Santé

Alger veut doper son industrie pharmaceutique

Le laboratoire Saidal a passé un accord avec un groupe koweïtien pour la fabrication d'anticancéreux. ©

Les annonces de création d'usines pharmaceutiques se multiplient. Une bonne nouvelle pour l'État, qui espère réduire les importations de médicaments.

Saidal North Africa Holding Manufacturing démarrera ses activités en 2014. Le producteur d’anticancéreux, dont l’usine coûtera 25 millions d’euros, est sur les rails depuis le mois dernier, date de l’annonce de l’accord entre ses deux actionnaires, l’algérien Saidal et le koweïtien North Africa Holding Company. Pour l’Algérie, c’est un partenariat de plus dans le domaine de l’industrie pharmaceutique. En avril, le leader national Biopharm et le britannique AstraZeneca s’étaient associés pour édifier une usine de fabrication de traitement des pathologies cardiovasculaires, neurologiques et oncologiques (40 millions d’euros). Le mois suivant, la première pierre de l’usine de l’émirati Julphar (25 millions d’euros) était posée, fruit d’un partenariat avec la Pharmacie centrale des hôpitaux.

Pour les autorités locales, qui veulent favoriser la production en Algérie, ces initiatives sont de bon augure pour espérer réduire la lourde facture liée à l’importation de médicaments. Durant le seul premier semestre 2012, l’Algérie a payé l’équivalent de 930 millions d’euros de produits pharmaceutiques, un chiffre en hausse d’un tiers par rapport au premier semestre 2011. L’année dernière, la facture annuelle a atteint 1,5 milliard d’euros, et ce malgré les mesures d’encouragement à la production locale mises en oeuvre dans le cadre du plan quinquennal 2009-2014. Parmi les explications à ce phénomène : la hausse des prix de certains produits encore sous brevet et la pénurie de médicaments dont le pays a souffert l’an dernier.

Protectionnisme

Si le développement d’une industrie du médicament en partenariat avec des laboratoires étrangers figure parmi les voies privilégiées pour redresser la situation, l’Algérie a également mis en place des mesures protectionnistes dont, en premier lieu, l’interdiction d’importation de 800 médicaments en 2012, correspondant aux spécialités produites localement. Problème : le niveau de production nationale n’a pas permis de répondre aux besoins, d’où de fréquentes ruptures de stock. Malgré les avancées, les lourdeurs administratives (comme la lenteur de l’enregistrement d’un médicament) demeurent des entraves pour les laboratoires actifs dans le pays

La volonté de verrouiller l’importation pour encourager la production nationale n’a pas encore porté ses fruits, constate Nouha Aissat, responsable du management stratégique et de la gouvernance d’entreprise au sein du laboratoire El Kendi : « Il y a une volonté de développement pharmaceutique local, mais on attend que toutes les déclarations d’intention se traduisent concrètement. » Le gouvernement se veut optimiste, suivant en cela l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (Unop) et le Forum des chefs d’entreprises (FCE), selon lesquels le pays pourrait potentiellement doubler sa production d’ici à 2015 – de 35 % à 70 %.

Griefs 

Mais, dans un rapport sur la stratégie pharmaceutique algérienne rendu public en mai, le cabinet d’audit et de conseil Deloitte se montre nettement plus circonspect. L’étude pointe notamment le « manque de transparence quant aux procédures d’investissement et d’installation », « l’instabilité politique », la loi « imposant » à l’État de détenir « 51 % des investissements étrangers », « la lenteur du système bancaire algérien, qui freine les investissements »… Elle épingle aussi « l’absence d’une stratégie à long terme garantissant la stabilité des activités industrielles ». À ces griefs s’ajoute l’absence de raisonnement régional. « Le problème, c’est que chaque pays travaille seul. Or, pour avoir une industrie bien développée, il faut un marché minimum de 100 millions d’habitants », soulignait Chérif Lamrani, président de l’Inter-ordre des pharmaciens maghrébins, lors du Maghreb Health Summit, début octobre à Alger.

« Aujourd’hui, nous avons de l’argent : nous pouvons nous permettre d’acheter des produits chers. Mais demain, il n’en sera peut-être plus ainsi, alerte Nabil Mellah, secrétaire général de l’Unop. Nous avons devant nous une dizaine d’années pour développer notre tissu industriel et nous positionner en hub pour l’Afrique, notamment dans les biotechnologies. » Pour l’Algérie, le temps presse.

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