Racisme

Frimpong victime de racisme dans l’indifférence : la Russie peut-elle accueillir le Mondial 2018 ?

Le milieu de terrain ghanéen Emmanuel Frimpong. © Capture d'écran YouTube.

Insulté lors du premier match de la saison en Russie, le joueur ghanéen Emmanuel Frimpong a été expulsé du terrain pour avoir répondu aux cris de singe dont il était la cible. Un contexte inquiétant à trois ans du Mondial en Russie.

En Russie, à l’instar des précédentes, la nouvelle saison de foot s’annonce blanche et sèche. Vendredi 17 juillet, le Spartak de Moscou reçevait le FC Ufa (2-2) pour l’ouverture du championnat. À la trentième minute, excédé par les injures racistes dont il est la cible de la part des supporters moscovites, le milieu de terrain ghanéen Emmanuel Frimpong leur adresse alors en retour un beau majeur en l’air. Un geste qui lui vaut d’être exclu immédiatement du terrain.

Devant les journalistes, le joueur s’explique : « Quand le jeu a été arrêté, les fans [du Spartak] ont commencé à me traiter de ‘singe’, puis les cris [de singes] ont commencé. D’une manière générale, je n’ai pas de problème avec les supporters du Spartak. Je n’ai juste pas gardé mon calme, j’ai montré mes émotions et c’était une erreur. Et je m’en excuse. »

Frimpong expulsé après avoir répondu aux cris de singe.

Dans une série de messages tweetés après le match, le joueur ghanéen s’excuse à nouveau, mais souligne, inquiet : « Insulté de manière raciste pour le jeu que j’adore… et pourtant, nous jouerons une Coupe du monde dans ce pays où les Africains devront venir pour jouer au football ».

La Fifa a demandé de son côté, samedi dans un communiqué, des explications à la Fédération russe de football (RFU), et que la situation la préoccupait : « Nous avons récemment renforcé notre lutte contre les discriminations dans le football avec un nouveau système de surveillance anti-discrimination pour les qualificatifs de la Coupe du monde 2018. Nous pensons que l’organisation de la Coupe du monde offre une grande opportunité de refuser le racisme et toute autre forme de discrimination et envoie un message clair au monde dans ce domaine. »

Les instances du football insensibles

Mais mercredi, la RFU a annoncé qu’elle rejetait la plainte pour racisme du footballeur. Pour la commission de discipline de la Fédération, il n’y a pas de preuves qui valident les accusations de l’ancien joueur d’Arsenal. Selon les propos du directeur de la commission, Artur Grigoryants, rapportés par L’Équipe, « l’inspecteur du match ainsi que le délégué n’ont pas noté d’infraction disciplinaire de la part des supporters du Spartak envers Frimpong dans leur rapport de match. Il n’y a pas eu de comportement raciste. Nous n’avons pas de fondement pour prendre des sanctions disciplinaires envers le public ». Et selon la commission, les images vidéos ne viennent pas non plus attester du moindre chant raciste.

C’est bien l’ensemble des instances du football russe qui semblent insensibles à ce fléau qui pourrit les terrains. Après l’incident du 17 juillet, Frimpong n’aura pas même pu compter sur le soutien de son propre club, en la personne de son président Shamil Gazizov. « C’est un incident regrettable, a déclaré ce dernier. Il y a des gens qui auraient crié des choses. Ce sont des émotions qui disparaissent après la fin du match. Nous sommes partenaires des Rouge et Blanc (Spartak, ndlr) et nous sommes en bons termes.» Et de conclure : « Ce qu’a fait Frimpong est mauvais ».

Une réaction quasi irresponsable à trois ans du Mondial dans un pays qui ne compte pas une semaine sans débordements de ce genre. En 2013, le milieu ivoirien Yaya Touré n’excluait déjà pas de boycotter le Mondial 2018, après avoir été lui même insulté en Ligue des champions, à Moscou. Selon un rapport publié par le Fare (Football against racism in Europ), un organisme britannique de lutte contre les discriminations dans le foot européen, et un centre russe d’analyse de données SOVA, la Russie totalise pas moins de 99 cas d’affichages racistes pendant les matchs (chants raciaux, drapeaux de la croix celtiques et autres symboles d’extrême droite et néo-nazis).

Un « plan national d’action »

À cela s’ajoute 21 attaques à caractère raciste par les fans russes pendant les saisons 2012-13 et 2013-14. Ces supporters, qui appartiennent à des formations extrémistes en tous genre, n’hésitent pas par ailleurs, explique le rapport, à mettre en place des campagnes de soutien aux néo-nazis emprisonnés.

Les observateurs du rapport estiment qu’il est désormais trop tard pour adopter des solutions – à la fois sociales et politiques – sur le long terme en vue du Mondial. « Il est maintenant urgent que les autorités du football russes adoptent des mesures coordonnées et développent un plan national d’action. Ces efforts devront être entrepris par toutes les parties prenantes y compris le gouvernement, la fédération russe de football, le comité d’organisation local de la Coupe du monde 2018, les organismes d’application de la loi , les ligues professionnelle et amateur , les clubs, les organismes éducatifs et la société civile. » Sans quoi, de graves incidents pourraient émailler la compétition. Et, pourquoi pas, cela pourrait inspirer quelques voisins (Italie, France, Belgique, Angleterre pour ne citer qu’eux).

 

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