Politique

Petites histoires des grands hymnes nationaux africains

Alors que nombre de pays du continent s’apprêtent à célébrer leurs fêtes nationales, Jeune Afrique a sélectionné huit anecdotes qui ont fait les hymnes du continent.

Mis à jour le 17 juillet 2015 à 12:13

Le footballer ivoirien Geoffroy Serey Die en larmes pendant l’hymne national, avant la rencontre face à la Colombie, jeudi 19 juin 2014, à Brasilia . © Adrian Dennis / AFP

Multiethnique 

L’hymne sud-africain est depuis 1997 le seul hymne au monde à combiner cinq des 11 langues nationales : xhosa, sesotho, zulu, afrikaans et anglais.

Alors que l’hymne officiel était depuis 1928 le chant afrikaaner, Di Stem van Suid-Afrika, les Noirs se retrouvaient autour d’un chant libérateur, Nkosi Sikelel’ iAfrika  (Dieu bénisse l’Afrique, en xhosa). L’hymne actuel est une combinaison de ces deux morceaux. Cette composition a été réalisée dans un contexte d’unité nationale, initiée par Mandela après l’abolition de l’apartheid.

 

Folkorique 

Le compositeur de l’hymne égyptien est une star de la musique arabe lyrique né à Alexandrie en 1892, Sayed Darwich. Il est considéré comme le père de la musique populaire égyptienne et son tube Biladi Biladi Biladi (Mon pays) est adopté par l’Egypte comme hymne officiel en 1979. Suite à la signature du traité israélo-égyptien, la même année l’Egypte de Saddate était en effet désireuse de remplacer son ancien hymne  Salam Affandina, jugé trop militariste.

 

Étrangers 

On doit la musique des hymnes sénégalais, et centrafricains à Herbert Pepper, un ethnomusicologue français expatrié en Afrique sub-saharienne à partir de 1940.

Au Tchad, ce sont les paroles du Français Nick Frionnet qui ont été sélectionnées, sur concours.

En Ethiopie, le premier hymne national du pays, composé par un Arménien, a été instauré en 1930. L’anecdote est saisissante. En 1929, en visite à Jérusalem, Haïlé Sélassié adopte 40 orphelins arméniens qui officiaient alors comme musiciens. De retour à Addis-Abeba, ils forment le premier orchestre national éthiopien. Parmi eux, le jeune Kevork Nalbandian est chargé de rédigé l’hymne national Ethiopien : Ityopya hoy dess yibelish (Ô Ethiopie, sois heureuse).

L’hymne national a cependant été changé en 1974 lors de la chute de l’empereur.

 

L’hymne éthiopien composé par l’Arménien Kevork Nalbandian

 

Révolutionnaire  

L’hymne tunisien intitulé Humat Al-Hima (Les Défenseurs de la patrie) chanté par les révolutionnaires du Néo Destour est adopté comme hymne national en 1987 suite au renversement de Bourguiba.  L’hymne a connu un nouveau souffle au moment de la révolution du Jasmin. L’artiste américaine Kesang Maestrand, vivant en Tunisie en a fait une reprise, disponible en téléchargement gratuit sur son site web. L’hymne revisité et modernisé s’est rapidement répandu comme la chanson phare des révolutionnaires de 2011. Elle n’a pour autant pas éclipsé la version classique

 

Religieux

Beaucoup d’hymnes africains ont été rédigés par des prêtres jésuites , à l’instar de La Zaïroise remplacée en 1997 par Debout Congolais, du  père Boka ou L’Abidjanaise dont la partie musicale a été écrite par l’abbé Pierre-Marie Coty. Néanmoins, l’hymne libyen choisi par Kadhafi pour remplacer l’hymne officiel Biladi (mon pays), bat tous les records en termes de références religieuses. Intitulé Allahu Akbar, (Dieu est grand),  il s’agit à l’origine d’un chant militaire entonné par les troupes égyptiennes lors de la crise de Suez. Repris par le guide libyen en 1977, le  texte appelle à la création d’une grande nation arabe. Le mot « Dieu » y apparaît 20 fois, soit dans quasiment chaque verset. Après la révolution, l’ancien hymne a été remis au goût du jour.

 

Poétique 

L’hymne mauritanien est le seul hymne du continent à puiser dans l’héritage littéraire africain des siècles précédents. Sobrement Intitulé Nachid al-watani al-mauritani (hymne national mauritanien), il est tiré d’un poème du 19e siècle écrit par Baba Ould Cheikh Sidiya, un homme de lettres renommé.  Pour la musique, les autorités ont fait appel à un artiste russe spécialisé dans les musiques africaines, Tolia Nikiprowetzki. Il est l’hymne officiel du pays depuis 1960.

 

Coûteux

Au début des années 2000, les autorités rwandaises souhaitent changer l’hymne national, accusé d’alimenter les tensions ethniques en faisant explicitement référence aux hutu, tutsi et twa, par un hymne réconciliateur. Le citoyen rwandais Faustino Muligo, qui a remporté le concours de création du texte en 2001 a reçu plus de 11 000 dollars américains en guise de récompense. L’orchestre militaire qui a gagné le prix de la composition a obtenu lui, la moitié de cette somme. De quoi régler la question des droits d’auteur.

 

Polémique

L’hymne algérien figure à la cinquième place du classement des pires hymnes nationaux réalisé par le Daily Telegraph, et prend ainsi la tête du continent africain. Glorifiant le sang des martyrs tombés face à la France, Qasaman (Serment) est jugé par les journalistes britanniques comme extrêmement violents et vengeurs. Des reproches régulièrement adressés à sa rivale La Marseillaise. L’article publié sur le site du Daily Telegraph a été retiré suite aux remontrances des autorités algériennes. Le journal britannique s’est lui, confondu en excuses.