Économie

Alain Malek : « Les grands cabinets vont s’installer en Afrique »

Avec sa décennie d’expérience sur la zone, Alain Malek ferait presque figure de dinosaure à l’échelle des avocats d’affaires actifs en Afrique francophone. Responsable de cette région au sein du cabinet Norton Rose, il revient sur l’évolution du métier d’avocat d’affaires en Afrique… et sur son avenir.  

Mis à jour le 26 octobre 2012 à 18:00

Pour l’associé de Norton Rose, les grands cabinets sont prêts à ouvrir des bureaux en Afrique subsaharienne.

Jeune Afrique : Paris reste-t-elle la place la plus adaptée pour exercer sur l’Afrique francophone ?

Alain Malek : Effectivement, le réflexe d’un investisseur asiatique, moyen-oriental ou occidental quand il veut investir en Afrique francophone, c’est plutôt d’aller vers Paris. C’est moins vrai pour le Maghreb et pas du tout dans le cas des dossiers Sud-Sud. Notre équipe à Casablanca a consacré environ 20 % de son temps, ces douze derniers mois, à l’accompagnement d’entreprises marocaines en Afrique subsaharienne. Pour les dossiers miniers, où l’anglais est la norme, beaucoup d’investisseurs internationaux sollicitent leur cabinet anglo-saxon.

Plusieurs cabinets internationaux se sont installés à Casablanca. Pourquoi ?

Il y a deux explications. Premièrement, l’existence d’un véritable marché domestique demandeur d’une expertise internationale et prêt à en payer le prix. Deuxièmement, la présence d’un environnement réglementaire sophistiqué, stable et lisible. Dans les ministères, on trouve désormais des hauts fonctionnaires qui comprennent le besoin d’un environnement propice à l’investissement.

La croissance du continent va-t-elle pousser les cabinets à s’implanter en Afrique subsaharienne ?

La réflexion est enclenchée. Certains pays ont un marché domestique attractif et, en plus, il est facilement envisageable de rayonner sur les États voisins, contrairement au Maghreb, où les économies sont plus cloisonnées. Les plus réactifs vont sauter le pas. Au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou en RD Congo, les voyants sont en train de passer au vert.

Les entreprises africaines vous sollicitent-elles ?

Effectivement. Quand une entreprise décide de se projeter hors de ses frontières, elle a en général compris qu’elle devait être accompagnée par un cabinet répondant à des critères internationaux. Ceux qui n’en sont pas convaincus sont souvent encore tournés vers leur marché national, où ils ont le sentiment d’être protégés car ils maîtrisent l’environnement.

Les cabinets locaux très structurés sont encore peu nombreux. Les internationaux ont-ils un rôle à jouer pour les aider à monter en gamme ?

En Afrique francophone, la différence majeure n’est pas sur la rigueur et la qualité individuelle, elle est plutôt sur la flexibilité linguistique anglais-français, le fonds documentaire, l’organisation et la capacité à établir une norme pour un service donné, ce que les cabinets locaux, à quelques exceptions, ne font pas encore. Comme ce fut le cas en Europe continentale il y a un peu plus de vingt ans, à l’arrivée des cabinets anglo-saxons, la montée en gamme se fera surtout par l’intégration à des réseaux mondiaux.

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