pays dans les compétitions internationales et que ce sport de l’effort et de l’esthétique reste confidentiel, surtout en ce qui concerne les femmes.

Je pense que Haïfa a beaucoup de talent et de possibilités, dit son entraîneur.

L’impossibilité de percer dans les pays du Golfe pousse Haïfa à émigrer. Le jeune femme a déjà prévu de se rendre au Portugal en octobre et compte décrocher un permis de séjour afin de représenter ce pays dans les compétitions internationales, avec l’aide de son entraîneur portugais Andreia Sousa. « C’est mon rêve et je veux l’accomplir. Alors si le Portugal peut m’aider, pourquoi pas », dit l’athlète, en gardant l’espoir de pouvoir un jour défendre les couleurs de son pays.

« Je vais m’occuper de la partie administrative, l’accompagner dans les championnats et m’occuper d’elle jusqu’à ce qu’elle monte sur scène », déclare son entraîneur portugais. « Je pense que Haïfa a beaucoup de talent et de possibilités ».