Conso & Distribution

Les motos chinoises envahissent Douala

Les engins made in China représentent plus de 95 % du parc local. © Nicolas Eyidi/JA

Embouteillages monstres, voirie dégradée, transports en commun limités... À Douala comme à Yaoundé, l'environnement urbain est propice à l'essor des deux-roues. Et depuis dix ans les marques chinoises supplantent les japonaises.

À Douala, capitale économique du Cameroun, il ne fait pas bon rouler en voiture. Sur fond d’embouteillages incessants, les motos ont donc imposé leurs graciles silhouettes entre les longues files d’automobiles et les motos-taxis ou bendskineurs. Senke, Sanili, Lifan, Nanfang, Jincheng, Sanya, Skygo… Importées en masse depuis une dizaine d’années, les marques chinoises sont omniprésentes.

Afflux

Cliquez sur l'image.« On compte environ 40 000 motos en circulation dans la seule ville de Douala », indique un cadre de la communauté urbaine, et 15 000 à Yaoundé, la capitale. Plus de 95 % des motos circulant dans ces deux villes seraient made in China. Seules les administrations publiques et les ONG internationales continuent de leur préférer les japonaises. Cette forte pénétration des motos chinoises ne s’est pas faite directement. C’est au Nigeria, pays qui abrite le plus grand parc d’Afrique de l’Ouest (lire encadré), que les premiers importateurs sont allés s’approvisionner. Aujourd’hui, les concessionnaires – Moto-Sanili, Cocimecam, Grand Bazar, Business Link International, etc. – passent directement commande en Chine.

Conséquence de cet afflux : s’offrir un deux-roues est devenu chose facile. Aujourd’hui, le prix des motos chinoises varie entre 300 000 et 490 000 F CFA (entre 450 et 750 euros), soit moitié moins que les japonaises Yamaha, Suzuki, Honda et Kawazaki. Avant les années 1990, ces dernières coûtaient entre 950 000 et 1,2 million de F CFA. Aujourd’hui, les mêmes engins s’achètent moins de 800 000 F CFA. La montée en puissance des motos chinoises a donc tiré vers le bas les prix de l’ensemble du marché.

Une déferlante continentale

Si le Nigeria tient le haut du pavé en termes de nombre de motos en circulation (2 millions), il est talonné par le Bénin (65 000 engins pour la seule capitale) et le Togo (45 000). Suivent le Sénégal et la Côte d’Ivoire, avec un peu plus de 30 000 deux-roues chacun. En Afrique centrale, le Cameroun arrive en tête, avec plus de 100 000 motos en circulation, suivi du Tchad (35 000) et de la Centrafrique (20 000). Le Gabon et le Congo échappent à cet afflux, l’importation des deux-roues y étant soumise à une réglementation très contraignante et les déplacements à moto n’étant pas entrés dans les moeurs. D.N.

Une des raisons de cet essor réside dans la fermeture de la Société des transports urbains du Cameroun (Sotuc, entreprise publique) au début des années 1990 et dans les insuffisances des sociétés privées qui ont pris le relais à Douala et à Yaoundé. « La prolifération des deux-roues s’explique aussi par la dégradation de la voirie urbaine. Tout le monde s’est rabattu sur les motos, qui transportent souvent jusqu’à quatre personnes en même temps », souligne Édouard Yetchang, secrétaire général du Regroupement des syndicats des transports urbains et interurbains.

Aubaine

Pour Albert Dzongang, homme politique réputé proche des bendskineurs, « ce phénomène est voué à s’accroître, parce que le secteur des motos est le seul au Cameroun où on amortit un investissement en six mois ». Sans compter que plusieurs villages ne sont accessibles qu’en deux-roues, au grand bonheur des motos-taxis qui sillonnent les campagnes juchés sur des motos chinoises. « Je gagne entre 3 500 et 5 000 F CFA par jour de travail. À la fin du mois, je m’en tire avec au moins 120 000 F CFA », indique ainsi Charles Voufo, qui vit depuis cinq ans de ce métier informel. Une aubaine dans un pays où le salaire minimum s’élève à 28 000 F CFA par mois.

 

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